Une Masterclass de composition (nec) plus ultra, par PARK Chan Wook

Je ne me rappelle plus précisément a qu’elle occasion j’ai vu cette photographie pour la première fois. J’ai seulement l’impression de mettre fabriqué un faux souvenir. De l’avoir visualisé, il y a de nombreuses années dans mon manuel d’histoire de terminale dans le chapitre consacré à la guerre froide et à la guerre de Corée.

Cette image est l’illustration parfaite, l’incarnation absolue, de la fracture et des tensions qui règnent sur la ligne de séparation des deux corées résultant de la guerre froide.

Ce dont je me souviens par contre, c’est d’avoir été époustouflé par l’intensité de l’image. D’avoir imaginé qu’elle avait été réalisé par un grand photo-reporter de guerre, un Robert Capa ou un autres de ces grands témoins du XXème siècle travaillant pour les plus prestigieux magazines de news américains.

Note : Directeur de la photographie et directeur artistique KIM Sung Bok

Petite pose « One eye project » façon Ahn Sang Soo de Park Chan Wook, toujours très classe
1 | Les règles de composition

Conseil web : le site geometricshots.com

« Au niveau visuel JSA parait très complexe avec ces travellings circulaires qui vont dans tous les sens, l’alternance quasi-systématique entre lignes horizontales et verticales, les plongées et les contre-plongées qui se répondent, les jeux de lumière… Il fallait créer des conflits entres les images. Si un mouvement exprime une séparation, celui d’après doit représenter la réconciliation. La caméra défie la rigidité de l’espace de l’action. Un espace soumis à des règles très strictes, avec cette ligne qui sépare le monde en deux. »

PARK Chan Wook, commentaires du réalisateur sur les bonus du DVD

Un cadre bien délimité qui vous emprisonne

Les lignes directrices qui donne toute sa profondeur à l’image

La volée d’escaliers bordée d’éclairs qui déchirent l’arrière plan et soulignent la tension extrême de la scène.

C’est centré a mort !

Schéma de lumière Rembrandt

Le réalisateur et pionnier du cinéma Cecil B. DeMille est crédité du premier usage du terme

L’utilisation de la réflexion, voulue ou non ?

L’horizontal on se branle !

Le fait que ce ne soit pas tout a fait droit, renforce le caractère documentaire de la scène. On n’a pas utilisé d’upright dans lightroom pour corriger le léger décalage d’horizontal que l’on peut observer sur le mini muret matérialisant la frontière, sur les escaliers et sur la corniche du bâtiment d’arrière plan qui ferme et emprisonne le cadre en haut. Quand on connait le perfectionnisme de PARK Chan Wook dans sa réalisation, il n’est pas permis de douter que ce léger mais notable décalage d’horizontal est voulu.

1 | Attraper le regard
C’est le troisième, gros plan regard caméra de Song Kang Ho que je vous pose en seulement deux articles. Il y en a qui vont finir par croire que je suis amoureux !
2 | Diriger le regard

Transgresser les lignes

tout se joue autour d’un pont séparant le Nord et le Sud qu’il faut franchir : Le pont de non-retour. Sonnom suggère déjà une transgression, rappelant le « No Trespassing » aux portes du Xanadu de Citizen Kane qui invite insidieusement la caméra toute puissante d’Orson Welles à outrepasser l’interdit. PARK Chan Wook se doit donc aussi d’accomplir une impossible traversée.

Plan d’ouverture du film Citizen Kane – Orson Welles – 1941

Par sa chronologie désarticulée, ses subtiles mais nombreuses utilisation des plongées et contre-plongées, JSA évoque Citizen Kane.

« Le mur est un bornage linéaire. Il est l’une des configurations de l’interdiction, avec une fonction de coupure et de blocage des sorties ou des entrées. C’est une limite fonctionnelle et visuelle, destinée à séparer, un écran noir qui cherche à rendre l’autre invisible : on ne veut pas se voir, on ne veut plus le voir. »

Michel FOUCHER, géographe et diplomate.

Je me souviens d’une publicité pour une compagnie d’assurance chinoise qui jouait avec espièglerie de ce concept de « get out of line », sortir du rang.

Elle avait pour décor une « utopie totalitariste », pardonnez l’expression, qui pourrait évoqué le nord du 38ème parallèle.

3 | S’exprimer par le regard

Dans cette scène le jeu d’acteur de SONG Kang Ho est parfait. Il permet en quelques secondes à l’écran de donner un aperçu de la palette de son immense talent.

Il réussit a alterner par son regard des émotions contradictoire dans un laps de temps incroyablement réduit sans aucunes lourdeurs dans l’interprétation.

La légèreté, le dosage subtil de SONG Kang Ho sont ce qui lui permet d’incarné l’homme du peuple ou le monarque avec autant de crédibilté.

Alors oui je vous bassine peut être de plusieurs article avec cet acteur. Mais très clairement pour moi il n’y a rien de meilleur au cinéma qu’un regard plein cadre de SONG Kang Ho

« La réussite du film tient essentiellement au travail des acteurs. Ce sont eux qui permettent de suggérer et de véhiculer toutes les émotions que je cherchais à transmettre. Sans leur excellence et leur sérieux, mon film n’aurait peut être pas dépassé le niveau de tous ces films « bien construits » qui sont souvent caractérisés par une grande banalité. »

PARK Chan Wook
4 | Le noir et blanc pour documenter

Cette scène m’a fait comprendre l’intérêt du noir et blanc pour documenter et pourtant le paradoxe est évident.

C’est un fake, une construction de carton pâte qui m’a permis de comprendre l’intérêt du noir & blanc pour documenter la réalité.

Pourquoi j’ai toujours différé ma venue à Panmunjeon ?

J’ai déjà à deux reprises l’occasion de me rendre dans la DMZ. Une fois pour aller chercher mon neveu sur sa base alors qu’il effectué son service militaire chez les « Iguizas » (troupes d’élites sud coréennes, habilitées a patrouiller dans la zone démilitarisée) et qu’il bénéficiait d’une permission exceptionnelle de 24H obtenue grâce à la venue de membres de famille résidant à l’étranger.

Une seconde fois, j’ai eu la chance de visiter les installations du rideau de fer accompagné par le mari d’une des meilleurs amies de mon épouse qui est général dans l’armée de terre.

Au delà des colonnes d’Hercule …

Passage d’un massif d’arrêt en béton sur une route dans la DMZ (les petits piliers sont bardés d’explosifs, qu’il y a juste a déclencher pour provoquer la chute des énormes blocs de béton et retarder l’avancée des chars ennemis) JoCh & the Pictures – 2018

Difficile de ne pas ressentir un léger frisson au passage de ce type d’architecture militaire. Difficile de ne pas s’imaginer un instant dans la peau d’un navigateur de l’antiquité ou de la renaissance passant les colonnes d’Hercule.

Les colonnes d’Hercule est le nom donné, dans l’antiquité, aux montagne qui bordent le détroit de Gibraltar. Il s’agit du rocher de Gibraltar au nord, sur la rive européenne, et du Mont Abyle, sur la rive Africaine. Pour les romains, elles symbolisaient la frontière entre le monde civilisé « Mare nostrum » et un au-delà océanique inconnu et dangereux.

Quand tu es en terra incognita, que tous les systèmes de navigation te disent que tu roule sur une route qui n’existe pas. JoCh & the Pictures – 2018

Les Colonnes d’Hercule sont les supports des armoiries de l’Espagne. Elles sont utilisées pour la première fois dans les armoiries du roi Charles Ier d’Espagne, aussi empereur des Romains comme Charles V. Elles portent sa devise personnelle Plus ultra, signifiant que les colonnes étaient une porte.

Selon le récit du Timée de Platon, le royaume perdu d’Atlantide était situé au-delà des colonnes d’Héraclès, le plaçant dans le domaine de l’inconnu. Selon une tradition de la Renaissance, les piliers portaient l’avertissement Non plus ultra, servant d’avertissement aux marins et navigateurs de ne pas aller plus loin. La DMZ, la frontière nord coréenne sont une réminiscence moderne de cela.

Quand on te dit qu’il faut bien mettre le drapeau bleu en évidence et que ça tire a vu s’il est pas visible et que ce con de drapeau veut pas tenir accroché à la portière. JoCh & the Pictures – 2018

« Le critère premier d’une Méditerranée est d’être un espace maritime presque clos, cerné par les terres. Les marées y sont souvent insignifiantes, comme en Méditerranée, en Baltique ou en mer du Japon. Les Méditerranées jouent souvent un rôle ambigu : cul-de-sac, refuge, fin du monde (nec plus ultra), ou alors écluse vers un au-delà (plus ultra) aussi craint que désiré. Ce dernier trait explique la frénésie de grands travaux dans les Méditerranées. »

Laurent LADOUCE – Académie de Géopolitique de Paris
Arrêt au check point. Le général, que personne ne voit venir dans son Kia Sportage bien défoncé façon Mad Max, explique aux gardes en poste qu’ils faut laisser passer le véhicule qui l’accompagne. JoCh & the Pictures – 2018

Un homme, doux et attentif avec sa famille mais pour qui cette frontière, ce monument.

Mon incroyable grand angle (le fabuleux objectif du kit, avec son piqué tellement exceptionnel, son rendu proche de la perfection), ma passion et mon immense talent pour la photographie de paysage, vous présentent la Corée du nord nimbée dans sa brume mystérieuse et dramatique façon Tolkien. JoCh & the Pictures – 2018
La tour de guet de la ROKA domine la vallée. JoCh & the Pictures – 2018
Le général, sa fille et Elie prennent la pose dans la tour d’observation.
Le portillon par lequel les hommes du général ont il y a quelques années fait passer le soldat déserteur qui s’était présenté jusqu’au grillage s’en avoir été repéré. Un moment de tension intense.

Un peu plus à l’ouest, il y a une position sud coréenne, sur laquelle le général a essuyé des tirs d’artillerie il y a quelques années. Lors de cette escarmouche, il avait eu deux blessés dans ses rangs.

L’armée sud coréenne, c’est parfois vraiment trop Cute ! JoCh & the Pictures – 2018
Le général, ses enfants, ma fille et moi attablés devant un délicieux barbecue coréen dans le petit restaurant de l’armée réservé aux rencontres familiales.

Comment cette journée c’est finie dans un bain de sang …

Parvenue aujourd’hui au sommet de sa carrière

Et vas y que ça décharge encore et encore des caisses de munitions – JoCh & the Pictures – 2018
Les nageurs de combat à l’entrainement – JoCh & the Pictures – 2018
Première qualité d’un soldat, être attentif … – JoCh & the Pictures – 2018
Se lancer à l’assaut – JoCh & the Pictures – 2018
C’est un triomphe ! – JoCh & the Pictures – 2018
Wam incarnant avec beaucoup de réalisme David Douglas Duncan

blbal

Jusqu’à présent j’ai toujours différé ma venue à Panmunjeom. Clairement par peur de ne pas être à la hauteur photographiquement parlant de ce mythe.

Car oui Panmunjeom est un mythe. C’est un vrai paradoxe, à la fois un lieu ou se fait l’histoire, et à la fois une construction médiatique, une mise en scène …

KIM Nyung-Man, l’homme insecte, une autre mythologie de Panmunjeom,

Panmunjeom – 1995 – Kim-Nyung-Man

Pourquoi que cette image de KIM Nyung-Man fait date dans la photographie contemporaine coréenne ? Philippe PATAUD CELERIER l’explique sur son blog de manière admirable.

« Soixante-trois ans plus tard la zone démilitarisée est l’une des frontières les plus militarisées au monde. Kim Nyung-man (1949) le rappelle. Brutalement par la photographie de ce militaire observant derrière des jumelles. Ce que l’homme voit nous importe peu mais ce qu’il révèle nous regarde davantage. Une morphologie d’insecte sous sa cuirasse d’ombres. Une symétrie parfaite dans cet immobilisme de phasme. De celle qu’idolâtrent les militaires. Ordre, obéissance, stabilité tout est magnifié dans ce corps fermé. Comme la frontière qu’il protège et qu’il finit par incarner de façon métonymique : la partie pour le tout. Ce militaire est(à) la frontière. Pas seulement. Observez ses deux orbes irradiés, irradiants. Deux lentilles jumelles, pour deux frères jumeaux qui ne peuvent plus se voir ? Fausse illusion d’un parallélisme des formes. La belle harmonie gémellaire révèle moins la complétude de deux entités symétriques que la partition d’un tout : territoire et nation. La division fratricide laboure corps et âme »

philippe pataud célérier

A la lecture de ces quelques lignes, difficile de ne pas évoquer la réponse qu’adresse Park Jong Woo à la photo de Kim Nyung-Man, près de deux décennies plus tard.

Bienvenue ce soir pour le combat du siècle, à ma gauche, le challenger de l’écurie Steidl, Park Jong Woo, alias la sauterelle septentrionale, né en 2017, 72 kilos, 17 victoires dont 12 par KO; à ma droite, le champion de l’équipe Hatje Cantz, Kim Nyung-Man, alias la menthe religieuse méridionale, né en 1995, 85 kilos, 23 victoires dont 18 par KO …

La symétrie est parfaite, l’effet de négatif (les zones claires et sombres de l’arrière plan sont parfaitement opposées), la couleur plutôt que le noir et blanc, c’est juste incroyable.

Saluons l’intelligence et la culture du photographe, mais aussi de l’éditeur. Steidl met en couverture cette photo et pas une autre pour pubier la monographie de Park Jong Woo. D’une part, parce que c’est une image forte, mais d’autre car elle répond à la couverture du sublime Contemporary Korean Photography de son rival Hatje Cantz.

Après la question qu’on est droit de se poser, c’est pourquoi les éditeurs allemands sont fascinés par cette esthétique de Vopos ? Peut être une certaine expérience de l’expression « rideau fer ».

Street Art dans le quartier Ihwa Mural village à Séoul – JoCh & the Pictures – 2018

L’intelligence de Park Joon Woo est d’envoyer une réponse, une continuation, un approfondissement, plus que de tomber dans le piège de ce qui a déjà été fait. L’histoire de la photographie et de l’art en général est rempli d’exemple fascinant de peintres, de photographes ayant poursuit le chemin de leurs aînés. A cet égard, il est intéressant de s’attarder sur une oeuvre de Picasso, Massacre en Corée.

Massacre en corée, guernica coréen
Massacre en Corée – Pablo Picasso – 1951

Au printemps-été 2019, le Musée de l’Armée présentait une exposition qui abordait la façon dont les conflits majeurs du XXe siècle ont impacté l’art de Picasso. Témoin des événements tragiques qui ont marqué notre histoire, le peintre espagnol n’a cessé de vouloir dénoncer les horreurs commises par toute forme de fascisme dans ses œuvres, dont son célèbre Massacre en Corée, peint en 1951.Pour réaliser cette toile, Picasso s’inspire de la Guerre de Corée, et plus précisément du massacre du pont No Gun Ri en 1950 où 400 civils furent tués par les soldats américains. Cette toile est une référence directe à la célèbre toile de Goya Tres de Mayo dans laquelle l’artiste dénonçait la répression sanglante des troupes napoléoniennes contre les civils espagnols.

Tres de Mayo – Francisco de Goya – 1814

C’est une reprise d’un tableau de Francisco de Goya, Tres de Mayo (conservé au musée du Prado de Madrid) qui présentait les troupes françaises de Napoléon 1er fusillant des civils en Espagne, sous les ordres de Joachim Murat, et aussi d’un tableau de Manet, L’Exécution de Maximilien.

L’exécution de Maximilien – Edouard MANET – 1868/1869

Étant lui-même d’origine hispanique, il n’est pas étonnant que le maître cubiste s’en soit inspiré pour créer son œuvre. Avec ce tableau, Picasso réalise un véritable manifeste contre la guerre et les massacres qui l’accompagnent, à l’image de Guernica qu’il peint quelques années auparavant en 1937. En relatant un épisode réel, tout en peignant un paysage et des personnages non identifiables, Picasso réalise un tableau universel illustrant n’importe quelle scène de massacre, dans n’importe quelle région du monde.

Je vous soumets une réflexion personnelle au sujet de Massacre en Corée, à ma connaissance jamais encore soulevée par les historiens de l’art. La montagne d’arrière plan, la présence de deux traits barrant l’a pic de la falaise et la forme de la rivière scindant le tableau en deux, ne peuvent elles pas laissées penser à une référence au rocher de Gibraltar, aux colonnes d’Hercule et au ruban « plus ultra » enserrant les colonnes d’Hercule, du blason de l’Espagne. Je vous laisse vous faire votre propre avis sur la question. Un check google images de la forme du rocher de Gibraltar, vous aidera peut être a vous dire que « la question, elle est vite répondu ! » pour citer un autre artiste.

L’exécution – Yue Minjun – 1995

Face à la « propagande communiste » soutenue par Picasso, les autorités de Corée du Sud accusent le Nord de perpétrer des massacres et de bafouer les droits de l’homme des populations civiles. Une affiche de propagande sud-coréenne reprend à son compte le célèbre tableau de Eugène Delacroix à la gloire de la Révolution des 3 Glorieuses de juillet 1830 à Paris qui renversa Charles X et amena sur le trône Louis Philippe « le Roi- bourgeois ». Mais l’affichiste sud coréen juge opportun de compléter sa composition par un autre référence à Delacroix – perçu comme le peintre du combat pour la liberté – : en bas de l’affiche à droite, l’enfant tétant le sein de la femme morte  du tableau « Scènes du Massacre de Scio ».

La Liberté guidant le peuple – Eugène Delacroix – 1830

La Liberté guidant le peuple est une huile sur toile d’Eugène Delacroix réalisée en 1830, inspirée de la révolution des Trois Glorieuses. Présenté au public au Salon de Paris de 1831 sous le titre Scènes de barricadesnote 1, le tableau est ensuite exposé au musée du Luxembourg à partir de 1863 puis transféré au musée du Louvre en 1874 où il fut l’un des plus fréquentés1. En 2013, il est la pièce majeure de l’exposition La Galerie du temps au Louvre-Lens.

Par son aspect allégorique et sa portée politique, l’œuvre a été fréquemment choisie comme symbole de la République française ou de la démocratie.

Plantu – La Liberté guidant le peuple, d’après Delacroix
Affiche sud coréenne appelant à la lutte contre communistes nord coréens – Vers 1950

La culture coréenne, la pudeur, … n’étant pas la même qu’en France, ici l’allégorie est gentiment rhabiller par un heureux mouvement du drapé de la robe. Il n’y aura point de nibard gate ! Le gavroche et les partisans sont incarnés par des GI aux allures de zombies. Là ou dans La Liberté guidant le peuple, un ouvrier ou un paysan blessé, foulard noué sur la tête, émerge des décombres, le corps et le regard tendus vers la femme, dans l’affiche sud coréenne, celui ci fait face au spectateur avec un faux air de John Rambo. Le sabre qui émerge de la fumée chez Delacroix est ici remplacé par le canon d’un char, un peu d’efficacité ne peut pas faire de mal !

Mais l’affichiste sud coréen juge opportun de compléter sa composition par un autre référence à Delacroix – perçu comme le peintre du combat pour la liberté – : en bas de l’affiche à droite, l’enfant tétant le sein de la femme morte  du tableau « Scènes du Massacre de Scio ».

Quand on fait de telle photo de poule, on ne peut pas être un mauvais photographe !
A photo taken in Gochang, North Jeolla Province (Kim Nyung-man)

Pourquoi je trouve cette photographie absolument géniale ?

Premièrement parce c’est une photo de poule :

C’est le photographe franco-iranien ABBAS qui défini pour moi le mieux la règle du game du jeu de la poule.

« La poule que je veux photographier sous un arbre, en hommage à Edouard Boubat ? Mais cette poule là n’est pas d’humeur à collaborer : elle refuse de faire les 20 cm qui me permettraient de faire le cliché parfait. Ou vais-je retenir ma photo de l’essaim de poules blanches attachées à une moto en hommage à Graciela Iturbide ? Quien sabe ? Qui sait ? »

ABBAS, Les dieux que j’ai croisés, voyages parmi les hindous
Edouard Boubat, L’arbre et la poule, 1950
Graciel Iturbide, El viaje, Tlaxcala Mexico, 1995

A titre personnel, je considère qu’avoir réalisé et présenté dans son portfolio une bonne photo de poule, est un accomplissement indispensable pour tout photographe. Je n’ai pas encore de photo de poule satisfaisante, je ne manque jamais une occasion de déclencher en présence d’une scène d’intérêt avec un gallinacé. Ainsi, je poursuis tranquillement mais inlassablement ma quête.

Dans l’histoire de la photographie contemporaine, se sont effectivement surtout la poule d’Edouard Boubat et celles de Graciela Iturbide, rapportées notamment par le travail d’édition de Xavier Barral qui font dates.

Cockerels, Juchitán de Zaragoza, Oaxaca, Mexico – Graciela Iturbide – 1986
Graciela Iturbide, Los pollos (Chickens), Juchitán, México, 1979.
Graciela Iturbide – Limpia de pollos, Juchitán, México, 1985

Mais le sujet est bien vaste qu’il n’y parait.

Ainsi, des poules de rue ou de rituel, que l’on retrouve fréquemment dans la photographie africaine ou sud américaine, aux poules de luxe, shootées tels des top model par les photographes Moreno Monti et Matteo Tranchellin, le gallinacé sous des fonctions multiples, diverses et souvent antinomiques; d’aliment ancien et moderne, familier et d’ailleurs, comme marqueur de la ruralité, de cocasserie et de peur, aide souvent le photographe aussi bien a décrire le réel qu’a suggérer une autre réalité.

La série CHI-KEN des photographes italiens Moreno Monti et Matteo Tranchellin – 2018
Série En l’état – Franck GERARD
Chez, LEE Gap Chul, la poule comme d’autres animaux (cochon, cheval, …) sont dans le cadre et hors cadre, toujours en lien avec chamanisme coréen.

Deuxièmement parce qu’elle dit énormément de la Corée à une certaine époque :

Les textures, celles du chandail, des cheveux, du sac de toile, du plumage, du champs, donnent une consistance incroyable à une composition sans failles. Les lignes directrices, que ce soit la courbe de la route, les rangs du champ, les ombres des arbres qui prolongent les ailes du gallinacé, tout est déjà très fort. Et puis, il y a le punctum, de ce taxi qui file dans la campagne, sur cette piste poussiéreuse. Ne nous y trompons pas, au delà des textures, de lumière et de la composition parfaitement maîtrisées, c’est bien ce taxi qui fait de cette image une photo. C’est la rencontre, ou plutôt le frôlement de deux mondes qui ne sont pas fait pour se croiser. Celui de la ville, son rythme effréné, soulevant une tornade de poussière dès qu’il sort du bitume pour lequel il fait et celui des champs, ou l’on va encore dans les années 80 au rythme de la marche.

Le film Taxi Driver, peut aider a comprendre cette intensité que je ressens à la lecture de cette photographie.

Et merde, encore SONG Kang Ho !
ça file sur une autoroute déserte, mais il faudra bientôt utiliser les pistes de campagne pour échapper au blocus militaire.

Ce film, les événements qu’il relate font sens. Le soulèvement de Gwangju est incontestablement le début de quelque chose. Le chemin de la démocratisation.

Historiquement il est perçu par les histoiriens comme le Tien’anmen coréen. C’est l’image qu’en retient Badiucao.

« A taxi driver in 1989 » – Badiucao – 2017
Chinese political Artist and Activist, Badiucao, makes a gesture as he is seated in front of a self portrait at his studio in Melbourne on May 28, 2019 / AFP PHOTO / Asanka Brendon RATNAYAKE
« It’s not personal » – Badiucao – 2017

Badiucao, est un artiste dissident chinois vivant en Australie.

C’est un artiste terriblement WTF, considéré comme le « Banksy chinois » influence de Shepard Fairey aka Obey Giant

Ah oui et aussi le détail qui tue, le côté prémonitoire du film JSA, la casquette rouge.

Comment conclure cette analyse de cette photographie, de cette scène finale de PARK Chan Wook sans souligner la coïncidence troublante, prémonitoire induite par la casquette ramassée et tendue par SONG Kang-Ho.

Pourquoi avoir choisi une casquette rouge ? La beaufitude du touriste, l’étoile rouge, l’annonce du passage de la couleur au noir et blanc, le rouge et noir, sa symbolique, …

Dans cette main tendue au dessus de la frontière, cet acte transgressif que la pellicule veut saisir il y a peut être plus encore que ce qui parait. Comme un sorte de prémonition, un signe annonciateur, un espoir, un défi, un l’on ne sait quoi, qui fait que Panmunjeom est qu’on le veuille ou non le lieu ou s’est écrit l’histoire et ou s’écrira l’histoire de la Corée.

Chenapan que je suis. Je ne peux ainsi pas s’empêcher de faire cette ultime juxtaposition d’images sorties de leur contexte, un champ / contre champ d’images construites artificiellement. Certain diront qu’il s’agit d’une transgression de la réalité, mais n’oublions pas que tout ceci est depuis le début un fake, du carton pâte, du cinéma. Cette photographie depuis le premier instant dans laquelle elle entrée dans mon regard ne cesse de questionner sur la réalité en photographie. J’y ai trouvé pour moi, l’essence même de ce questionnement.

La réponse à ce geste, qui est la seule parole de la scène, le « merci » en coréen avec un accent bien dégueu est tout aussi délectable.

Belle mise en avant du produit façon édito mode sur le site cadeaux-pourris.com, c’est l’une de leurs meilleurs vente. Au moment ou j’écris ces lignes le produit est victime de son succès, ils sont en rupture.

Le mécénat photographique en Corée, pour le pire comme le meilleur

Intro :

AHAE, Fluctuat nec mergitur

L’histoire que je vais raconter est probablement digne d’un des meilleurs scénarios de thriller coréen.  Je ne serai pas étonné que BONG Joon Ho réalisateur coréen, palme de d’or à Cannes en 2019 avec Parasites, réalise un film sur cette affaire.

BONG Joon Ho, délai de prescription et délai de décence

Si Bong Joon Ho à laisser entendre lors du festival Lumière à Lyon en Octobre 2019 que son prochain long métrage serait du genre fantastique (car oui BONG Joon Ho semble respecter scrupuleusement une alternance entre films de genre fantastique ou science-fiction et films sociétaux)

Memories of murder – Bong Joon Ho – 2003
Parasites – Bong Joon Ho – 2019

Alors même que le tueur présumé du film Memories of murder vient d’être identifié.

A titre de comparaison l’affaire du tueur de Hwaseong dont le scénario de Memories of murder est titré, c’est un peu l’ « affaire Grégory » coréenne, trente ans d’errances policières et judiciaires, une affaire hors normes.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe en Corée du Sud. La police a indiqué jeudi qu’elle avait démasqué un des pires tueurs en série du pays, pensant avoir élucidé une énigme criminelle sur laquelle elle se cassait les dents depuis 1986. Cette histoire de meurtres particulièrement atroces de femmes a longtemps hanté et passionné les Sud-Coréens, au point que le cinéaste Bong Joon-ho, en a tiré un long-métrage en 2003, « Memories of Murder ».

Si la police a révélé avoir identifié un suspect, confondu grâce à l’ADN, certains médias ont donné le nom de ce serial killer présumé : Lee Chun-jae.

Cet homme de 56 ans purge une peine de prison à vie pour le viol et le meurtre de sa belle-sœur, commis en 1994 à Cheongju. Le voilà soupçonné d’au moins trois des neuf crimes (NDLR : un 10e a été commis par un « imitateur » arrêté depuis) perpétrés entre 1986 et avril 1991 dans le secteur de Hwaseong, au sud de Séoul.

Je peux me planter totalement, il est aussi possible que son prochain film sociétal aborde la question de la religion en Corée et se déroule à Séoul, peut être dans le quartier de Gangnam

Pourquoi Bong Joon Ho, ferait un film sur AHAE ?

Cette histoire commence ou plutôt fini, comme le film Memories of murder. Le 12 juin 2014, le poste de police de Suncheon, une ville située à 300 kilomètres au sud de Séoul, près de la côte du détroit de Corée, reçoit un appel d’un promeneur déclarant avoir trouvé un cadavre dans un verger dans la magnifique baie de Suncheon. Arrivés sur les lieux, les policiers coréens découvrent un corps dans un état de décomposition avancé. Autour du cadavre, plusieurs bouteilles d’alcool vides leur laissent penser qu’il s’agit d’un sdf victime de son alcoolisme. Afin de l’identifier le corps est envoyé à la morgue où seront pratiqués des tests ADN , …

Mais, stop ! Remontons quelques semaines en arrière.

On a vu en Corée en 2019 soit cinq ans après le drame apparaître les premières fictions sur le drame du Sewol, de même que le documentaire 13 novembre, Fluctuat nec mergitud sur les attentats du 13 novembre 2015 sorti en 2018 sur Netflix. On peut estimer quand 2020 sortiront en France les premières fictions sur les attentats du 13 Novembre, on aura atteint ce qui semble être le délai de décence

Le jour où la Corée fluctuat et sombrât

Coverage of Sewol – Kim Hong Ji – 2014

Le 16 avril 2014 au petit matin, un ferry de la compagnie coréenne Cheonghaejin Marine Company, le Sewol, quitte le port d’Incheon, situé sur la mer Jaune, à une cinquantaine de kilomètres à l’Ouest de Séoul. Il doit se rend à l’île de Jeju, une île volcanique paradisiaque au sud de la péninsule, avec, à son bord, 476 passagers, des containers et des véhicules. A 9h du matin, au milieu de la mer Jaune, le ferry soudain se penche et prend du gîte. L’inclinaison entraîne un mouvement de la cargaison mal arrimée qui ripe et fait basculer le navire. A 13 heures, le ferry a disparu. Sur les 476 passagers et membres de l’équipage, seuls 172 seront sauvés. La plupart des 304 morts ou disparus sont des lycéens d’une même école – le vice-proviseur, rescapé du naufrage, se suicidera. Cette tragédie a profondément traumatisé la Corée du Sud et entraîné, à cause de l’incompétence des pouvoirs publics, la démission du Premier ministre le 27 avril. Ce drame national a poussé la société coréenne a s’interroger sur le sens de la croissance économique, sur le fait qu’elle n’est pas été capable de protéger son bien le plus chère, ses enfants.

Coverage of Sewol – Kim Hong Ji – 2014
Coverage of Sewol – Kim Hong Ji – 2014
Coverage of Sewol – Kim Hong Ji – 2014
Coverage of Sewol – Kim Hong Ji – 2014
Coverage of Sewol – Kim Hong Ji – 2014

En termes de photographie, j’ai choisi de vous présenter le travail du photo reporter KIM Hong Ji, pour évoquer cette tragédie. Sur son site vous pouvez voir son reportage sur la couverture du naufrage du Sewol « coverage of sewol » sur lequel il fut envoyé par son agence (REUTERS) dans les heures qui ont suivi l’annonce du naufrage, vous pourrez voir également le reportage qu’il réalise un an après en photographiant les familles dans les chambres vides des disparus « bedrooms of remenbered »

Bedrooms of remembered – KIM Hong Ji – 2015
Bedrooms of remembered – KIM Hong Ji – 2015
Bedrooms of remembered – KIM Hong Ji – 2015
Bedrooms of remembered – KIM Hong Ji – 2015

Les lycéens disparus étaient de la même génération que ma belle-fille, celle de 1997. Cette génération n’avait pas pu faire les traditionnels voyages prévus en primaire et au collège. En 2003, il y a eu l’épidémie de SRAS, ma belle-fille qui vivait alors en Corée, avait elle-même contracté la maladie et avait failli y passer. Pour limiter la propagation de l’épidémie, les déplacements en groupe avaient été restreints et en 2008, la crise financière, provoquée par subite cessation de paiement de la dette coréenne, la dévaluation du Won, qui avait failli emporter toute l’économie mondiale. Ma belle-fille, elle à cette époque découvrait la France. Ce voyage, c’était leur dernière occasion avant l’université.

Les suites de cet état de choc profonds des coréens, après plusieurs mois de manifestations, provoqueront la destitution de la Présidente Park Geun He, impliquée dans un énorme scandale de corruption. La profonde remise en cause de la gestion de cette tragédie nationale et de sa défaillance a protéger ses enfants, la Corée a depuis mis en place des mesures de gestion des catastrophes naturelle et sanitaire qui lui ont permis d’être très bien préparée pour affronter la crise sanitaire du Covid 19.

Manifestation à Séoul pour exiger que toute la vérité soit faite sur les circonstances  et les responsabilités du naufrage du ferry Sewol.
Ahn Young-joon – AP/SIPA

Pendant les quelques heures précédant la chute de Park Geun He, elle semble avoir été tentée de se maintenir au pouvoir par un coup d’Etat militaire. Même si depuis la justice a identifiée quelques conjurés, il est notable que l’Etat major et les plus hauts gradés de l’Armée sud-coréenne lui ont probablement laissé entendre qu’il ne fallait pas insister, qu’il valait mieux pour sa sécurité personnelle partir gentiment dormir en prison, démontrant ainsi l’attachement de cette institution pour la démocratie, de cet état dans l’état, car il est indéniable que l’armée à un point considérable dans l’économie et la société sud-coréenne, ce qui est logique dans un pays juridiquement en guerre depuis 70 ans.

A la faveur de l’enquête, Yoo Byung-eun, le président de la compagnie maritime à laquelle appartient le Sewol, est mis en cause pour détournements de fonds et évasion fiscale. C’est un personnage important, un milliardaire âgé de 73 ans, inventeur (d’une poire à lavement, non ce n’est pas des conneries !), fondateur d’une secte évangélique dans les années 60 (l’Eglise du Salut)), et dont l’origine de la fortune est mystérieuse. Il a de solides appuis politiques – c’est un ami des anciens (et défunts) présidents de la République, Chun Doo-hwan et Lee Myung-bak. Il garde des « dossiers », dit-on, plus ou moins compromettant, sur beaucoup de monde.

Or, en ce début du mois de mai, mystérieusement Yoo Byung-eun disparaît.

Un passant regard un écran géant diffusant l’avis de recherche de Yoo Byung Eun

Reprenons le fils de notre histoire, les tests ADN pratiqués sur le corps retrouvé dans la baie de Suncheon, qui ont permis d’identifier le corps comme étant celui de YOO Byung Eun, alias AHAE, dont la résidence se situait à quelques kilomètres. L’enquête tachera de déterminer les circonstances du décès, autour duquel subsistent des zones d’ombre : temps d’identification très long et possibles arrangements autour du pouvoir sud-coréen.

Si je me retrouve aujourd’hui a vous raconter cette histoire sur un blog censé parler de photographie c’est pour raison bien précise.

Yoo Byung Eun était également connu sous son nom d’artiste AHAE …

Le Louvre, Versailles, et un village français, totalement enfumés

Deux ans plus tôt, dans le métro parisien, de grandes affiches de 4 mètres par trois, annoncent l’exposition des œuvres de Ahae, photographe coréen, au musée du Louvre. Nul ne connaît cet artiste dont le musée montrera, dans le jardin des Tuileries, deux cents photographies durant tout le mois de juillet.

Superbe capture lors d’un safari, d’un papy bokeh avec 200 – 600mm f/2,8 à 10 bâtons !
Vous noterez le détail qui tue, les gants blanc !
Non, je déconne, Ahae photographiant depuis sa fenêtre

L’exposition s’intitule « De ma fenêtre », car Ahae fait toutes ses photographies de la même fenêtre de sa maison en Corée. Depuis deux ans, il s’accoude à la traverse et prend entre 2000 et 4000 clichés par jour.

4000 putains d’images par jour ! Quand je me fais une grosse journée de photo de rue avec 200 ou 300 images, ou un mariage avec 500 à 800 photos, et que je passe au tri, j’ai déjà grave envie de me suicider à la javel, alors 4000 photos par jour, Bordel !

Il photographie les saisons, les animaux, la nature, le temps qui passe…

Henri Loyrette, alors Président du Louvre et préfacier du gros catalogue, est enthousiaste. L’année suivante, Catherine Pégard, Présidente du Château de Versailles, ne le sera pas moins lorsque, à propos de ces mêmes photographies exposées durant deux mois dans l’orangerie du château, elle écrit : « L’instant se confond avec l’éternité ».

Alerte #Bullshitphotographie

« L’instant se confond avec l’éternité »

Catherine Pégard, Présidente du Château de Versailles

Des magnats des grands groupes industriels aux dirigeants de pme, la photographie une passion assez répandue dans les milieux d’affaires

Hanmi, diabète et photographie

Par une très chaude journée de l’été 2018, dans un Séoul étouffant, alors que ma femme doit aller donner un coup de main à une amie pour son travail, je laisse ma belle-fille comater à l’appartement après une sortie en boîte du côté de Gangman avec ses copines la veille. Je me décide à aller explorer en solo le quartier de Jamsil, d’aller prendre le frais au musée de la photographie de Séoul  et d’aller tenter ma chance en street photographie du côté du parc olympique juste à côté.

En sortant du métro, je suis attiré par le portique monumental qui marque l’entrée du parc olympique des JO de 1988, ou un petit groupe de jeunes free styler BMX semblent chiller à l’ombre en effectuant quelques rides.

Heads & Chill – JoCh & the Pictures – 2018

Je me pointe et déclenche deux, trois fois en essayant de composer un truc avec la flamme olympique.

On fire – JoCh & the Pictures – 2018

Le résultat me laisse mi figues, mi raisins. La superposition de la flamme avec le rider, sa forme de dragon, lui donnant une allure de cavalier de l’apocalypse, la grande avenue en arrière-plan sont très plutôt cools, mais la connerie de vitre qui protège la flamme et qu’on n’arrive pas à sortir du cadre, me prend la tête.

Après faut savoir que si elle est là, ce n’est pas pour rien, une flamme olympique ça chauffe un max, au point que ça sent vite le cochon grillé quand tu passes tes mains au-dessus de la vitre pour faire ta photo (Ndl, au passage je ne suis pas sûre que la lentille frontale de l’objectif ai vraiment appréciée l’expérience, mais il a survécu). Les coréens ont déjà des traditions culinaires qui peuvent en choquer certains, poulpes vivants, …, de jeunes enfants grillés au barbecue ça ne le ferait vraiment pas.

Après cette expérience, tout feu, tout flamme, je me dirige avec hâte du côté du Musée de la Photographie de Séoul. Il s’agit d’un musée privé et gratuit, il est hébergé dans le siège social de la compagnie pharmaceutique Hanmi, un immeuble de bureau en verre de taille relativement modeste pour Séoul, une quinzaine d’étages.

Hanmi to the sky – JoCh & the Pictures – 2018

Le musée occupe le dernier étage de la tour, on trouve à l’entrée un café qui est aussi la salle de pause des employés, on peut y prendre un café, une pâtisserie en profitant de la vue sur le parc olympique ou en bouquinant l’un des ouvrages de photographie mis à disposition, plutôt très cool comme salle de pause !

Fucking Tripod Hole – JoCh & the Pictures – 2018
Bonne grosse photo de touriste, qui a pour seul intérêt d’être prise d’un point de vue différent de la plupart des vues du portail d’entrée du parc olympique. C’est la vue qu’on a depuis la salle de pause du siège de Hanmi.
O’ Museum – JoCh & the Pictures – 2018

Le musée a été créé par LIM Sung Ki, fondateur et président de Hanmi. Ce médecin qui a fait fortune (12ème patrimoine de Corée et 804ème rang mondial selon le magazine Forbes, bon ça c’était en 2018, avant que la boite se fasse invalider un brevet sur un médicament contre le diabète, mais bon il peut vite se refaire, son labo et dans la course pour les traitements du et vaccin du SRAS COV 2) en  commercialisant des traitements innovants contre le diabète, a pour violon d’Ingres la photographie.

Ah et au fait posons la question du pourquoi le business du diabète tourne à plein en Corée, la nourriture est plutôt plus saine qu’en occident, mais on bouffe beaucoup, on boit aussi pas mal, du soju en particulier et puis il y a la génétique.

Nature is in the box – JoCh & the Pictures – 2018
Le lobby d’entrée du siège de la compagnie pharmaceutique et son patio végétalisé sont exploités par la scénographie de l’exposition Nature as a Playground pour t’amener tout doucement dans l’ambiance de l’expo en rentrant dans les lieux. En ressortant, tu te dis que c’est vraiment bien vu, c’est un bon écho à l’une des œuvres présentée…

Je découvre l’expo temporaire Nature as Playground et le travail de Taewon JANG pour lequel j’ai un vrai coup cœur.

Ilkka HALSO, une pincée de Gursky au pays de Bae Bien U

Nombreux sont les photographes ayant cherché à dénoncer les problèmes de la déforestation :

Que ce soit en réalisant des images et l’esthétique et à la plastique parfaite qui accrochent notre yeux et qui ont dès lors toute leur place dans le lobby d’une grande compagnie désireuse de pratiquer un peu de green washing, Michael Yamashita, Yann Arthus Bertrand, Michael Nichols.

Ou en ayant un message plus sensible et profond comme Sebastio Salgado.

Mais il y en a un qui, sans aller en Amazonie, a réussi à porter un message aussi fort qu’en photographiant des contrées dévastées : c’est Ilkka Halso.
Dans sa série « Naturale », le photographe finlandais a créé des images où l’arbre se trouve stocké dans des hangars, comme un meuble Ikea. L’absurdité de ces photographies font froid dans le dos. Ilkka Halso a également créé de toute pièce un musée de la nature où chacun peut aller observer la nature comme bon lui semble. « Vous venez les enfants ? On va voir une forêt au cinéma ? »… Oui c’est le genre de conversation qu’on imagine en regardant le travail de cet artiste.

Naturale series, Roundabout, 125x210cm, 2011 © Ilkka HALSO

« Oui ! Je travaille sur le projet de création d’un gigantesque entrepôt, type “IKEA”, dans lequel on pourrait entreposer la nature et la vendre. Un écosystème complet pourrait être acheté dans ce magasin et assemblé à la maison ; quelque chose comme cela… »

Ilkka HALSO

« Il y a 2 approches dans ma méthode de travail.

La première est de construire des structures afin de mettre la nature en lumière, puis je photographie l’ensemble. J’utilise un appareil photo de grand format et un scanner. Il n’y pas trop de retouche d’image.

L’autre fait plus appel à la technique du collage. Je commence par photographier des éléments dans la nature et dans différents endroits, que je mixe avec des vues 3D construites à l’aide de logiciels informatiques spécifiques. La composition finale et les retouches sont réalisées avec Photoshop. »

Ilkka HALSO

On est pas loin des procédés techniques utilisés par Andreas Gursky.

Andreas Gursky – «99 Cents» , 1999
Andreas Gursky, Rhein II, 1999

Pour appréhender la technique et l’oeuvre d’Andreas Gursky, je vous recommander de regarder la vidéo ci dessous écrite par Thomas Hammoudi et présentée et réalisée par Laurent Breillat.

Cocoon I, Andreas Gursky, 2007
Détail de Cocoon I, Andreas Gursky, 2007

Le nouveau tableau-photo d’Andreas Gursky bientôt vendu en x exemplaire avec plein de zéro est fini. Une photo documentaire unique, très conceptuelle.

Pour reprendre une expression de Martin Parr, « une bonne photo vernaculaire » qui « montre ce qui va disparaître »[1], mais qui relève davantage de la peinture que de l’enregistrement objectif du réel.

 » Une bonne photo vernaculaire » qui « montre ce qui va disparaître », « mais qui relève davantage de la peinture que de l’enregistrement objectif du réel »

Martin Parr

Vu du confinement due au Covid 19, dans lequel je me trouve au moment ou j’écris ces lignes et qui proscrit probablement pour longtemps toute entorse à la distanciation sociale, la combinaison entre la photographie de Gurski et la citation de Martin Parr, ont quelque chose d’assez prophétiques je trouve ! Le détail qui tue étant le gars en tee shirt blanc qui porte celui en protection buco nasale.

La travail sur la masse, l’accumulation, la duplication à l’infini assez emblématique du travail photographique d’ Andreas Grusky évoque pour moi le travail du peintre coréen LEE Ung no.

Silhouettes noires sur fond blanc pour LEE Ungno, Silhouettes blanches sur fond sombre pour Andreas Grusky, … un bel effet de négatif !

Kuwait Stock Exchange II – Andreas GRUSKY, 2010

L’individu et la multitude

Ces échappées belles sont aussi l’écho d’une vie d’artiste malmené par l’histoire. On appelle Lee Ungno «L’homme des foules», car il peint en apôtre de l’individu et de la multitude. Soupçonné d’espionnage au profit de la Corée du Nord, comme nombre de démocrates, il fut prisonnier politique durant deux ans et demi sous la présidence de Park Chung-hee (1917-1979) et peintre militant pour la paix et la démocratie dans ses dernières années.

Évitant tout excès dramatique, Lee Ungno dessine au pinceau noir des foules unisexes qui tourbillonnent dans l’espace de la toile blanche, souvent de grand format. Ses petites figures en série forment des vagues ou des spirales dynamiques, longue chaîne de la vie qui fait écho aux premières représentations humaines et à la langue des signes d’A.R. Penck (1939-2017), peintre allemand disparu le 2 mai dernier, lui aussi malmené par l’histoire de sa patrie.

Bae Bien U, Sebastio Salgado, Ilkka HALSO, … Des approches différentes pour un même sujet

Les séries Naturale et Museum of Nature de Ilkka Halso est très éloignée par sa réalisation technique et son esthétique finale de la photographie d’un grand maître coréen de la photographie, Bae Bien U, pourtant le propos est assez similaire.

« En fait au commencement du projet “Museum of Nature”, il n’y pas de message écologique ou l’idée de créer un monde meilleur.

Bien sûre cela ne me gêne pas que l’œuvre soit assimilée à une démarche écologique, mais mon travail prend plutôt ses racines dans l’observation de la nature et l’assimilation des nouvelles technologies. C’est une sorte de simulation moderne du contrôle de la nature par les sciences. Cela doit nous faire réfléchir sur le devenir de la Nature. Quelles sont nos méthodes pour la rendre sûre et profitable ? Quel crédit peut-on accorder à cette interprétation ? »

Ilkka HALSO

Son travail est une réflexion sur la communion avec la nature. En ce qui concerne la première, la civilisation occidentale matérialiste l’a réduite à l’état d’objet à exploiter au prix de destructions environnementales, et il n’est pas fortuit, qu’en peinture, elle ait cultivé l’art du portrait, tandis que l’Orient lui préférait les paysages. En effet, dans la culture de ces deux mondes, s’exprime une vision différente puisque les paysages peints du second ne montrent pas un Homme en dominateur de la nature, mais en partie intégrante de celle-ci, dans la mesure où il les voit tous deux en osmose. Dès lors, c’est à l’Homme qu’il appartient de s’adapter, voire de se soumettre aux lois de la nature car elle est source de vie et constitutive d’un monde avec lequel il lui faut vivre en harmonie. L’esthétique du vide se révèle inhérente à la nature par Bae.

Le photographe met l’accent sur la relation entre l’Homme et la nature. La communion avec la nature est le leitmotiv de l’œuvre photographique de Bae. Elle reflète la préoccupation du peuple coréen à vivre en harmonie avec celle-ci. Bae voit dans le pin un contact entre le ciel et la terre. Il réussit à figer sur papier toute la dramaturgie et la magie du lieu mythique et l’énergie vitale des arbres pour les restituer en méditations intenses.

Bae pratique la photographie depuis les années 1970, mais depuis 1985, son travail s’oriente essentiellement autour de l’immortalisation des forêts de pins typiques de la Corée. Ce choix  ne semble pas anodin puisque le pin est un arbre à la signification sacrée dans la culture coréenne où il est considéré comme symbole de longévité. Selon lui, « les pins sont les symboles de l’âme du peuple coréen. »

Né en 1950, Bae Bien-U vit et travaille à Séoul en Corée du Sud. Il exerce l’art de la photographie depuis une quarantaine d’années. Aujourd’hui, il est devenu incontestablement le plus grand photographe coréen. Reconnues dans le monde entier, ses oeuvres au langage universel reflètent avant tout la préoccupation de son peuple à vivre en harmonie avec la nature.

Bae Bien-U photographie en panoramique une nature en perpétuel mouvement, sans trace humaine.

Il ne reproduit pas la nature : il la reconstruit au moyen de cadrages singuliers. Les plans sont écrasés (arbres, rivages coupés, tronqués) à tel point que la perspective paraît abolie. Le temps et l’espace, ainsi distordus, semblent suspendus dans le silence de la photographie. Ses clichés sont d’une spectaculaire beauté, d’une rigueur et d’une inventivité formelle qui empruntent à la fois à la tradition de la peinture classique orientale et à l’histoire de l’art européen et américain du XXe siècle.

Le spectateur n’est plus devant mais à l’intérieur d’un paysage telle une « fiction naturelle ». Ses séries emblématiques sur les arbres sacrés, l’océan et les Orums (collines volcaniques d’une île coréenne) encouragent l’esprit du spectateur à s’évader et méditer dans ce paysage.

Projet Museum of nature ILKKA HALSO

Taewon JANG, l’empreinte de l’homme sur la nature par le totem

Le travail de Taewon JANG dans sa série Stained Ground

Celle-ci de Taewon Jang est présenté juste à la sortie de l’ascenseur, avant d’entrer dans l’espace muséale proprement dit. L’effet de négatif entre l’ascenseur minier destiné a atteindre les profondeur de la terre, capturé ici par Taewon Jang et celui que tu viens d’utiliser pour t’élever jusqu’au dernier étage du building est plutôt bien vu.

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec la série The Crimson Line de Trent PARKE

The Crimson Line. The Crimson Line. 2019
The Crimson Line. Containers. 2019
july4 2019 001

Les typologies photographiques de Bernd et Hilla Becher

Bernd et Hilla Becher sont un couple de photographes allemands qui depuis les années 50 photographient des bâtiments industriels comme des puits de mine, des châteaux d’eau, des usines ou des silos à grains.

Leur particularité est de toujours les photographier avec la même lumière ( ciel couvert ), le même cadrage ( frontal et centré ) et la même technique ( chambre 20×25, téléobjectif pour éviter les déformations ) de façon a créer des typologies de ces constructions qui mettent en valeur à la fois leurs points communs et leurs différences.

Ils présentent ensuite leurs photographies sous forme de panneaux de 9 ( ou plus ) photographies de petits formats qui renforcent l’aspect de catalogue scientifique de leur travail.

Depuis 1976 ils enseignent la photographie à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf où ils ont enseigné à des photographes comme Andreas Gursky, Thomas Ruff ou Thomas Struth.

Réflexions à sortie de l’expo

En ressortant du building de Hanmi pour replonger dans la torpeur d’un après-midi brulant dans les rues de Séoul, je tombe sur une très grosse berline de marque premium coréenne (celle qui ne sont pas distribuées en Europe) stationnée sur le trottoir juste devant l’entrée. Un chauffeur attend, en donnant un dernier coup de chiffon sur la carrosserie impeccable d’un noir profond du véhicule. Je tue un peu le temps en essayant de trouver une composition intéressante avec le reflet sur la façade vitrée du bâtiment, d’ouvriers qui font des petits travaux sur la chaussée.

JoCh & the Pictures – Reflection at the exit of the photography museum, 2018

Je me laisse surprendre quand le passager tant attendu se décide à sortir du bâtiment, il parcourt d’un pas hâté les quelques mètres qui le sépare du véhicule, c’est bien le big boss, j’ai juste le temps alors qu’il est prêt à s’engouffrer dans la berline de lui bredouiller avec mes quelques mots de coréens « Anyeong Hasseo, Photography museum, many gémihita » (traduction : Bonjour, le musée de la photographie, très interressant !), le gars m’adresser alors un thank you ! avec un grand sourire avant de disparaitre  derrière les vitres teintées.

Vers une institutionnalisation de la photographie coréenne ?

La photographie coréenne ne bénéficie pas du appuis étatique que d’autres arts

Le rayonnement économique et culturel de la Corée s’appuis depuis longtemps sur le concept de « soft power »

L’état coréen fourni un appuis financier, organise les différents arts au service de son rayonnement culturel.

Avec le cinéma c’est KOFIC

Avec l’édition c’est PATI (voir article Ahn Sang Soo)

JUNG Jae Il, une BO de Maestro

Comme j’ai ouvert ce billet par une évocation de l’oeuvre du réalisateur BONG Joon Ho, il était juste d’y associer le travail d’un des plus grand compositeur actuel, JUNG Jae Il, auteur notamment de la bande originale du film Parasite.

Pour ne rien vous cacher il se trouve que j’ai déjà rencontré Jung Jae Il

너의 노래는(Your Song)

Extrait du générique final du premier épisode de « Noran Norae » diffusé en Janvier 2019, par la chaîne JTBC

Bon la boucle est bouclée, lors du générique final du premier épisode du documentaire, au moment ou mon épouse Eun Jeung est créditée en tant que coordinatrice locale, c’est la trop trop belle chanteuse IU qui est à l’écran, c’est la classe absolue !

Elle se trouve lors de cette interview au sein d’une exposition présentée par le Musée national d’art moderne et contemporain MMCA de Séoul, devant un tableau de JUNG Jae Ho, dont le travail évoque clairement une partie de l’oeuvre photographique d’Andreas Gursky.

노들회관 Nodeul Restaurant, 310x680cm, 한지에 아크릴릭, 2018
난장이의 공 Ball of a dwarf, 400x444cm, 한지에 아크릴릭, 2018
Plus intéressante, est la photo-tableau Paris-Montparnasse (1993) pour sa « représentation du très petit et du très grand », avec ces « incursions dans la sphère intime » au travers des fenêtres de la barre d’immeuble, rendues possible par la qualité de la définition des photos prises et le grand format.
Gursky explique qu’il voulait une photo de face sans perspective (sinon, il prenait une photo d’architecture, ce qu’il ne voulait pas) et que pour éviter la distorsion sur les côtés de l’immeuble, il l’a photographié de deux endroits, pour ensuite assembler les deux clichés ( ?).

Ce qui est intéressant, c’est dialogue entre le photo-réalisme de la peinture acrylique sur papier coréen de JUNG Jae Ho et la photo-tableau d’Andreas Gursky

[풀버전] 정재일(Jung jae il)x이적(Lee Juck), 깊은 울림이 전해지는 노래 ′작은 연못′♪ 너의 노래는(Your Song) 2회
풀버전] 아름답고 슬픈 노래…. 정재일(Jung jae il)x아이유(IU) ′개여울′♪ 너의 노래는(Your Song) 2회

Pour conclure ce post, je ne résiste pas a vous mettre exceptionnellement une photo perso.

JoCh & the Pictures – Repas de fin de tournage, Lyon Part Dieu, 2018

Pour une photo prise au téléphone, je trouve que la symétrie, le point de fuite, de la composition sont plutôt cool, bien sûre la plage dynamique ultra réduite de mon très vieux One Plus One fait que ce qui est à l’extérieur au soleil est totalement cramé, c’est dommage. Je remarque que ce jour là j’étais le seul a avoir pris une bière, tout le reste de l’équipe tournait au soda. J’ai même eu droit au fond de la table a une pose « V sign », bien dans l’esprit In Kimchi we Trust.

Ahn Sang Soo, le signe coréen

AHN Sang Soo a deux passions. La première, celle pour laquelle il est reconnu internationalement dans le monde de l’art et du design, c’est la typographie coréenne : le hangeul. La seconde, plus personnelle, plus « amateur », c’est la photographie. Nous y reviendrons un peu plus tard, mais pour cerner AHN Sang Soo, sa place et son influence dans la société coréenne, commençons par dresser le portrait de ce passionné du signe coréen, qui a su faire sortir le hangeul de son carcan traditionnel.

Hangeul, 500 ans de signes de « coréanité »

Les mots doux de Sejong, 2018 – JoCh & The Pictures – Des amoureux se promenant devant la statue du roi Sejong, au centre de séoul, marquant le point zéro des distances en Corée du Sud.

AHN Sang Soo est fier d’être issu d’un pays qui a inventé son propre alphabet il y a plus de 500 ans comme alternative au chinois. L’histoire du hangeul est connue, c’est d’ailleurs l’une des seules écritures dont l’origine reste certaine : en 1443, le roi coréen Sejong invente un alphabet pour remplacer l’écriture chinoise en place dans le pays, jugée trop complexe et moins adaptée aux sonorités coréennes, et ainsi démocratiser l’éducation.

« Le hangeul est fait de symboles, qui ont un sens.

Le style est important, mais pour être efficace, le style doit améliorer la signification du symbole. »

AHN Sang Soo

Le hangul est considéré par beaucoup de coréens comme un symbole d’indépendance. La forme des lettres du hangul est déterminée par leur sonorité car elle se base sur la position de la langue dans la bouche. La ligne est simplifiée au maximum dans une variation de ronds et carrés de façon qui la rend lisible aussi bien verticalement qu’horizontalement.

  »Chaque signe est une représentation de la forme de la bouche, de la langue, des lèvres et de la position de la glotte. Il reste aujourd’hui le seul caractère au monde dessiné pour suivre la physiologie du langage »

Merci pour cette visite de contrôle chez l’ophtalmo signée AHN Sang Soo. Si vous avez 10/10 à chaque œil vous pouvez continuer la lecture.
Le moment Sejong

« Il est des moments dans l’histoire où tout concourt à un équilibre heureux : le retour à la paix, la reprise économique, le ralliement du plus grand nombre au système de gouvernement. Le règne du roi Sejong (1418-1450) que parachèvent ses héritiers jusqu’en 1494, constitue sans conteste un de ces moments. Pour les Coréens d’alors, pour ceux d’aujourd’hui comme pour les historiens, le XV e siècle fut indubitablement une renaissance et un apogée. Non une période de domination et de gloire comme le siècle de Louis XIV, mais un âge d’or tel qu’en rêvent les Coréens, c’est-à-dire, après tant de guerres, de catastrophes et de malheurs, un âge de paix, de prospérité et de renouveau. Sejong fut le roi qu’il fallait à cette renaissance : stable, équanime, curieux et néoconfucéen. Loué dès la fin de son règne et par tous ses successeurs, il est considéré depuis comme un des plus grands héros du pays, le père de la patrie coréenne. On ne compte plus les monuments, les études, les romans, les films et, rançon de la modernité, les sites internet qui lui sont consacrés. Aujourd’hui, la première artère de la capitale coréenne, où se trouve le centre culturel Sejong, a été baptisée avenue Sejong, de même que la cité nouvelle bâtie près de Daejon et censée pendant un temps (2004-2008) remplacer Séoul en tant que capitale. Comme le billet de dix mille wons constitue toujours le titre de paiement le plus courant et que Sejong en est l’effigie, chaque Coréen est amené chaque jour à contempler l’image de ce grand roi et à se rappeler son œuvre. »

Pascal Dayez-Burgeon

Né en 1952 à Chungju, l’artiste, graphiste, designer, typographe AHN Sang Soo est célèbre pour avoir su moderniser le hangul tout en respectant ses caractéristiques traditionnelles. Il est le chef de file de la nouvelle génération de graphistes coréens. 

Pour cet alphabet extrait du ‹ carcan ›, le graphiste a conçu plusieurs polices de caractères très géométriques : le Leesang, le Myrrh, le Mano et le Ahn-Che. Cette création typographique, qui a permis à un nouveau mode d’expression d’émerger en Corée, a valu à son auteur une reconnaissance nationale.

Sang-soo Ahn obtained his BFA and MFA in 1981 from Hongik University, Seoul. He also received his Ph.D in 1996 from Hanyang University, Seoul and Honorary Doctor of Design in 2001 from Kingston University, London.
After college, Ahn worked for an advertising agency for five years. From 1981 to 1985 he worked as an art director for “Madang” and “Meot” magazine. Subsequently he started Ahn Graphics design firm. Then, in 1991 he began his professorship in Typography at Hongik University, his alma mater, and retired 2012. Moreover, he has been the editor and art director of the underground art-culture magazine “report/report” since 1988.
Internationally, Ahn was vice-president 1997-2001 of Icograda, and the chairman of Icograda Millennuim “Oullim” Congress 2000 as well as TypoJanchi 2001-present. He is the 1998 recipient of the Grand Prix of Zgraf8, and the 2007 Gutenberg Award from Leipzig, Germany.
He has been a professor in CAFA Beijing, and visiting professor Royal College of Arts, London in 2018. Since 2013, he established new experimental private design school, PaTI, Paju Typograhy Institute in Paju Bookcity in Korea.

Timbre célébrant les 550 ans du Hangeul – AHN Sang Soo – 1996

Leesang, une typographie poétique

La police Leesang est un excellent exemple de l’innovation d’Ahn sur les formes de Hangeul tout en honorant le passé. Conçu pour la première fois en 1988 et agrandi en 2013, il a été inspiré par le romancier et poète coréen d’avant-garde et surréaliste, Lee Sang. «Cette police décompose le bloc syllabique du Hangul en caractères« démontés »(풀어 쓰기)», a déclaré Yoon Min Goo, un concepteur qui poursuit actuellement une maîtrise en conception de caractères à l’ECAL qui a travaillé sur l’expansion et le raffinage de Leesang. «Chaque consonne, voyelle et consonne finale sont réarrangées l’une après l’autre sur la ligne de base. Cette dissemblance permet d’apprécier et de se concentrer sur la construction, la beauté et la matérialité de chaque lettre individuelle.

Le spécimen de la police Leesang, Ahn Sang Soo
Bannière facebook de l’école PaTi affichée lors de la célébration des 110 ans de la naissance du poète Lee Sang

Lee Sang 이상 (ou Yi Sang) est un poète et romancier coréen né le 23 septembre 1910 et mort le 17 avril 1937, que la critique a pris habitude d’appeler le Rimbaud coréen parce qu’il fut à la foi très novateur au niveau du langage et de ses thèmes littéraires et qu’il mourut très jeune.

LEE Sang réalise ses études élémentaires à l’École Sinmyeong avant d’entrer à l’école Donggwang. En 1922, il est admis au collège normal supérieur Boseong. En 1929, il sort diplômé du lycée d’ingénieur Gyeongseong avec pour spécialité l’architecture obtenant le prix d’excellence. Il fut ainsi un temps employé en tant que dessinateur dans le département des travaux publics du Gouvernement Général de la Corée. En décembre 1929, il remporte le premier prix dans une compétition de design pour la couverture du la revue Joseon (Corée) et Architecture et le troisième prix pour la couverture de la revue Société d’Architecture de Joseon. La plupart de ses travaux littéraires ont été produits dans les années 1930.

Version très 2020 d’un portrait de LEE Sang, AHN Sang Soo

En 1934, il se joint au groupe artistique Le Cercle des Neufs (Gu-inhoe), dont les membres comprennent notamment Kim Girim, Lee Taejun, et Jeong Ji-yong. En 1936, il commence à éditer le journal Le Cercle des Neufs publié par Changmunsa sous l’égide de Gu Bon-ung. Plusieurs de ses travaux furent publiés dans cette revue, y compris ses poèmes Papier de pierre tombale (Jibi), Un chemin hors du chemin (Ga-oe-gajeon), État moribond (Widok) et les récits Une araignée a rencontré un cochon (Jijuhoesi), Les ailes (Nalgae), Une rencontre et un adieu (Bongbyeolgi), et Un corps mort d’enfant (Donghae). Son court récit Journal avant ma mort (Jongsaenggi) et son mémoire Ennui (Gwontae) ont été publiés à titre posthume à Tokyo.

S’il décéda le 17 avril 1937 des suites d’une tuberculose qu’il traînait depuis plusieurs années, Yi Sang a vu sa santé se dégrader fortement pendant son emprisonnement au Japon en 1936 ; il fut en effet arrêté pour « délit d’opinion » lors d’un séjour à Tokyo et décéda peu de temps après sa libération. La promotion de la culture coréenne était interdite sous l’occupation japonaise, et ses œuvres ne furent republiées qu’après l’Indépendance, la reconnaissance de sa contribution à la littérature nationale se traduisant bien plus tard par la création d’un prix littéraire à son nom, en 1977.

Sa maison au milieu du quartier de Seochon a été récemment restaurée et transformée en lieu d’expositions culturelles.

Par sa passion débordante pour la poésie du précurseur Lee Sang, ou de ses contemporains KIM Ji Ha ou GUM Nuri, AHN Sang Soo inscrit son œuvre dans la tradition du surréalisme coréen.

Letter : Tribute to Marcel, signe artistique

Tribute to Marcel | Model : Ahn Sang Soo | Photo: RHEE Jae yong | Haircut by Gum Nuri (Artiste capillaire, non je déconne sculpteur) . 2000
Duchamp, un signe en tête

Le parcours artistique de AHN Sang Soo est marqué par quelques photographies particulièrement marquante. L’une d’elle est une photo de l’artiste prise après avoir rasé ses initiales à l’arrière de la tête.

Intitulée «Lettre: Hommage à Marcel», l’œuvre fait référence à Marcel Duchamp, qui a également inscrit une étoile à l’arrière de la tête comme une déclaration artistique.

« La comète de l’enfant phare » ou « Tonsure », Marcel Duchamp, 1919.  Photos Man Ray

« Sans l’avoir prémédité Duchamp a fait de sa vie une œuvre d’art. C’est seulement deux ans avant sa mort qu’il accepte cette évidence. Cette idée s’est forgée tout au long de son parcours, elle n’a jamais été programmatique pour lui. Il n’a jamais rien décrété. Cette photographie permet de comprendre qu’il est un individu qui a décidé sans le savoir mais en le faisant, de faire de sa vie une œuvre avant que d’être un artiste au sens traditionnel du terme. […]

Cette tonsure a une histoire. Duchamp se rase la tête pour rendre hommage à la blessure d’Apollinaire reçue pendant la grande guerre. Le cliché de Man Ray date de 1919. Il est atypique car Duchamp a toujours été une personne réservée. Cette marque, plus qu’une lubie, est attachée indéfectiblement à sa personne. »

Bernard MARCADé – Biographie de Marcel Duchamp
Apollinaire, le signe du calligramme
Illustration composée à partir d’une célèbre photographie de Guillaume Apollinaire suite à sa blessure et la trépanation qu’il a subit.
Calligramme La flèche saignante – Guillaume Apollinaire

Un calligramme est un poème dont la disposition graphique sur la page forme un dessin, généralement en rapport avec le sujet du texte, mais il arrive parfois que la forme apporte un sens qui s’oppose au texte. Cela permet d’allier l’imagination visuelle à celle portée par les mots.

Apollinaire invente le mot « Calligramme » en contractant deux mots : calligraphie (art de la belle écriture)     et idéogramme (signe représentant un mot ou une idée).

Il nomme également ces poèmes  idéogrammes lyriques. Le lecteur ne doit plus se contenter de lire, il doit déchiffrer le poème comme s’il s’agissait d’un hiéroglyphe .

Bon alors à ce stade, ceux qui suivent me suivent encore dans mes délires d’analyses pseudo artistiques capillotractées, attachez votre ceinture. On est sur le point de boucler la boucle…

L’œuvre de AHN Sang Soo est en effet totalement blindée de calligrammes. Il en produit début ses débuts, et continu d’en sortir régulièrement.

Autoportrait signature sous forme de calligramme – AHN Sang Soo
Calligramme « l’oiseau MASSIN », Hommage à Robert MASSIN (Graphiste et Typographe français, ayant collaboré avec Raymond Queneau, Eugène Ionesco, Jacques Prévert notamment) AHN Sang Soo , 2020
Robert MASSIN, inventeur du beau livre pour tous

Le graphiste et typographe Robert Massin, qui vient de mourir ce 8 février 2020 à 94 ans, fait partie de « l’inconscient visuel » français. On a tous, à un moment ou à un autre, vu au moins l’une des ses créations, qui sont à la source de l’édition moderne.

Pour en apprendre plus sur Robert Massin, je vous invite a aller lire cet article de Télérama.

Nous sommes donc confronté ici à une première piste surréaliste dans l’oeuvre de AHN Sang Soo.

La passion d’Ahn Sang-Soo, c’est la typographie coréenne : le hangueul. Fier d’être issu d’un pays qui a inventé son propre alphabet il y a 500 ans comme alternative au chinois, Ahn Sang-Soo a créé de nombreuses polices de caractère en hangueul, le faisant sortir de son carcan traditionnel. Il est également à l’origine de Typojanchi, la première biennale internationale de typographie en Corée.

Enseignant à l’université de Séoul, graphiste reconnu, Ahn Sang-Soo est également un infatigable voyageur, arpentant le monde et les jurys internationaux, s’imprégnant de l’histoire, des arts et des traditions des uns et des autres sans jamais perdre de vue sa ‹ coréanité ›. C’est probablement ces incessantes rencontres aux quatre coins du monde qui font que, selon l’affichiste Michel Bouvet qui l’admire, ‹ à [ses] yeux, son œuvre, pourtant si éloignée de nos références culturelles, nous est si spontanément familière. › Créateur influent auprès de la jeune génération de graphistes coréens, Ahn Sang-Soo construit une œuvre cohérente, douce et ferme à la fois qui, bien qu’elle soit fort éloignée des préoccupations occidentales, ne cesse de nous parler et même de nous interpeller. »

« Ahn Sang-Soo étudie le graphisme à l’université Hong-ik à Séoul. Il débute dans une agence de publicité, puis assure la direction artistique de deux magazines, Madang et Mot. Il fonde ensuite son agence, Ahn Graphics, qu’il dirige jusqu’en 1991. Son travail est extrêmement diversifié : édition, publicité, livres scolaires, quotidiens nationaux, mais aussi commandes pour IBM ou les Jeux de Séoul. Ainsi que des recherches d’auteur : le magazine Bogoseo/bogoseo, des revues de poésie. Ou les photos dites ‹ cache œil ›, inspirées de la couverture du premier numéro de Bogoseo/bogoseo en hommage au poète Kim Ji-ha. Depuis, comme un exercice de style, il a saisi plus de 1 600 hommes et femmes qui se masquent un œil avec une main. »

« De nombreux spécialistes considerent le Hangul comme le plus parfait système d’écriture d’un point de vue scientifique. Ils justifient leur point de vue en notant la construction systématique du Hangul qui repose sur la forme des organes vocaux lorsqu’ils prononcent le son. Ainsi, le ‘T’ dans notre alphabet occidental représente un son qui n’a rien à voir avec la forme des organes vocaux. Son homologue coréen ‘’ représente la manière dont la langue touche le palais supérieur. Une autre des caractéristiques les plus intéressantes du Hangul est sa facilité d’apprentissage et ce aussi bien pour des Coréens que pour des étrangers. Il y a une dizaine d’année, l’UNESCO a reconnu cette spécificité remarquable en instituant le prix de littérature du Roi Sejong qui honore les personnes qui ont contribué à l’éradication de l’illétrisme dans le monde. Grâce au Hangul, la Corée a ainsi un des plus bas taux d’illétrisme dans le monde.

Signes poétiques célébrant le hangeul dans la ville

Blossom Hangul, Floraison de Hangeul, composé avec la consonne « ㅎ » (hiut)
Lock Museum – JoCh & the Pictures – 2018
Le portail de la maison d’AHN Sang Soo

Toutefois, ces points sont à nuancer. En effet, tous les sons de la langue coréenne ne sont pas retranscris dans le Hangul. Il n’existe ainsi pas de signes distincts pour exprimer les sons ‘g’, ‘b’, ‘d’ et ‘j’ qui existent pourtant en coréen et sont représentés par les lettres ‘k’, ‘p’, ‘t’ et ‘ch’. Il n’en reste pas moins que le Hangul répond parfaitement à la fonction d’une écriture à savoir de retranscrire aisément, lisiblement et le plus fidèlement possible une langue. Les Coréens en sont bien conscients eux qui fêtent tous les 9 octobre le Hangul Day. »

Doodle illustrant la page d’accueil du moteur de recherche Google lors du Hangul day

« En Corée, le ministère de la Culture fête chaque année l’anniversaire de l’alphabet Hangul, que le graphiste illustre par des affiches. Des paysages urbains ou maritimes en noir et blanc, où semblent danser puis tomber ses caractères géométriques en couleurs. Une rencontre percutante et fine entre image et texte. ‹ Il y a fort longtemps, les mots étaient des étoiles, quand ils ont acquis un sens, ils sont retombés sur terre ›, écrit ce poète sur une autre de ses œuvres.

Bomb fish on the Seashore, signe des temps

Bomb fish on the seashore
poster for the Front DMZ Arts, Movement exhibition
78.8 x 109 cm. 1991

Il y a dans l’œuvre de AHN Sang Soo une image frappante. C’est le poster Bomb fish on the seashore, crée en 1991 pour le Front DMZ Arts Movements. Une photographie, faite d’un noir et blanc gris avec les silhouettes des bombes américaine amassées le long de la mer sur la côte coréenne. Des signes géométriques blancs s’envolent au-dessus d’elles.

A ce sujet, l’affichiste français Michel Bouvet, exprime ses sentiments ainsi :

« Nul besoin de comprendre ce qui est écrit, pour saisir l’incongruité monstrueuse de ces milliers de bombes. »

Michel BOUVET – Graphiste
michel.bouvet
graphic.designer.
2014.8.. @casa.de.vidro-lina.bo.bardi.. sao.paolo.

Cette affiche réalisée par AHN Sang Soo, doit être vu comme l’introduction d’une nouvelle mythologie dans l’approche artistique de la DMZ, de la frontière inter-coréenne. En effet, inlassablement, la reconnaissance graphique et photographique de cette zone est fréquemment liée à différentes mythologies antiques ou contemporaines, comme je le souligne également dans l’article Une Masterclass de composition (nec) plus ultra, par Park Chan Wook, relevant l’idée de colonnes d’Hercule, …

AHN Sang Soo, fait naître des paysages surréalistes de Maehyang-ri, de la superposition de caractères typographiques indéchiffrables mais pourtant bien compréhensibles de manière universelle, l’expression d’une mise en garde contre un monstre marin envahissant la péninsule.

La plaque de Pioneer est une plaque métallique embarquée à bord des deux sondes spatiales Pioneer 10 et Pioneer 11, lancées respectivement les 3 mars 1972 et 6 avril 1973. Sur cette plaque, un message pictural de l’humanité est gravé à destination d’éventuels êtres extraterrestres : un homme et une femme représentés nus, ainsi que plusieurs symboles fournissant des informations sur l’origine des sondes. Il s’agit en fait d’une sorte de « bouteille à la mer interstellaire », de  » capsule temporelle », les probabilités qu’elle soit découverte étant proches de zéro. En haut à gauche de la plaque se trouve une représentation schématique de la transition hyperfine de l’atome d’hydrogène

Tentative de décryptage

Deux rond relié par un trait = transition hyperfine de l’atome d’hydrogène (sondes Pioneer)

Triangle surmonté de trois pics = indicateur radar de cible

Les cinq ronds reliés = Molécule (nul en chimie, pas molécule d’eau mais possiblement une autre molécule)

Cette vision de AHN Sang Soo est reprise, retravaillée et approfondie quelques années après par le photographe KANG Yong Suk, dans une série consacrée à Maehyang-ri.

KANG Yong Suk – From Maehyang-ri, Leviathan des temps modernes

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

KANG Yong Suk a consacré durablement son travail de photographe aux les problèmes sociaux et culturels liés à la guerre de Corée (1950 – 1953) et à la division de la péninsule en résultant.

Il utilise des techniques photographiques conventionnelles pour observer les cicatrices de la guerre, les changements dus à la présence militaire américaine en Corée et les relations de pouvoirs résultant de la guerre.

KANG ne perçoit pas seulement la guerre de Corée comme un événement passé, mais comme un événement puissant qui continu d’influencer la société coréenne et veut mettre l’accent sur la nécessité d’un débat actif sur le sujet dans sa dimension sociale.

Les principaux travaux photographiques de l’artiste sont les séries suivantes :

Commemorative Photographs of Dongdoocheon

(1984)

From Maehyang-ri

(1999)

From the Civilian Control Line

(2000 – 2006)

Propaganda village

(2002 – 2004)

The Korean War Monuments

(2006 – 2009)

KANG Yong Suk est né en 1959, il vit et travail à Iksan, province de Jeollabuk-do, Corée. Il a étudié la communication visuelle à l’Université de l’Ohio (Master, 1991) et est professeur à l’institut des arts de Paekche (Séoul). Il a remporté le prix de la photographie de Dong Gang en 2010. Il a publié From Maehyang-ri (Noonbit, 1999), The Korean War Monuments (The Museum of Photography, Seoul, 2009) et Kang Yong Suk (Dong Gang Museum of Photography, 2010).

Dans From the Civilian Control Line, KANG Yong Suk photographie les structures factices construites pour la propagande et les rochers contentieusement empilés pour retarder l’avancé de l’ennemie. Dans la série Photographs of Propaganda Village, le photographe prend également des images du « Peace Village / Unification Village » qui fut construit en 1973. Dans la série Korean War Monuments, KANG montre les monuments de la guerre coréenne qui se trouvent dispersés à travers le pays, observe les souvenirs collectifs de la guerre coréenne, ainsi que les questions relatives à l’identité.
Il aborde l’attitude envers le passé et la question de la construction de mémoires collectives mûries.

Dans la série From Maehyang-ri, KANG Yong Suk documente en 1999 comme AHN Sang Soo en 1991, les paysages désolés de l’ile Nong au large du village de Maehyang-ri, utilisé comme champs de tir et de bombardement d’entrainement par l’US Air Force en employant des tons gris détachés de toutes émotions.

Maehyang-ri est un petit village agricole situé à 80 km au sud-ouest de Séoul, sur deux îlots. Depuis l’accord sur le statut des forces armées entre la Corée du Sud et les États-Unis en 1954, l’armée américaine l’a utilisé comme champ de tir et de bombardement d’exercice. Des avions militaires de toute l’Asie sont également venus à Maehyang-ri pour tester des armes. Cette base militaire US appelée Kooni a finalement fermé en 2005, à la suite des protestations des riverains survenu après l’accident survenu en 2000, au cours duquel un chasseur américain A10 connaissant des problèmes moteur avait largué pour s’alléger, une bombe de 500kg sur le village, faisant 7 blessés, laissant de profonds dommages aux habitants et à l’écosystème.

La série From Maehyang-ri, en employant des tons gris détachés de toutes émotions, interpelle le spectateur sur la question de la perception de la réalité.

Ces photographies posent, selon PARK Chan Kyong, documentariste, monteur, réalisateur (Citons notamment le film documentaire Anyang Paradise city), spécialiste de l’art contemporain et accessoirement petit frère du réalisateur PARK Chan Wook, des questions sur la définition par la photographie de différents concepts : Le Paysage, le lieu, l’emplacement, le territoire.

Paysage

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

La série From Maehyang-ri révèle à quel point la notion de paysage est une construction inadéquate ainsi qu’une conception esthétique faible. Le spectateur se demande à chaque image, « Est-ce un paysage ? ». Nous sommes confrontés à environnement dans lequel les éléments classiques constitutif du paysage sont presque perdus. La terre et les roches explosées, les carcasses de bombes et les cibles, tout concoure a créer autre chose que ce que nous associons habituellement au paysage. Le paysage de l’œuvre de KANG Yong Suk incarne la force de la violence imposée à la nature à la fin du XXème siècle. Les arbres, la végétation que nous associons aux paysages conventionnels ont été remplacés par les silhouettes rouillées des bombes qui rappellent les scènes d’introduction ou les scènes finales de film de science-fiction apocalyptiques. Dans les photographies de Maehyang-ri, la réalité est représenté comme un Non-paysage, car la rhétorique classique du paysage tel que la ligne d’horizon, le premier plan et l’arrière plan, l’atmosphère, les tonalité riches, ont tous été dissipés. Ainsi cette série propose une rupture fondamentale avec l’acception classique ou en tout cas occidentale de la notion de paysage.

Lieu

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

Du sentiment de distance que l’on ressent dans les photographies de Kang découle de la question: «De quel genre d’endroit s’agit-il ?». Cette question invite même le spectateur à se poser la question « Est-ce même un endroit ? ». Ce qui génère ce trouble c’est probablement l’angle complétement différent de ce a quoi nous sommes habitué concernant la photographie de guerre pris par KANG.

https://green-korea.tistory.com/75 rapport de l’association Green Korea United accidents Maehyang-ri

Certaines photographies de la série ne contiennent pas de sujets humains, d’autre si. On est déconcerté par une confusion d’échelle, par le fait que les photographie comportent de vastes étendues d’espace. La destruction de tout objet physique a commencé par la végétation entraine la perte de critères mesurables ou de normes visuelles. KANG Yong Suk souligne cela en mettant l’accent sur la profondeur de champ, en éliminant les figures humaines, en plaçant des éléments dramatiques au premier plan et en s’appuyant sur l’heure de la journée qui ne projette presque aucune ombre.

Le résultat de ces choix techniques est que l’emplacement du corps du spectateur, correspondant à la position de l’appareil photo, devient incertain. Bien entendu, le photographe a choisi la position de sa prise de vue avec soin, cependant, dans ce cas, ce n’est pas « ici ou là-bas », mais plutôt « quelque part » dans un lieu inconnu, ou pour emprunter le terme de certains artistes conceptuels, un « non-site ». Dans ce désert artificiel, notre regard s’emmêle dans l’air, se mélange au grain photographique. Même lorsque la ligne d’horizon est située dans le cadre, elle n’est jamais vraiment marquée, et la difficulté de se situer dans l’espace demeure.

Les aspects «non-paysage» et «non-site» constituent des parties visuellement inhérentes à ces photographies. C’est la dispersion du regard et la positionnalité incertaine qui placent les images Maehyang-ri quelque part au-delà de la réalité, malgré leur objectivité et leur réalisme minutieusement calculés. Ces photographies situent Maehyang-ri quelque part entre la réalité et la non-réalité.

Emplacement

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

Le rendu gris des photographies de KANG Yang Suk dénué d’émotions, pouvant inspirer une certaine plénitude, contraste avec la réalité vécue par la population. Dans ce village d’environ 200 familles, au cours des 30 dernière années, 29 personnes ont tenté de se suicider et 26 d’entre elles sont décédées. Chun Man Gyu est devenu le chef du comité des résidents après le suicide de son père, s’exprime ainsi à ce sujet :  » Il n’y avait aucune raison apparente pour qu’il se soit suicidé. mais ce n’est pas exclusif à ma famille. Nous supposons que la violence du bruit a provoqué un trouble psychique, qui a son tour a conduit au suicide. Les bruits des bombardements créent un contraste saisissant avec le silence de Maehyang-ri lors des week-ends sans bombardements. »

Les images photographiques de cette série soulève un paradoxe. Le silence du média photographique s’oppose au déferlement de bruit de fureur de la réalité des bombardements. Les thèmes métaphysiques qu’elle soulève, de la création et de la destruction, de l’existence et du néant, ne peuvent être considérés isolément des réalités sociales et géopolitiques concrètes de la Corée du Sud.

Regarder les photographie de Maehyang-ri signifie tenter de revenir à la « vérité » de la société coréenne contemporaine dans un lourd silence. La question que suscite chaque photographie pourrait être « qu’est ce cette image dit d’ici et de maintenant ? ». Les photographies de KANG ne répondent que par échos : Qu’est ce que la péninsule coréenne ? Qu’est ce que les Etats Unis ? Une nation ? La division ? Ces questions sont elles d’ailleurs vraiment pertinentes pour cette terre de monstres et de spectres ?

Durant des décennies avant la fermeture du site au milieux des années 2000, Maehyang-ri est resté presque inconnu de la population coréenne. Maehyang-ru apparait à a population comme une réimition des images d’après guerre, comme la menace d’un monde détruit dans un futur imaginaire, ou bien encore comme quelque part sur Mars. Le monde d’en lequel vivent les résidents de Maehyang-ri est un monde qui reste inconnu de la population générale.

Pour les pilotes de l’US Air Force, Maehyang-ri est seulement reconnu comme un signe numérique sur leurs écrans radar, comme une position mathématique précise qui clignote sur la grille. Il n’a de valeur que dans la mesure où il est saisi et détruit dans le fracas des bombes.

Pour les personnes qui effectuent le travail fastidieux de collecte des douilles pour en revendre le métal, le domaine de la technologie aéronautique est totalement étranger. L’inverse est vrai également. Pour les F16 qui viennent de Guam ou d’Okinawa, ce qui importe, ce se ne sont pas les questions « où est ce ? » ou « quels sont les gens qui y vivent ? », mais plutôt l’emplacement de la cible, qu’elle soit mobile ou non. C’est une autre raison pour laquelle les photographies de KANG Yong Suk semblent aussi réalistes que non réalistes. Maehyang-ri est une sorte d’hétérotopie où coexistent plusieurs espaces complétement différents.

Hétérotopie ?

Merci Wikipédia

L’hétérotopie (du grec topos, « lieu », et hétéro, « autre » : « lieu autre ») est un concept forgé par le philosophe Michel Foucault dans une conférence de 1967 intitulée « Des espaces autres ».

Il y définit les hétérotopies comme une localisation physique de l’utopie. Ce sont des espaces concrets qui hébergent l’imaginaire, comme une cabane d’enfant ou un théâtre. Ils sont utilisés aussi pour la mise à l’écart, comme le sont les maisons de retraite, les asiles ou les cimetières. De façon plus générale, ils peuvent être définis dans l’emploi d’espace destiné à accueillir un type d’activité précis : les stades de sport, les lieux de culte, les parcs d’attraction font partie de cette catégorie. Ce sont en somme des lieux à l’intérieur d’une société qui obéissent à des règles qui sont autres.

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

Les restes de la destruction complète sont éparpillés, derrière lesquels plusieurs personnes marchent quelque part. Quelle est la relation entre les deux? Sont-ils réellement dans le «même» espace?

Territoire

Maehyang-ri est administrativement un territoire sud-coréen; dans la pratique ce territoire est utilisé par les Etats-Unis; et virtuellement, il représente celui de la Corée du Nord. Maehyang-ri est soumis à des bombardements chaque nuit car c’est un territoire virtuel ennemi. Même si le territoire de l’ennemi est virtuel, le bombardement lui-même est réel. Alors on est obligé de se demander , y a-t-il des différences fondamentales entre une cible virtuelle et une cible réelle ?

Les photographies de From Maehyang-ri ne permettent pas de savoir si nous envisageons une véritable guerre ou un entrainement. Les photographie de Maehyang-ri représentent une quasi-guerre, et dans la mesure où ce sont des photographies, elles sont aussi une quasi-réalité. Une telle double simulation entraîne une ambiguïté et une complexité dans l’interprétation des images.

Au final, le monde représenté sur les photographies n’appartient à aucun site spécifique. Il y a des camions et des bus abandonnés par balles sur le rivage, la forme circulaire des enveloppes d’obus collectées pour être vendues, des fragments de métal. En effet, ce sont des vues étranges. Une condition aussi étrange constitue une équivalence visuelle à l’étrangeté d’un pays en état d’armistice. Les bombardements de Maehyang-ri représentent une guerre en pleine paix.

http://dgphoto.addus.co.kr/eng/exhibit/?m=30

Signes blancs et cygne noir

Qu’est ce qui fait la différence dans le traitement du sujet par AHN Sang Soo et KANG Yong Suk ?

AHN est plus contrasté (il y a des cailloux sur le rivage quasiment aussi blanc que la typographie ajoutée en post-production, le noir des bombes est pratiquement totalement bouché). Son cliché de Maehyang-ri a du grain, il est probablement fait au Leica ou au reflex 35mm (argentique ou numérique, difficile d’être formel sur ce point). Le cadrage, la composition de l’image est fait a l’instinct, elle ne semble pas extrêmement réfléchie. Ce qui compte pour le photographe « amateur avancé » qu’est AHN Sang Soo c’est de rendre dans son image la violence de la scène qu’il immortalise. Mais AHN possède en plus du langage photographique, celui des mots, de la calligraphie, de la typographie.

KANG, lui est volontairement gris voir grisouille. Sa série ce caractérise sur le plan technique par l’absence de grain visible. Combinée au format carré, cela semble indiquer que c’est fait la chambre photographique ou au moyen format à minima (Je n’ai pas trouvé au cours de mes recherches pour préparer cet article d’informations sur le matériel utilisé par KANG Yang Suk, mais disons que si il avait utilisé un moyen format Hasselblad 500 tel que ceux utilisés sur la Lune par les missions Apollo, cela aurait du sens).

AHN est plus contrasté (il y a des cailloux sur le rivage quasiment aussi blanc que la typographie ajoutée en post-production, le noir des bombes est pratiquement totalement bouché). Son cliché de Maehyang-ri a du grain, il est probablement fait au Leica ou au reflex 35mm (argentique ou numérique, difficile d’être formel sur ce point). Le cadrage, la composition de l’image est fait a l’instinct, elle ne semble pas extrêmement réfléchie, il y a de la perspective, les ombres sont très marquées. Ce qui compte pour le photographe « amateur avancé » qu’est AHN Sang Soo c’est de rendre dans son image la violence de la scène qu’il immortalise. Mais AHN possède en plus du langage photographique, celui des mots, de la calligraphie, de la typographie.

KANG, lui est volontairement gris voir grisouille. Sa série ce caractérise sur le plan technique par l’absence de grain visible. Combinée au format carré, cela semble indiquer que c’est fait la chambre photographique ou au moyen format à minima (Je n’ai pas trouvé au cours de mes recherches pour préparer cet article d’informations sur le matériel utilisé par KANG Yang Suk, mais disons que si il avait utilisé un moyen format Hasselblad 500 tel que ceux utilisés sur la Lune par les missions Apollo, cela aurait du sens).

Le moyen format argentique Hasselbald 500 EL, l’outil parfait pour saisir des paysages lunaires.

Inventée par l’essayiste Nassim Nicholas Taleb, l’expression « Cygne Noir » est passée dans le langage courant. Plus que le seul imprévisible, elle désigne l’événement statistiquement presque impossible mais qui se produit tout de même.

Le désastre en cours est en train de transformer en objet culturel grand public cette notion jusque-là réservée aux initiés. Qu’est-ce que le cygne noir ? C’est une expression inventée par l’essayiste Nassim Nicholas Taleb qui l’illustre de la façon suivante. Si vous vous postez au bras d’une rivière où passent des cygnes, et que vous commencez à les compter, le nombre d’oiseaux blancs vous fera déduire que tous les cygnes sont blancs – jusqu’au jour où contre toute attente, un cygne noir apparaîtra. Autrement dit, le cygne noir, l’oiseau, est, dans cette histoire, le signe de la dissonance statistique, que les anciens appelaient le destin, et les mathématiciens, le hasard – le signe d’un accident d’autant plus inimaginable que tout a été prévu et calculé, mais accident qui arrive quand même, et dont les conséquences sont impensables.

Les prédictions sérieuses sur l’émergence de contagions planétaires par des virus inconnus ont commencé à se multiplier dans les années 1990/2000. Vers cette époque, on s’est mis à considérer que la multiplication des échanges permise par la globalisation aboutirait un jour ou l’autre à la transmission de nouvelles maladies. La grippe aviaire, le virus H1N1, sont venus confirmer l’intuition. Ces dernières années, en Occident, pas un seul document de prospective n’a négligé cette hypothèse. Pourtant, depuis que la pandémie a bel et bien frappé, la plupart des gouvernements sont pris de court. En dépit, ou à cause de leur sophistication, nos sociétés modernes se voient ainsi renvoyées à la vieille question de l’histoire humaine – la question de Job, reformulée en 1756 par Voltaire, dans son poème sur le tremblement de terre qui venait de faire près de 60 000 morts à Lisbonne : pourquoi « Dans le mieux ordonné des univers possibles, un désordre éternel, un chaos de malheurs, mêle à nos vains plaisirs de réelles douleurs » ?

Eclairages | Influences

L’œuvre de Richard Misrach

Richard Misrach est un photographe américain né en 1949. Avec ses photographies documentaires de paysages réalisées à la chambre grand format il fait parti de ceux qui ont fait reconnaître la couleur dans la photographie d’art des années 70 au même titre de Joel Meyerowitz, Stephen Shore.

L’homme des cantos photographiques

L’utilisation par Misrach du terme «canto» a été inspirée en partie par les cantos d’Ezra Pound.

Le terme italien «canto» a été utilisé pour indiquer que la vaste entreprise a été décomposée en essais thématiques individuels ou «cantos», qui constituent l’ensemble de l’œuvre, ou «cycle de l’œuvre musicale». Certains de ces cantos ne comportent que quelques images, tandis que d’autres se comptent par centaines. Certains peuvent être considérés comme « documentaires », d’autres plus métaphoriques. Certains peuvent être considérés comme esthétiques dans l’intention, certains «politiques» – bien qu’en tant que photographe ambitieux et intelligent, l’esthétique ne se fasse jamais aux dépens de la politique, ou vice versa. On peut dire que l’objectif de Misrach est la recherche du Saint Graal photographique, fusionner le reportage et la poésie. Progresser – comme il le disait – « du descriptif et de l’informatif à une résolution métaphorique ».

« Ma carrière, d’une certaine manière, a consisté à naviguer entre ces deux extrêmes – le politique et l’esthétique »

Richard Misrach
The Desert Cantos

Cette série commencée à la fin des années 70 et toujours en cours explore les paysages désertiques de l’Ouest américain et les différentes manières dont l’Homme les utilise et les transforme.

La série est séparée en plusieurs dizaines d’actes ou couplets qui peuvent contenir quelques images ou des centaines.

Il a par exemple réalisé des images sur des thèmes comme les éléments manufacturés dans des paysages vierges, les courses de voitures sur le désert de sel, des feux et des inondations provoquées par l’homme, les traces d’essais nucléaires ou encore des zones d’exercices dans des bases militaires.

La belle idée de définir des corpus d’image non pas comme des « séries » mais comme des « cantiques »

Bravo 20 : the bombing of the american west

Cet ouvrage constitue l’un des couplets des « desert cantos »
Desert Cantos V: The War

En 1952, la marine américaine a commencé à tester illégalement des bombes explosives sur une énorme étendue de terres publiques près de Fallon, dans le nord-ouest du Nevada. La terre était depuis longtemps sacrée pour les Indiens du Nord Paiute, qui l’appelaient la «Source de la Création». La marine l’a appelé «Bravo 20.»

Voici l’histoire dramatique et la première documentation photographique de ce qui est arrivé au domaine public à «Bravo 20.» Avec l’aide des résidents locaux, le photographe paysagiste primé Richard Misrach a eu accès à la région en utilisant une loi minière de 1972 pour revendiquer une parcelle de terrain au cœur du champ de tir. Malgré les craintes initiales de bombes non explosées ou de bombardiers rebelles de la marine, Misrach «a travaillé sa revendication» – et son appareil photo – pendant les dix-huit mois suivants. Le résultat de ses efforts est une collection époustouflante de photographies en couleur – et une proposition remarquable pour le premier mémorial environnemental des États-Unis: le parc national Bravo 20.

Les photographies capturent à la fois la beauté naturelle et la dévastation causée par l’homme unique au paysage reculé du Nevada. Dispersées à travers le grand plat alcalin, des épaves rouillées de véhicules militaires gisent comme sur un champ de bataille. Un cratère de bombe est rempli de liquide cramoisi où la terre elle-même semble saigner. Un autobus scolaire abandonné se trouve parmi l’armoise. (Légende: « Cible ».) Un seul pic s’élève à l’horizon: Lone Rock, connu par les Paiute du Nord sous le nom de « Tête de loup ». De son sommet flotte le drapeau américain, hissé par le photographe et ses amis pour éloigner les bombardiers de la Marine qui ont déjà réduit sa hauteur de plus d’un tiers.

La plupart des travaux de Richard Misrach, y compris la série Bravo 20: The Bombing of the American West, s’inscrivent dans le vaste thème de ce qu’il appelle Desert Cantos – un «canto» étant une section d’un long poème. Pour la série Bravo 20, Misrach a passé près de deux ans dans un coin nord-ouest isolé du désert du Grand Bassin du Nevada, à la suite d’une découverte récente que la marine américaine traitait illégalement ces terres publiques comme un champ de tir depuis 1952. Utilisant sa camionnette comme une chambre noire de fortune, Misrach a documenté cette zone assiégée, que l’armée appelle par euphémisme «Bravo 20.» Dans Bomb Crater and Destroyed Convoy, Bravo 20 Bombing Range, Nevada, les montagnes Humboldt s’élèvent derrière un paysage apocalyptique. Un cratère géant domine l’image, entouré des restes épars et rouillés d’un véhicule militaire explosé. Rempli d’eau couleur sang, le cratère suggère une plaie ouverte. Ici, l’eau, source essentielle de survie, a été littéralement et symboliquement contaminée. Néanmoins, la composition troublante est imprégnée d’élégance formelle. Comme Misrach l’a fait remarquer: «Je crois que la beauté est un vecteur très puissant d’idées difficiles. Cela engage les gens alors qu’ils pourraient autrement détourner le regard. »

Le monticule, ou le paysage réduit à l’état de cible !

Personnel Carrier Painted to Simulate School Bus, Richard Misrach, 1986

Des sites de Bravo 20 à celui du KOONI, la photographie contemporaine interroge sur la fascination de l’armée US a défoncer des bus scolaires !

Petrochemical America

Avec cette série commencée en 1998 il a photographié une zone le long du Mississippi se situant entre la Nouvelle-Orléans et Bâton Rouge en Louisiane où se trouvent 135 raffineries de pétrole et qui est surnommée Cancer Alley à cause de la pollution que cette activité engendre.

Y aurait pas un petit air de rhein II dans cette photo ? Je dis ça, je dis rien !

Rhein II, Andreas GRUSKY
Richard Misrach, La frontière | de la photographie contemplative à la photographie compulsive à Michael Wolf
L’artiste plasticien Guillermo Galindo, retravaille les objets photographiés et collectés par Richard Misrach
Michael Wolf, documenter c’est aussi collecter …
Michael Wolf: Works, Published by Peperoni Books, 2017

J’ai la chance de l’avoir dans ma bibliothèque, je l’ai chiné en occasion a un prix indécent, c’est un putain de monument de la photographie contemporaine.

Sensation de côté irréel, brouille la réalité

Interprétations culturelles du mythe du Léviathan

Le Léviathan est un monstre mythologique colossal, dont la forme n’est pas précisée. Suivant les cultures il peut prendre la forme d’un dragon, d’un serpent, d’un crocodile, ou encore d’autres formes monstrueuse, il est fréquemment associé au milieu aquatique. Il peut être considéré comme l’évocation d’un cataclysme terrifiant capable de modifier la planète, et d’en bousculer l’ordre et la géographie, sinon d’anéantir le monde. Le Léviathan est également, selon certaines versions, l’u des principaux démons de l’enfer. Il est représenté au Moyen Âge sous la forme d’une gueule ouverte qui avale les âmes, symbolisant ainsi l’entrée de enfers.

The beast with two horns like a lamb (B. 74; M., HOLL. 175) *Woodcut from The Apocalypse *39 x 28.2 cm *circa 1496-1497, Albrecht DURER
Frontispice – Léviathan – Thomas HOBBES (1651)

Loin d’être un simple ornement du livre, le frontispice du Léviathan en est une composante essentielle. Hobbes accordait en effet une extrême importance aux images et à la rhétorique afin de persuader le lecteur25. Probablement réalisé à Paris par le graveur Abraham Bosse, sur les instructions précises de Hobbes, cette gravure constitue une des plus profondes illustrations jamais produites d’une théorie politique26,27. Elle a été abondamment commentée, notamment par Foucault, qui a dénoncé la philosophie et déconstruit le modèle juridique du pouvoir proposé par Hobbes

Le mythe du Leviathan, revient régulièrement dans l’art et la culture populaire sud coréenne, citons par exemple le film The Host de BONG Joon Ho.

The Host, le monstre de BONG Joon Ho

Affiche du film The Host, BONG Joon Ho, 2006
Puisque c’est désormais une tradition sur ce blog, voici un gros plan regard caméra de SONG Kang Ho, dans The Host.

Synopsis

Si The Host trouve ses racines dans l’histoire contemporaine de son pays, il n’en possède pas moins une puissance politique universelle. Chez Bong Joon Ho, le burlesque ne laisse jamais place à la vacuité.

De Bomb fish on the seashore à The Host en passant par From Maehyang-ri, nous sommes confronté à un même thème, traité de manières différentes par trois artistes de l’image : un graphiste AHN Sang Soo, un photographe KANG Yong Suk, un cinéaste BONG Joon Ho. Je trouve ça terriblement enrichissant en terme de culture de l’image et de compréhension de la société coréenne.

PaTI, signe académique

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2020.2.23.. paju.bookcity.. korea.

One eye project, un œil sur la photographie coréenne

Le designer coréen Ahn sang soo réalise en 1988 une couverture pour le magazine coréen bogoseo/bogoseo. Dans un geste spontané, il se photographie lui-même, l’œil droit recouvert d’une main et la bouche de l’autre.

Ahn Sangsoo, «bogoseo\bogoseo» cover of the first issue, 1 July 1988.

Depuis, Ahn sang soo poursuit le projet « one eye », sorte de mélange entre le work in progress et le journal intime, pour lequel il photographie des personnes, au hasard de ses pérégrinations à travers le monde, à qui il demande de poser en se cachant un œil.

Voir le monde d’un seul oeil. Par la répétition (le nombre de photographies dépasse aujourd’hui les 30 000), ce geste simple devient une sorte de symbole universel que chacune des personnes photographiées s’approprie dans des attitudes et environnement différents.

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graphic.designer.. @oct.art.&.design.gallery.
2012.7.. shenzhen.. china

L’histoire commence en 1988, pour la couverture du magazine bogoseo/bogoseo, le célèbre graphiste coréen Ahn Sang-Soo réalise un auto portrait sur lequel il se couvre un œil avec sa main. Satisfait de l’effet spécial créé par cette altération du visage, il décide de poursuivre ce projet et de photographier des personnes au hasard de façon similaire. Après 20 ans de pérégrinations, il présente ce travail à la galerie d’art et design OCT, située dans la ville de Shenzhen en Chine. Ces photographies conceptuelles sont pour lui un moyen d’expression symbole d’un langage universel.

Ahn Sang-Soo a probablement capturé plus que quiconque la façon dont les photographes voient le monde: à travers un œil. Sa série (et vous pouvez y contribuer si vous le souhaitez, comme la photo ci-dessus soumise par Sonya Stupenkova) montre des gens de tous horizons voyant à travers un œil, tout comme lorsque vous êtes chez l’optométriste et qu’elle ou il vous dit de placer une main devant l’un de vos yeux – ou comme le font les photographes lorsqu’ils regardent dans leur appareil photo. Eh bien, pas tant pour les photographes d’aujourd’hui puisque nous utilisons principalement l’écran LCD, mais plus pour ceux qui utilisaient les appareils photo argentiques d’autrefois. Peut-être que quelqu’un devrait commencer à photographier des gens avec les deux bras étendus?

Une photographie, signe surréaliste

La pose cache œil, est un signe que l’on retrouve beaucoup chez les surréalistes.

L’œil cacodylate, 1921 – Francis PICABIA

L’œil Cacodylate de Francis Picabia, c’est un peu comme quand on a une jambe cassée et que l’on fait signer son plâtre par ses amis, chacun y va de son petit mot. Francis Picabia avait un zona à l’œil et a fait signer sa toile a tous ses copain du mouvement Dada. Du « work in progress » ou carnet intime photographique, qu’est One eye project, de Ahn Sang Soo on retient un peu cette idée de l’intime, de la bande, du « crew » dont on souhaite garder une trace, un signe.

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student..pati.
2019.11.. paju.bookcity.. korea.kim.pureun
Auto portrait de Man Ray
Indestructible objet (Object a détruire), 1923 – Man Ray

Indestructible objet est une œuvre de l’artiste Américain Man Ray, créé à l’origine en 1923. Le travail, détruit en 1957, se composait de métronome avec une photo d’un œil attaché à son bras oscillant. Il a été refaite en plusieurs exemplaires dans les années ultérieures, et d’objets renommée Indestructible. Il est considéré comme un « ready-made», à la suite dans la tradition relativement nouveau créé par Marcel Duchamp d’employer ordinaires objets manufacturés qui habituellement ont été modifiés très peu, voire pas du tout, dans les œuvres d’art.

Luis Buñuel
Une photographie, technique
choi.ina.bookstore.
2020.2.. seoul.
Une photographie, signe d’appartenance
yuyeon.. chorok.. kimti.. hyeonsu.. puff.. junyoung
students.. pati.
2020.5.. paju.bookcity.. korea.
park.hyemin
little.school.of.the.love.
2020.2.. suncheon.. korea.
lee.bul.. gum.nuri.
artists.
2020.5.. seoul.

Photographier sa communauté, insta ruedalgerie Jim La Souille

Une photographie du cœur qui ne juge pas …

En republiant sur son blog du projet One eye cette photographie Park Won Soon réalisée en 2014, en juillet 2020 lors de la tragique disparition du maire de Séoul, qui s’est suicidé alors que des accusations de harcèlements s’apprêtaient a le viser, AHN Sang Soo, ne juge pas. DSK ou Bérégovoy ? Là n’est pas la question. Il s’agit ici de rendre un dernier hommage à une connaissance, un ami, un homme respectable pour ce qu’il a entrepris durant sa vie politique.

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seoul.city.mayor.
rip…
2014.7.. seoul.

Que faire des mains dans le portrait photographique ?

Intégrer les mains dans le portrait d’une personne peut avoir de l’intérêt mais c’est vraiment un truc casse gueule. Photographier les mains est très difficile, une main en photographie ça a vite fait d’être très moche.

Il y a un grand maître de l’utilisation de la main dans le portrait photographique, c’est Irving Penn

La main sur laquelle repose la tête

J’avais l’espoir d’appuyer toute ma démonstration sur le positionnement de la main dans le portrait photographique sur le travail d’Irving Penn, et d’ouvrir ce petit exposé sur une photo de Picasso, mais là dès le début ça merde.

Il n’y a certes une photo iconique de Picasso faite par Irving Penn, mais pas de main sur la tête.

Par contre il y a celle ci assez One Eye.

Pablo Picasso à La Californie, Cannes, 1957 – Irving Penn

Je me vois donc obligé de me rabattre sur le taff d’Arnold Newman et René Burri. Bon, en même temps c’est dégeu non plus.

Pablo Picasso – Arnold Newman
Pablo Picasso – René Burri
La main qui repose sur la joue
Willem de Kooning – Irving Penn
La main sur laquelle repose le menton
Audrey Hepburn – Irving Penn
Eugene Ionesco – Irving Penn
La main qui tend l’oreille
Igor Stravinsky – Irving Penn
La main qui tient un objet
Marcel Duchamp – Irving Penn

Ceci n’est pas une pipe

René Magritte
Jeune fille avec du tabac sur la langue, 1951 – Irving Penn

Par contre, ça …

René Magritte
Les mains sur les genoux
Salvador Dalí, 1947 – Irving Penn
La disparition des mains
Truman Capote, 1947 – Irving Penn
La main qui cache l’œil
Yves Saint-Laurent – Irving Penn
René Magritte – Photographe inconnu

Indubitablement, la main cachant l’œil dans le portrait photographique au XXème s’associe fréquemment au surréalistes.

Le combo ultime de la main dans le portrait photographique
L’artiste Alberto Giacometti photographié en 1951• Crédits : Photo by Gordon Parks/Life Magazine/The LIFE Picture Collection – Getty

Petite typologie de signes de mains « photogéniques »

V for Victory
Vidéo Depuis quand, ça existe ?
Photographie de l’identité judiciaire de Steve Mc Queen, lors d’une arrestation pour conduite en état d’ivresse, juste parcqu’elle est trop cool
Celle-ci aussi est vraiment extrêmement cool. Notons la composition bien centrée avec à l’arrière plan, la perspective du mur en sacs de sable qui forme un « V », le contraste de la chemise et du veston aussi, et cette gueule en plein milieu, just perfect !
Cette publicité a définitivement encré le signe du V dans la culture populaire asiatique. Jun Inoue, chanteur du groupe japonais Spider alors en plein succès fait ce geste dans une publicité pour le Konica C35.
Korean heart
Ce blog part en couilles ! Je me retrouve a publier une photo un brin gênante des BTS faisant le cœur coréen avec une dame qui n’a pas l’air du tout flippée.

Si un jour je vous prends en photo, ne faites pas cela. J’ai déjà tranché des mains à la machette pour moins que cela !

Middle Fingers-up

Cette photo de l’équipe de baseball des Boston Beaneaters prise en 1886 est la première photo où l’on voit quelqu’un faire un doigt d’honneur.
C’est le lanceur Charles Radbourn que l’on voit dans le coin haut à gauche faire un doigt d’honneur, surement à l’équipe adverse des New York Giants.

Dans la matière photographique il existe de nombreuses apparition de ce geste dans l’œuvre de différents photographes. A titre perso, je retiens la récurrence du geste dans les travaux de Michael Wolf.

Série Tokyo compression – Michael Wolf
Série Google Street View – Michael Wolf

Ce geste a joué un rôle dans plusieurs évènements politiques.

Au cours de l’incident du Pueblo, la Corée du Nord capture un navire américain; durant les prises de photos, il était courant que les membres de l’équipage montrent un discret majeur levé afin de gâcher l’effet pour la propagande chez l’armée adverse; comme les nord coréens ignoraient le sens de ce geste, les prisonniers leur ont d’abord expliqué qu’il s’agissait d' »signe hawaïen de bonne chance ». Ca c’est vraiment what’s the fuck !

L’équipage du USS Pueblo, les mains en l’air lors de leur arrivée Pyongyang suite à leur capture le 23 janvier 1958
L’équipage du USS Pueblo, faisant un « signe porte bonheur hawaïen »
G-dragon du groupe Big Bang en middle fingers-up
Poing levé

D’où vient le symbole du poing levé ?

L’usage du poing levé se retrouve le jour de la condamnation: le 12 juin 1964, Mandela et ses compagnons de l’ANC apprennent qu’ils sont condamnés à la prison à vie pour trahison. Une fois la sentence prononcée par le tribunal de Pretoria, ils sont emmenés à l’extérieur dans un fourgon de police. Les condamnés lèvent le poing au travers des barreaux.

(FILES) This picture taken on June 16, 1964 shows eight men, among them anti-apartheid leader and African National Congress (ANC) member Nelson Mandela, sentenced to life imprisonment in the Rivonia trial leaving the Palace of Justice in Pretoria with their fists raised in defiance through the barred windows of the prison car. The eight men were accused of conspiracy, sabotage and treason. AFP PHOTO / STRINGER

Je ne sais pas si il est très habile et opportun de faire un quelconque rapprochement entre ses deux images. Mais j’ai quand même tenu a vous présenter également cette photographie de Cartier Bresson.

Cell in a modern prison, 1975 – Henri Cartier Bresson

Un des poings levés le plus célèbre du XXe siècle reste d’ailleurs celui de Mandela marchant vers la liberté le 11 février 1990, main dans la main avec sa femme Winnie. Une libération suivie en direct par les télévisions du monde entier, qui va donner au poing levé sa plus grande postérité.

Entre ces deux photos, la signification a évolué. Le poing levé qu’on a pris l’habitude d’associer à Mandela sera moins synonyme de colère et de combat une fois que l’ancien prisonnier deviendra président et réconciliateur de la nation sud-africaine.

Dans son action politique, «il a levé sa voix pour la tolérance, pas son poing pour la revanche», écrit par exemple le Chicago Tribune, qui explique dans un éditorial que les conditions d’une explosion de colère étaient réunies, mais que «Mandela n’a pas fait ce discours de colère. Il n’a pas levé ce poing fermé. Il n’a pas déchaîné la revanche contre les blancs qui avait fait des noirs des victimes. Au lieu de cela, il a prêché la tolérance et la réconciliation».

Les origines du poing levé

Mais le poing levé ne date pas de Mandela. Signe tout à la fois de lutte, de colère et de solidarité, le poing levé jalonne toute l’histoire des mouvements de gauche révolutionnaire du XXe siècle. Dans un article de 2005, Gilles Vergnon, maître de conférences d’histoire contemporaine à l’IEP de Lyon, en retrace la genèse ainsi:

«Au mitan des années trente, en Europe, le poing levé devient le signe d’appartenance par excellence de la gauche, surtout de la gauche antifasciste, qui s’oppose aux troupes du bras tendu.»

Dans la photographie coréenne, c’est surtout au nord de la péninsule que l’on retrouve la présence du geste du poing levé dans le vocabulaire visuel de la propagande nord coréenne.

One eye project, la consécration du peuple avant celle des institutions

Et si le fait d’avoir inventé un signe photographique vernaculaire qui imprègne la société était une reconnaissance encore plus importante que d’être exposé dans une grande institution de la photographie.

J’en ai fais l’expérience. Mon épouse coréenne avait avant la crise sanitaire une petite activité de guide touristique, faisant visiter Lyon et la région à des voyageurs coréens. Je l’ai fréquemment accompagné pour faire des petits reportages souvenir façon « photographe de destination ». Au cours de ces reportage, j’ai fréquemment vu nos visiteurs prendre la pose en se cachant un œil.

L’œuvre surréaliste de Ahn dans l’inconscient des coréens

au delà de son apport au design, il a transmit aux coréens un signe de reconnaissance qui les poussent a s’interroger sans cesse sur ce qu’ils sont, une démarche surréaliste qui colle à la modernité sans renier les traditions.

Les artistes surréalistes coréens contemporains

eva eun-sil han

Jee Young Lee

BO : Leessang, le signe d’une petite entreprise qui ne connait pas la crise …

Clip de Turned off the TV – Leessang

Le côté ultra graphique de cette vidéo est pour moi dans la même veine que le travail d’AHN Sang Soo. Dans cette chanson où il est question de « lèvres rouges »

Compte tenu de la saturation de l’industrie du divertissement sud-coréen, il n’est pas étonnant que la plupart des MV aient tendance à opter pour le format éprouvé de l’emporte-pièce pour attirer les téléspectateurs. Par conséquent, quand un tel MV est publié, je ne peux pas m’empêcher de m’asseoir et de m’émerveiller de l’ingéniosité qui est affichée.

Tout d’abord, toute la vidéo était en stop-motion, avec le duo et leur invitée, Tasha, jouant une variété de scènes allongées sur le sol avec des arrière-plans variés:

À travers tout cela, ils jouent l’histoire de deux mecs qui courent après les affections d’une fille. Étant donné que le thème de la chanson est celui d’un homme qui traverse une rupture, la corrélation entre la vidéo et la chanson est très pertinente. Le stop motion est également chronométré pour suivre le rythme de la chanson, ce qui conduit à une très belle synchronisation.

Cependant, il y avait cette petite partie du MV qui m’a amené à dire «hein»?:

Bien que je comprenne qu’ils essaient de créer des visages en utilisant leurs formes corporelles, le symbolisme de ce segment particulier est perdu pour moi. Il semble n’avoir aucun rapport avec le thème général dans le reste du MV. Si un lecteur peut m’éclairer à ce sujet, je l’apprécierais beaucoup!

Production

Compte tenu de la nature stop motion de la vidéo ainsi que du fait que tout a probablement été fait sur un seul grand espace au sol, la production de ce MV a probablement coûté très peu à la société de production. Je suis toujours un grand fan de MV «bons et bon marché», donc des accessoires pour l’équipe de production.

Bien que dans l’ensemble, il y ait eu peu de défauts dans la production, il y avait une partie particulière qui m’a dérouté:

À cette époque où les vidéos sont diffusées en Full HD (y compris cette vidéo), avoir un segment où il y avait une pixellisation très claire indique une négligence de la part de l’équipe de post-production. Je suis presque sûr que les formes du corps ont été prises à une résolution beaucoup plus élevée que cela; s’ils savent qu’ils effectuaient un zoom avant sur cette partie, ils auraient dû prendre une photo de résolution beaucoup plus élevée afin qu’aucune pixellisation ne se produise lors du zoom avant.

Résumé

Un MV très agréable avec une technique de tournage ingénieuse, la chanson entraînante et émouvante vous fera chanter sous peu. Comme toujours, la vidéo youtube complète est fournie ci-dessous:

  • Gary (Rap)
  • Gill (Chanteur principal, Rap)
Gary et Gill du groupe de hip-hop / rap Leessang

Leessang est un groupe de hip-hop/rap coréen composé de deux ex-membres du groupe Honey Family. Ils font partis du collectif The Movement lancé par Drunken Tiger. Formé en 2002, ils sont connus pour leurs collaborations avec des artistes tel que Drunken Tiger, Big Mama King, Park Hwayobi, …

LeeSsang a décidé d’ouvrir sa propre entreprise de management, Leessang Company.

Leur chanson « Ballerino » en featuring avec ALI a connu un véritable succès en Corée du Sud.

Pourquoi, j’aime LeeSsang ? Dans la voix bien roque de Gill, il y a un côté rock argentin ou brésilien des années 80 – 90 qui m’enchante. Une voix à la Charly Garcia, ou façon Lenine

Le rockeur argentin Charly Garcia, sa mythique moustache bicolore et sa pose sur cette photo qui semble répondre au One Eye Project de AHN Sang Soo par la figuration d’un troisième œil.

HAN Youngsoo, HCBC

Cet article même si il peut être lu indépendamment est la suite logique de l’article In kimchi we trust – Avant propos, c’est pourquoi je vous recommande de lire cet article avant celui-ci

A une lettre près, on aurait pu croire que j’allais vous parler un obscur dirigeant d’une célèbre banque d’extrême orient connue pour ses pratiques plus que douteuses, et qui est par ailleurs, notons-le au passage, un important acteur du mécénat de la photographie. Petit aparté, si ça vous intéresse dans connaitre un plus sur le sujet, je vous conseille le documentaire d’Arte sur cette fameuse banque et l’ouvrage Les Paradis de Paolo Woods et du photographe Gabriele Galimberti.

YouTube | ARTE – HSBC, Les gangsters de la finance
Les Paradis de Paolo Woods et Gabriele Galimberti

Au passage, Gabriele Galimberti doit être amateur de photographie coréenne, je dis ça, je dis rien !

Gabriele Galimberi – Série Toy Stories (2014)
Yoon JeongMee – The Pink & Blue project (2006)

Mais, non, HAN Young Soo est à mon sens le Henri Cartier Bresson Coréen

Né dans une famille aisée de Kaesong, actuellement ville nord-coréenne frontalière avec la Corée du sud, en 1933, Han Youngsoo a étudié le dessin et la peinture durant sa jeunesse et s’est mis à la photographie par passion.

Dans un important nombre de photographie de Han Youngsoo on peut retrouver cette influence de la peinture classique, aussi bien occidentale que coréenne, à l’image de sa fascination pour les paysages urbains et les rives du fleuve han sous la neige qui évoquent les tableaux du grand maître flamand du XIVème siècle Pieter Brueghel l’Ancien.

HAN Youngsoo Seoul, Modern times P. 149
Pieter Brueghel l’Ancien – Les chasseurs dans la neige – 1565

Plus tard dans sa carrière, ses photographies de paysages de son livre « nature of korea » auront parfois un style proche des estampes coréennes classiques de l’époque Joeson

HAN Youngsoo – nature of korea 
Jeong Seon – Clearing After Rain in Mt. In wang. 1751. Hanging scroll, ink on paper. 79.2 x 138.2 cm. Ho-Am Museum, Yongin
HAN Youngsoo – nature of korea

Le traumatisme de la guerre

Après avoir pris part à des affrontements acharnés en tant que jeune soldat sud-coréen pendant la guerre de Corée (1950-1953), Han Youngsoo rentre à Séoul à la fin du conflit et découvre une ville dévastée et appauvrie.

« Personnes en période de convalescence

 

La guerre avait emporté beaucoup de choses. Non seulement il avait piétiné sans pitié nos chères familles et nos voisins, mais aussi leur bonheur, leur espoir et, plus encore, l’humanité elle-même. Comme si cela ne suffisait pas, à la fin, il avait complètement détruit tout ce qui se présentait sur la terre, laissant derrière lui ruines, désespoir, famine et chagrin.

L’avènement soudain du 38e parallèle a mis en péril le bonheur éphémère de l’indépendance nationale et a ainsi ouvert la voie aux tragiques années cinquante. Au plus fort de la guerre de Corée, je traversais la ligne de front en tant que soldat confronté à cette tragédie et assistais à d’innombrables scènes qui me rendaient furieux. »

 

HAN Youngsoo – Life

Lee Jung-seop (1916-1956). Bœuf blanc (1954)

Pour les artistes coréens de l’après-guerre, la peinture figurative se renouvelle avec cette génération. Le célèbre Bœuf blanc (1954) du peintre expressionniste Lee Jung Seob, terriblement amaigri est à l’image du pays, de ses habitants et de cet artiste qui ne parvient pas à s’arracher à la misère. 

Lee Jung Seop, artiste favori des coréens, l’un des peintres les plus représentatif de l’art moderne coréen
Lee Jung-Seop travaillant en 1954 à l’organisation d’une exposition à quatre devant se tenir à Tongyeong.

Lee Jung-seop est un artiste qui reste dans la mémoire des habitants du pays du Matin clame, plus de cinq décennies après sa mort. Ses œuvres de la série bœuf et de la série famille sont très célèbres et reconnues pour leurs grandes valeurs artistiques et historiques. Ses peintures sont surtout appréciées car elles représentent l’esprit des coréens qui vécurent une période de bouleversements pendant la première moitié du 20ème siècle : de l’occupation japonaise à la tragique guerre entre les deux Corées. Elles incarnent aussi les passions artistiques et la nostalgie de la famille de Lee, c’est pourquoi aujourd’hui sa vie elle même est considérée comme une œuvre d’art.

Eunjihwa – Lee Jung Seop

Les coréens disent de lui, il vécut dans la misère et la souffrance durant toute sa vie, mais ses œuvres réconfortent nos cœurs. 

Né en 1916 dans la province du Pyengan, actuellement en Corée du Nord. Dans sa jeunesse, visitant les tombeaux de Goguryeo, il est séduit par la vivacité et le dynamisme des peintures sur les parois. C’est une révélation pour lui, il commence à s’intéresser à l’art.

En 1935 parti poursuivre ses études à Tokyo à l’Académie impériale des Beaux-Arts puis à la prestigieuse école d’art Bunka Gaken, il créé et développe son style grâce à son dessin au trait puissant. Il y rencontre Yamamoto Masako, sa future épouse.

Lee Jung Seob – Trois enfants jouant avec un poisson (années 1950), huile sur papier, 27 x 36,4 cm.

Il reçut de nombreuses critiques élogieuses dès qu’il débuta sa carrière artistique en remportant notamment le Prix Soleil du concours organisé par l’Association des artistes japonais.

Les tribulations se succèdent

En 1944, Lee Jung-seop retourna en Corée, avec son diplôme en poche. Il se maria à Masako l’année suivante et, un an plus tard, leur premier bébé naissait. Mais leur bonheur ne dura pas longtemps. L’enfant mourut bientôt de la diphtérie. 

Lee éprouvait du mal à résister au choc de la mort soudaine de son enfant. Pour consoler son cœur brisé, il se consacra entièrement à ses travaux. C’est ainsi que vit le jour le tableau « L’enfant qui vole avec une étoile blanche dans les bras », présenté en 1947 à l’exposition spéciale qui célébra la libération.

Lee Jung Seob. Musée National d’Art Moderne et Contemporain, Seoul.

Mais la guerre de Corée qui éclata trois ans plus tard bouleversa sa vie à nouveau. Lee qui devait se déplacer constamment vers le Sud afin de trouver refuge ne put pas s’empêcher d’envoyer sa femme et ses deux fils au Japon en 1952 en raison de difficultés financières extrêmes. L’année suivante, après de courtes retrouvailles de cinq jours à Tokyo, il se sépara de sa famille pour de bon. Afin d’oublier le chagrin de ces adieux déchirants, il se replongea dans l’art. 

Lee Jung-seop qui portait la mer sur la tête

« Lorsque je l’ai vu à Gwangbok-dong, Lee Jung-seop portait la mer sur la tête.
Tout excité à l’idée de revoir sa femme, il semblait s’estomper dans un bleu plus foncé que l’océan. » – KIM Chun-su

LEE Gap Chul – « Rêvant de délivrance », Gyeongju, 1993
Désolé, je n’ai pas pu résister ! C’est sans rapport direct avec cet article, mais bon, elle colle bien à la citation qui la précède.

Note pour plus tard | Si un jour j’ai bonheur de rencontrer Lee Gap Chul, l’une de mes idoles en photographie, il faudra vraiment lui demander si cette image lui évoque également ce poème de Kim Chun Su.

Comme il est décrit dans le poème de Kim Chun-su « Lee Jung-seop tel que je le connais », Lee rêvait toujours de se réunir avec sa famille. Quand il n’avait pas les moyens de se procurer du papier à dessiner, il travaillait en grattant avec un poinçon le papier aluminium contenu dans les paquets de cigarettes.

Lee Jung Seob – Deux enfants (années 1950), peinture sur feuille d’aluminium, 8,5 x 15,5 cm Procédé caractéristique de l’artiste, la peinture sur feuille d’aluminium rappelle les incrustations du céladon de Goryeo ou les oeuvres en métal.

Il peignit sa propre figure conduisant une charrette dans laquelle sa femme et ses enfants étaient montés. Il extériorisa ainsi sa tristesse et sa nostalgie.

Lee Jung Seob – Famille sur la route (1954), huile sur papier, 29,5 x 64,5 cm
La représentation de cette famille partant aux premières lueurs du jour traduit les sentiments du peintre qui aspire à revoir les siens.

À travers la série de bœufs, dont le fameux « Bœuf blanc », il essaya de réconforter les Coréens qui subissaient les vicissitudes et les malheurs de la guerre. 

Lee Jung Seob – Le taureau (1953-54), huile sur papier, 32,3 x 49,5 cm
Cette oeuvre figure parmi les plus remarquables de la série des taureaux.

Bien que Lee produisît des œuvres exceptionnelles malgré la pauvreté et la solitude, sa situation financière ne s’améliora pas. En 1955, il tint sa dernière exposition individuelle dans le but de réunir de quoi payer les frais de voyages pour aller voir sa famille au Japon. En dépit d’un grand succès, les collectionneurs ne le payaient pas correctement. Son rêve fut brisé.

Lee Jung Seob – Enfants sur le rivage, Musée National d’Art Moderne et Contemporain, Seoul.

Plus sollicité après sa mort qu’à son vivant

Un an après l’exposition, Lee Jung-seop fut victime d’une dépression nerveuse, de malnutrition sévère et d’une cirrhose. En 1956, il mourut à Séoul à l’âge de 40 ans. Avec une exposition posthume en 1957, ses œuvres commencèrent finalement à attirer l’attention du public. Grâce à Arthur McTaggart, le directeur du Centre culturel américain à Daegu à l’époque, un de ses tableaux fit partie de la collection permanente du Museum of Modern Art à New York.

Han Youngsoo, lui surmontera le traumatisme de la guerre en se montrant émerveillé par la vie qui reprend racines sur les ruines du conflit.

« J’ai quitté l’armée avec ces horribles souvenirs intacts et je me suis retrouvé au milieu d’une vie qui portait encore des traces de suie de la guerre. Mais ce qui était encore plus surprenant et stupéfiant en même temps, c’était peut-être le fait ordinaire que «les gens vivaient». Bien qu’un sentiment de futilité, de tristesse, de choc et de désespoir persiste, les gens s’enracinaient sur le terrain pour tenter de trouver leur place dans ce monde.

Bien que luttant contre les conséquences multiples de la guerre de Corée, les années 1950 ont été une période de reprise. J’ai pu retrouver espoir en regardant les villes et les communautés rurales en train de se reconstruire, animant les marchés et dans les yeux étincelants des enfants le rire que j’avais oublié. Lentement mais régulièrement, je retrouvais ma propre humanité.»

HAN Youngsoo – Life

Han Youngsoo
Portrait par le photographe Chung Bum-Tai 1958

Ses photographies racontent cette histoire en offrant une fenêtre fascinante sur la vie quotidienne des hommes, femmes et enfants ordinaires de la ville.

Bien qu’il n’ait pas oublié la survivance des coutumes et l’architecture du vieux Séoul, Han Youngsoo propose une photographie qui documente une société coréenne résolument tournée vers la modernité. Il y a dans son travail, une vue remarquable sur les collines en terrasses surpeuplées avec des habitations traditionnelles au toit de tuiles

Han Youngsoo, Hongje-dong, Seoul, Korea, 1956-63

La colline de Hongje dong de Han Youngsoo, c’est la Serra Pelada de Salgado en négatif,

le tas plutôt que le trou !

Sebastio Salgado – Gold, 1986

C’est le point de départ du film publicitaire de Hyundai, c’est le point de départ de la photographie de HAN Youngsoo

Rencontre |

J’ai eu en février 2020 l’occasion de rencontrer Sebastiao Salgado, lors d’une séance de dédicace organisée à la Fnac Lyon Bellecour dans le cadre de l’inauguration de son exposition Genesis à la sucrière à Lyon, je n’ai pas pu me retenir de lui poser la question sur ce qu’il pensait de mon idée à ce sujet. malheureusement, il m’a confié me jamais avoir vu la publicité de Hyundai et il n’est donc en mesure de répondre si de son point vue la scène final doit être vu un forme d’hommage a son travail de Gold sur la serra pelada.

L’émergence de la photographie réaliste coréenne

En choisissant la photographie comme profession, HAN Youngsoo a assisté à une période de profonde transformation à Séoul, marquée par la création rapide d’une ville et d’une société urbaine moderne. Ses photographies, rarement vues en dehors de la Corée jusqu’à présent, offrent une fenêtre fascinante sur la vie quotidienne changeante des habitants de la ville au cours d’un moment historique.

D’un point de vue actuel, ses photographies sont une surprise. Avec leur impeccable composition, un timing parfait et une attention scrupuleuse aux détails sociaux, il fait dire à Christopher Phillips, critique d’art, curateur indépendant et professeur au département de photographie et d’images de la Tish School of the Arts de New York, qu’il

Han Youngsoo « est un cousin coréen éloigné des premiers photographes de Magnum comme Henri Cartier-Bresson, David Seymour (Chim) et Marc Riboud »

Christopher Phillips

SI l’image de la photographie humaniste occidentale nous vient si facilement à la vue des photographies de Han Youngsoo et de ses contemporains, c’est aussi parce que cette époque est celle de l’émergence d’une nouvelle photographie coréenne.

« En regardant les trente années que j’ai passées à capturer une ère de bouleversements, peut-être que la seule chose qui me restait était la passion, et aujourd’hui, j’ai un livre. Je réalise maintenant que c’est ce qui m’a conduit à une vie de photographie dans laquelle j’ai progressivement ouvert mes yeux à la photographie et aux merveilles de la vie elle-même.

La Corée et ses habitants ont connu une croissance massive en trois décennies. La rétrospection par temps froid peut être pénible, mais ne peut-on pas convenir que le passé est la mère d’aujourd’hui ? »

Han Youngsoo

Avec cette citation de Han Youngsoo, la boucle est bouclée, on n’est pas loin du slogan de Hyundai “le progrès n’arrive pas par chance, il est façonné par son histoire”.

Ces deux citations constituent un appel a se replonger dans le passé et les origines de la photographie coréenne pour mieux comprendre la photographie contemporaine coréenne.

Comme l’évoque Chang Jae Lee, curateur de l’exposition Traces of Life, donnée à la Korean Society de New York en 2012, dans son ouvrage Traces of Life : Seen throug Korean Eyes, 1945-1992. La photographie coréenne jusqu’au années 50, c’est uniquement la photographie des rois, des dirigeants politiques, coloniaux, des héros militaires, …

S. M. L’Empereur de Corée., 1900

La photographie est arrivée en Corée par l’intermédiaire de missionnaires et d’autres voyageurs occidentaux (Collection Georges BIGOT). Elle a ensuite été utilisée par les japonnais comme un outil politique étroitement contrôlé au cours de la période coloniale en Corée.

Porte de Sungnyemun (Namdaemun), prise par le gouverneur général de Joseon, l’administration coloniale du Japon en Corée de 1910 à 1945. – Musée National de Corée

La représentation photographique de la Corée et de son peuple avant 1945 était ainsi définie par une perspective externe, quand bien même elle était à l’origine de photographes coréens.

Maître d’école., 1900

Dans l’environnement géo politiquement et politiquement chargé de la Corée de l’après libération, le passage à la représentation de soi par les photographes coréens a été marqué stylistiquement par l’adoption du « Réalisme de la vie ». Pour Sun Il, curateur du au Musée de l’Université Nationale de Séoul, ce changement signifiait que « les coréens pouvaient enfin se voir de leur propre point de vue ».

Limb Eung Sik, Job Hunting, 1953

Sun Il situe le point de départ de la photographie coréenne moderne dans le plaidoyer en faveur du « réalisme de la vie » de Lim Eungshik. Ce changement de style a distingué ces photographes du « style Salon » populaire pendant l’occupation coloniale et a caractérisé leur travail comme étant spécifiquement coréen.

De l’influence de The Family of Man sur la photographie coréenne

Un mode réaliste était depuis quelque temps le mode dominant de la photographie occidentale, culminant avec l’exposition The Family of Man. Ce qui fait du « réalisme de la vie » le point de départ de la photographie coréenne moderne plutôt qu’un singe de la photographie occidentale n’est pas tant stylistique que politique. Défendre et se consacrer à ce style par opposition à celui des générations précédentes qui travaillaient sous le régime colonial devait être lu comme un ace politique même si leurs photographies étaient pour la plupart apolitiques.

A ce stade on va regarder calmement ce qu’en dit « Barbar sur une télé 3D Phillips », Kamoulox ! (Vous comprendrez plus tard)

Pourquoi ? Parce que !
Korea – The impact of war in Photographs, la Corée réduite à la vision occidentale

Avant de se plonger sur la question de savoir qu’elle influence ou non a eu l’exposition The Family of man sur la photographie coréenne, il est intéressant de jeter un coup d’œil à une autre exposition, moins connue, mais commise également par Edward Steichen, himself. Cette expo c’est Korea – The impact of war in Phtotographs.

A cette époque l’US Army est en P.L.S sur le front de la guerre de Corée. En janvier 1951, Séoul vient d’être reprise par les troupes nord coréennes et leur alliés chinois. « les forces  de la liberté » sont sur le reculoir face à la « pourriture communiste » (NDL : Désolé, mais ça fait toujours du bien de caser des citations de la cité de la peur des Nuls). 

Extrait La cité de la peur – Les Nuls, Meurs pourriture communiste !
J’ai toujours pensé qu’un dessin valait mieux qu’un long discours. Je suis amateur de cartographie tout autant que de photographie. Voilà donc une très bonne carte pour décrire le contexte historique de la guerre de Corée.
Source : Le Monde

Douglas Mac Arthur (qui est avec Eisenhower, Montgomery et Joukov probablement l’un des plus grands stratège militaires qui permirent aux Alliés de remporter la victoire sur le Nazisme et l’Impérialisme japonnais), est sur le point de péter une durite et d’être débarqué in extrémiste avant qu’il n’atomise la Mandchourie, la Corée du Nord, la Chine et pourquoi pas l’URSS et provoque un apocalypse nucléaire global, Stanley Kubrick s’en inspirera pour son Dr Folamour.

Dr Folamour – Stanley Kubrick

Durant la seconde guerre mondiale, Edward Steichen a servi en tant que chef du service photographique de la Navy américaine et il a aussi organisé deux grandes et populaires expositions créés pour remonter le moral des troupes : Road to Victory in 1942 et Power in the Pacific en 1945 (PDF du catalogue de l’expo disponible sur le site du MOMA).

Edward Steichen, Exposition Road to Victory, MOMA, 1942

Ses états de services, le fait qu’il soit l’un des photographes américains les plus renommé du début du XXème siècle et qu’il soit devenu chroniqueur de la vie artistique et des affaires des élites américaines, lui permettent en 1947 de prendre la direction du département de photographie du MOMA. Il le restera jusqu’en 1962.

En 1951 Steichen organise donc sa troisième exposition au MOMA consacré au combat, Korea – the Impact of War in Photographs. Il espère que montrer ces images du conflit, permettra aux spectateurs de détester la guerre.

Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951

Cette exposition proposée au MOMA de New York du 13 février au 22 avril 1951 a eu pour projet de montrer l’impact de la guerre en Corée au travers de plus d’une centaine de tirage de 25 photographes issus aussi bien de la presse magasine comme Life Magazine, d’agences de presse comme comme Associated Press, Acme, International News Photos, mais aussi des forces armées américaines.

Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951

Passage en revue des troupes par une galerie de portraits, présentation un brin caricaturale des coréens avec dixit la checklist de l’exposition (disponible ici) un garçon coréen, Syngnan Rhee (Le dirigeant sud coréen), un vieux coréen à la pipe, un vieux coréen au chapeau, on est là toujours dans la représentation externe des coréens tel qu’elle préexiste jusqu’alors.

Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951

On note la présence d’un nombre important de photographies de Carl Mydans, photo reporter du magazine Life.

Carl Mydans – How to win friends and influence people – The LOLLYPOP PLAN

On passera sur le recadrage effectué à la sauvage par Stienchen, qui flingue bien la composition de Mydans. Le sujet (la sucette) n’est plus centrée au milieux des deux formes arrondies (le volant et la roue de secours), le symbole phallique peut être un peu trop évident est dégagé en touche par le puritanisme de Steinchen.

Cette image de Mydans et son titre seront fréquemment reprise comme illustration du « Soft power » de « l’impérialisme US.

Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951
Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951

Du tapis de bombes en veux tu en voilà, … Des villes en ruines, des silhouettes non identifiables de civils fuyant les combats. Les photographes de l’air Force vont a l’essentiel.

Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951

De artillerie lourde, des armes technologiques de pointes, l’hélicoptère dans les années 50 est un moyen tactique vraiment nouveau, une réunion au sommet autour du plan de bataille des représentants des quatre armes de l’armée américaine, l’air force, l’armée de terre, les marines et la navy, bref une cimaise bien « corporate ».

David Douglas Dunan, ou la photographie 3D comme essence de cette expo

Indubitablement, l’intérêt majeur de l’exposition de Steinchen réside dans la force des images capturées par le photographe aux 3 D, David Douglas Duncan.

Le travail de Duncan en Corée est décrit ainsi par Steinchen.

« la marée la plus élevée que la photographie de combat ait atteinte »

Edward Steinchen

Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951

Pour découvrir la carrière photographique de David Douglas Duncan, je vous recommande la très bonne vidéo de la super chaîne Youtube Photo Synthèse.

David Douglas Duncan, Photo Synthèse
LIFE photographer David Douglas Duncan in Korea.
David Douglas Duncan Life Magazine

« Monter quelque chose de ce qu’un homme endure lorsque son pays décide d’aller en guerre »

David Douglas DUNCAN – This is War, 1951

Première édition de l’ouvrage « This is war! » de David Douglas Duncan, 1951

Le livre se divise en trois chapitres. Chacun est consacré à un problème spécifique posé par le combat militaire : pour le premier, il s’agit de l’assaut d’une colline ; pour le deuxième, de la prise d’une ville ; pour le troisième, d’une retraite.

Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951
Marine Capt. Francis “Ike” Fenton pondered his fate and the fate of his men after being told that his company was nearly out of ammunition, Korea, 1950.
David Douglas Duncan Life Magazine

Bon, on en parle, ou pas ! Mais pourquoi donc Steinchen a recadrer (voir la mise en situation dans l’exposition du MOMA sur l’image du dessus) l’une des plus grande photographie de guerre de David Douglas Duncan ?

C’est un putain de massacre auquel il s’est livré. Il a foutu en l’air toute la composition que Duncan s’était évertué a créer avec la découpe du cadre en diagonale entre masse sombre et claire et la colonne de soldats qui part sur l’arrière plan en s’enroulant sur elle même quasiment en suite de Fibonacci. C’est du sabotage !

A wounded American Marine was carried on stretcher improvised from a machine gun, Korea 1950.
David Douglas Duncan Life Magazine

Un an après le début de la guerre de Corée, il publie « This is war! » en 1951, compilation de ses reportages pour le magazine Life. C’est un choc. Jamais en plein conflit, on avait montré et décrit la réalité d’une guerre de cette façon. Combattants hagards, cadavres, soldats endurcis en larmes, l’ancien combattant est comme son confrère et ami Robert Capa au plus près de l’action. Il n’aura de cesse de dire sa révolte au gré de ses livres:  « I Protest » (Je proteste) et « War Without Heroes » (La guerre sans héros) sur la guerre du Vietnam.

Tout en rappelant la violence indicible et la privation rongeante de ces années, Duncan tient à féliciter les alliés sud-coréens des Américains.

« La chose qui me vient à l’esprit tout de suite, en ce moment, quand on regarde à nouveau ces photos, c’est qu’à aucun moment, aucun marines n’a senti qu’il devait regarder autour de lui pour voir ce que faisaient les Sud-Coréens. derrière lui. Les Marines en Corée n’ont jamais craint de «tirs amis» ou d’artillerie venant des Sud-Coréens de leurs alliés comme ils l’ont fait plus tard au Vietnam, se battant avec les Sud-Vietnamiens. On pouvait faire confiance aux Coréens. »

David Douglas Duncan

“This,” Duncan told LIFE.com of a picture made during the fight for Seoul, “is the best picture I made in Korea of civilians—a family running down stairs, a father holding a baby, tanks firing away. Those tanks are taking fire from North Koreans right down the street!”
David Douglas Duncan Life Magazine

Le deuxième chapitre du livre This is War ! de David Douglas Duncan, n’est pas présenté dans l’exposition Korea : The Impact of war. C’est dommageable car il s’agit de prise de Séoul en 1950, il montre la tragédie qui touche les civils coréens et pas seulement les combattants. La photographie ci-dessus a une force incroyable du fait de sa composition.

A column of American Marines marched down a canyon road dubbed “Nightmare Alley” during their retreat from Chosin Reservoir, Korea, 1950.
David Douglas Duncan Life Magazine
Marines retreated from the Chosin Reservoir, Korea, 1950.
David Douglas Duncan Life Magazine

Il y a dans la composition de cette image de David Douglas Duncan un peu de la grande vague de Kanagawa de Hokusai.

La forme de la crête du ravin dans laquelle progresse la colonne de soldats, et qui semble vouloir s’ébattre sur elle reprend l’allure générale de la vague d’Hokusai, la colonne de soldats elle même reprend la forme fuselée des frêles embarcations de l’oeuvre d’Hokusai. Je ne sais si c’est mon imagination qui me joue des tours, paréidolie quand tu nous tient, mais j’ai l’impression que la silhouette de la crête du ravin prend la forme d’une tête de lion, menaçant les hommes, comme la crête d’écume de la Grande vague de Kanagawa, avec ses tentacules prend la forme d’un monstre marin. Au loin, la forme rassurante du mont Fuji et remplacée d’une part les courbes harmonieuses qui s’enlacent tel le ying et le yang des deux collines de l’arrière plan, l’une claire et enneigée, l’autre sombre, couverte de végétation, on est proche d’un concept d’harmonie chaotique, et d’autre part, par des silhouettes qui émergent sur l’horizon du sommet de la colline la plus éloignée, s’agit il seulement de végétation, de soldats amis couvrant la retraite de cette colonne ou de l’armée ennemie s’apprêtant a lancer un attaque, …

A dazed, hooded Marine clutched a can of food during his outfit’s retreat from the Chosin Reservoir during the Korean War, December 1950.
David Douglas Duncan Life Magazine

La photographie de ce soldat pétrifié par froid glacial lors de la retraite de la bataille du réservoir de Chosin est l’une des image iconique de l’oeuvre de David Douglas Duncan et de la photographie de guerre du XXème siècle.

A mon avis il est intéressant de noter que l’une des photographie de Han YoungSoo semble être un écho à cette image iconique du conflit.

An American Marine slept in his halted jeep while a puppy whined in his ear during the retreat from the Chosin Reservoir, December 1950.
David Douglas Duncan Life Magazine

Une composition classique avec une belle diagonale qui split le cadre en deux, entre zones sombres et claires, renforcée par la ligne que forme la laisse du chien et le fil électrique de la radio ou d’un équipement militaire.

« De ce point de vue, dans Korea: The impact of war (1951), les doutes sur l’envoi de soldats américains dans une bataille régionale lointaine sont reconnus (dans une juxtaposition prudente des photographies de David Douglas Duncan), uniquement, pour être ensuite neutralisés dans le cadre de l’exposition qui mettait l’accent sur des images sensationnalistes de la puissance militaire américaine. »

Christopher Phillips – The Judgment Seat of Photography, revue October, 1982

Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951
Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951
Exposition Korea – The impact of War, MOMA, 1951

Steinchen , revient dans son autobiographie, publiée en 1963, sur les trois expositions consacrées au combat qu’il a monté au MOMA; Road to Victory, Power in the Pacific et Korea : The Impact of war, dans ces termes.

« Même si j’avais présenté la guerre dans toute sa morosité dans les trois expositions, je n’avais pas accompli ma mission. Je n’avais pas incité les gens à entreprendre une action ouverte et unie contre la guerre elle-même … Qu’est-ce qui n’allait pas? J’en suis venu à la conclusion que je travaillais à partir d’une approche négative, qu’il fallait une déclaration positive sur ce qu’est une vie merveilleuse, à quel point les gens étaient merveilleux et, surtout, à quel point les gens se ressemblaient dans toutes les parties du monde. »

Edward STEINCHEN – A Life in Photography 1963

Cette vision positive et universelle de l’humanité, il va la mettre à l’oeuvre dans son exposition The Family of Man.

The family of man

Présentée comme « la plus grande exposition photographique de tous les temps », The Family of Man est conçue dans les années 50 par le photographe américain et directeur du département photographie du MoMa, Edward Steichen.

Elle est inaugurée le 24 janvier 1955, au MoMa et réunit 503 photographies de 273 photographes professionnels et amateurs, renommés ou inconnus, en provenance de 68 pays.

L’exposition parcourt ensuite le monde entier, s’arrêtant notamment en Allemagne dès 1955, en France, sous le titre « La Grande famille des hommes » au Musée d’art moderne de la ville de Paris ainsi qu’au Japon en 1956, mais aussi en Afrique du Sud, en Inde, au Mexique, Zimbabwe, en Australie, en Russie, … En l’espace d’une décennie elle est vue par plus de 9 millions de visiteurs.

The Family of Man brosse un portrait de l’humanité, insistant sur les différences entre les hommes mais aussi leur appartenance à une même communauté. Elle s’organise autour de 37 thèmes tels que l’amour, la foi en l’homme, la naissance, le travail, la famille, l’éducation, les enfants, la guerre et la paix. L’intention de Steichen était de montrer d’une part l’universalité de l’expérience humaine, mais aussi la formidable capacité de la photographie à rendre compte de cette expérience humaine universelle.

Dans le contexte de la guerre froide cette exposition été vraiment calibrée pour un pays comme la Corée.

En tant que défenseur de la photographie, Limb Eung-Sik a présenté l’exposition légendaire du MoMA de New York, «La famille de l’homme» au Musée national d’art moderne et contemporain (MMCA) de Séoul en 1957, qui a été reconnue comme la première grande exposition de photographie en Corée.

A mon sens tout le monde a senti que c’était la direction a prendre, que documenter la vie quotidienne, …

L’exposition du groupe Shinsunwhui Shinsunhoi au magasin Shinsegae de 1957

Cette étude vise à expliquer la relation entre les clubs de photographes amateurs des années 50 et 60 et le discours photographique. La culture de la photographie coréenne se développe avec différents clubs photo. Surtout les clubs des années 50-60 n’étaient pas seulement le sujet qui a produit lui-même le discours de cette période, mais les avant-gardes qui ont pratiqué ce discours à travers le travail photographique.
, fondée en 1956 par Yi Hyungnok et plusieurs photographes, revendiquait un réalisme photographique. Le réalisme qui recherche ce club amateur n’était pas différent de Senghwaljuoi (signifiant vie + isme) maintenu par Lim Eungshik, grand représentant d’un autre réalisme dans les années 1950. Ce réalisme était un discours principal dans les années 1950, distingué de ce que l’on appelle le «tableau de salon» à l’époque coloniale japonaise.
était un autre club photo amateur fondé par Yi Hyungnok, fondateur de Shinsunhoi, et plusieurs jeunes photographes. Ce club revendique un élément plastique dans le réalisme. Leur essai a introduit un nouveau discours sur la photo moderne dans la photographie coréenne des années 1960.
a succédé au Salon Ars en 1961 pour étendre une possibilité de photo plastique et de réalisme. Divers jeunes photographes de ce club ont tenu des réunions d’étude régulières sur la photo moderne et la théorie de l’art, ont montré des œuvres photographiques nouvelles et expérimentales.
Ces trois clubs photo amateurs sont importants car ils représentent le principal discours de la photographie coréenne dans les années 50-60. Du réalisme à la photo moderne, ils ont été sujet et objet de ce discours.

HCBC, c’est du Bibimbap

Wikipedia a la photo de bibimbap la meilleur de google image

Disclaimer | Très clairement cette partie de mon article fait écho à excellent article de Thomas Hammoudi « Pourquoi Henri Cartier-Bresson, c’est de la pizza »

Le Bibimbap c’est long à préparer, c’est servi dans un creuset en pierre chauffé à l’extrême longuement sur le feu pour tenir le plat au chaud durant la dégustation; c’est très beau quand il est servi, mais le meilleur moment c’est quand on rajoute la « Gochujang » (pâte de piment coréenne) et qu’on mélange.

C’est pour moi comme la photographie de HAN Youngsoo, il y a quelque chose de beau, venu des profondeur de la terre et maintenu au chaud dans le creuset d’une culture millénaire, avec du piquant, de l’appétit pour l’avenir, la modernité.

Etant nul en cuisine coréenne (Je me débrouille par contre pas trop mal en cuisine européenne), je laisse le soin à ma femme de nous régaler avec de merveilleux plats de la gastronomie coréenne, je ne vais pas vous donner une recette du bibimbap, mais plutôt une liste d’ingrédient.

Une certaine idée de la Corée,entre traditions et modernité

Les campagnes françaises connaissent une véritable révolution au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. D’un pays très rural, on passe à une France urbanisée et tertiarisée. Les photographes humaniste sont les témoins de ce bouleversement. Même s’ils concourent à forger une imagerie national par le recours à des stéréotypes de francité, la valeur documentaire de leurs photographies est forte, ne serait-ce que parce qu’elles sont révélatrices de l’imaginaire d’une époque.

Des hommes en blanc au hommes en noir

Youngsoo Han a eu droit de cité et livre des visions authentiques et rares de la Corée des années 1950 : des détails modestes du quotidien, la mobilité et l’errance des individus captées au fil des saisons.

Plus qu’un monde de traditions qui s’écroule, c’est la transformation de ce monde, son chemin vers la modernité, qui est le sujet de sa photographie.

Han Youngsoo – 서울 을지로 추정 Euljiro Seoul 1961
Han Youngsoo – 서울 Seoul, Korea 1956-1963
Han Youngsoo – 서울 Seoul, Korea 1956-1963
Séoul et la modernité, une constante depuis plus de soixante-dix ans

Changement d’enseigne

Un changement d’enseigne est un acte qui traduit la transformation d’une ville, d’un tissu urbain

J’ai eu la chance de photographier Séoul, il est encore possible de photographier quasiment les mêmes scènes que Han Youngsoo


Han Youngsoo – 서울 충무로 충무옥(현 진고개) Chungmu-ro Seoul 1956-1963
Seoul, Modern Times, p 120
JoCh & the Pictures, 2018

Je n’avais encore jamais la photographie de Han Youngsoo ci-dessous quand j’ai shooté cette image en 2018 à Séoul. Aujourd’hui, en les voyant à côté, même si je regrette un peu de ne pas avoir envoyé un cadrage plus frontal, je me dis quand même temps le fait que j’ai fais le choix de couper le bas de la scène, ce qui est un frustrant, m’a permis d’éliminé les voitures stationnées devant et donne un côté plus intemporel à la scène qui permet de bien faire coller les deux images.

Formes architecturales et modernité

Han Youngsoo – 서울 을지로1가 (구)반도호텔 Bando Hotel, Euljiro 1-ga, Seoul, Korea 1956-1963
JoCh & the Pictures, 2018

C’est shooté en 2018 exactement dans le même quartier de Euljiro. J’aime bien l’effet de miroir des perspectives entre les deux.

Réalisme de la vie et réalisme poétique

Rues sombres et mystérieuses, peuplées de silhouettes en contre-jour, effets de lumière sur les pavés humides, atmosphères pluvieuses, neigeuses ou brumeuses… Il s’agit pour les photographes humanistes de révéler la poésie cachée au cœur du réel le plus banal, de rendre sensible ce « merveilleux de la vie quotidienne » qu’évoque René Jacques, ou encore de retrouver le « fantastique social de la rue » cher à Pierre Mac Orlan. On est proche, ici du « réalisme poétique », caractéristique, selon Georges Sadoul, du cinéma français des années trentes (Carné, Renoir).

Les photographes humanistes ont pourtant entretenu un rapport souvent ambigu à leur esthétique. Ils entendaient privilégier le fond sur la forme, se placer en posture d’enregistrement du réel en refusant tout artifice technique et autres manipulation en laboratoire. Or la plupart d’entre eux possédaient une solide culture artistique ( André Garban, Henri Cartier Bresson, Pierre Jahan, Werner Bischof, Jacques Darche furent peintre, dessinateurs ou graphistes pour ne citer qu’eux). Leur cadrage, leur composition, leur travail sur la lumière sont toujours rigoureux et peu hasardeux.

La ville humide
Roland Barthes – Mythologies

Paris n’a pas été inondé

« Malgré les embarras ou les malheurs qu’elle a pu apporter à des milliers de français, l’inondation de Janvier 1955 a participé de la fête, plus que de la catastrophe. « 

Roland Barthes – Mythologies

Car l’arche est un mythe heureux : l’humanité y prend ses distances à l’égard des éléments, elle s’y concentre et y élabore la conscience nécessaire de ses pouvoirs, faisant sortir du malheur même l’évidence que le monde est maniable. »
La ville de glace et de neige
Une vision optimiste de l’homme
La place de femme

Le monde des enfants

La ville de beauté

La ville inconnue, le mystère

Conclusion

 HCBC un HCB pas sacralisé

En écho à l’article de Thomas Hammoudi, Pourquoi Henri Cartier Bresson c’est de la Pizza.

Oublié durant très de 40 ans, à la différence de HCB, Han Young Soo n’a pas été sacralisé et idéalisé, on pas écrit un max de connerie (merde peut être que je suis en train de le faire)

Colde, aux oreilles | La bande originale de l’article

Pendant l’écriture de cet article, j’ai écouté le hip hop incisif, mélangeant beats puissants et mélodies plus soul du jeune rappeur coréen Colde.

Colde, l’un des auteurs compositeurs interprètes hip hop et R&B les plus talentueux de la scène actuelle coréenne. Chanteur du duo OFFONOFF avant de se concentrer sur sa carrière solo, il a longtemps uni sa voix douce et suave, son phrasé puissant, ses talents de compositeur aux productions d’artistes reconnus du monde du hip-hop coréen, comme Tablo (Epik High), Crush, Loco et Code Kunst, il en ressort notamment le magnifique titre rain bird de Code Kunst (feat Tablo & Colde). Ou le titre un peu à part mais vraiment trop cute, Your dog loves you (feat. Crush)

Il s’est d’ailleurs fait suffisamment remarquer pour avoir l’honneur de présenter son titre Shhh sur l’ultra chic chaîne Youtube A Colors Show et son titre Loss sur la chaîne SM Station 3

Du duo OFFONOFF on retiendra un titre phare Cigarette (Feat. Tablo & Miso), la belle ballade Moon, 12 :04am, le sexy Good2me (feat. Punchnello), et surtout quand on aime la photographie le génial Photograph et son clip qui est juste un pur bonbon qui nous donne envie de déclencher en permanence.

Sa musique propose une balade souvent mélancolique dans la Corée d’aujourd’hui, comme sur son deuxième album Love part 1 (2019), ou son sublime Don’t leave me, my love, avec son texte ultra poétique et un clip dans la même ligne d’ambiance et de colorimétrie que celui de Photograph qui démontre une nouvelle fois la sensibilité de Colde pour la photographie; le tout doux Loss et encore sur le génial Love is a flower, I fxxking love you ;  proposant également des parenthèses plus ensoleillées comme avec son dernier titre en date Control me, annonciateur d’un déjà troisième album ou sa collab avec Dean  sur le titre Sun flower.

Mais Colde c’est aussi des titres au phrasé tranchant dans la pure tradition hip hop séoulite comme son Yayaya (feat. Omega Sapien) et son Shh dans A Color Show comme le Love de Dean ou encore sa dernière collab en date avec le rappeur Khakki sur le titre Bass (butterfly effect). Dernier aspect de la personnalité musicale de Colde, le côté planant aux accents électro de son album Wave (2018) avec les titres String (feat. Sun Woo Jung Ah), Space.

Depuis sa monumentale reprise du D.N.A de la sombre bousasse qu’est BTS (le plus gros groupe de Kpop ever !!!), même les fans français de Kpop, souvent étudiants en LEA anglais coréen et aux cheveux peinturlurés en couleurs arc-en-ciel, se sont mis à écouter du hip hop coréen. Il ne faut jamais perdre espoir !

In Kimchi we trust | avant propos

Aujourd’hui, j’ai décidé de prendre le prétexte d’un film publicitaire pour des bagnoles pour vous parler de photographie coréenne. Surprenant, non ?

La réclame en question est le nouveau film de « brand storytelling », récit de marque, dans la langue de Molière, pour ceux à qui l’utilisation de la novlangue marketing casse les bonbons (perso, je n’y suis pas réfractaire), du constructeur automobile Hyundai. Je vous invite à le regarder.

YouTube | Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai

A ma connaissance c’est la première fois qu’une marque coréenne retrace ainsi son histoire dans une publicité internationale. C’est surprenant a plus d’un titre, car traditionnellement la communication des entreprises coréennes est plutôt orientée vers le futur et la technologie que sur le passé, l’histoire, le patrimoine ; le paradoxe ultime étant que Hyundai signifie en coréen « modernité ».

La réalisation de cette publicité nous entraîne à rebours à travers plusieurs tableaux évoquant l’histoire de la marque et de la Corée.

Ce qui est plus surprenant, c’est que pour un œil avertit, le film est parsemé de références photographiques.

“le progrès n’arrive pas par chance, il est façonné par son histoire”, au travers du prisme de la photographie

Ou plutôt à l’envers, car la publicité démarre sur l’image du Hyundai Nexo, véhicule à hydrogène, qui préfigure une partie de l’avenir automobile pour Hyundai.

Le traitement graphique, la mise en scène, permettent d’introduire le côté surnaturel et mystérieux qui justifie le montage en sens inverse du film. L’univers photographique utilisé ici n’est pas sans rappeler celui de Gregory CREWDSON. (Le Edward Hopper de la photographie)

Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Gregory CREWDSON
Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Gregory CREWDSON
Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Gregory CREWDSON

On remonte ainsi le temps au travers des années 2000 avec l’évocation du lancement du Hyundai Tucson, le best-seller de la marque. Son dévoilement dans des effets de drapé, renvoie à la fois à un grand classique de l’histoire de l’art et n’est pas sans rappeler une certaine idée de la photographie de mode.

Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019

Une évocation du Drapé dans l’histoire de l’art

Affiche de l’exposition DRAPÉ – Musée des Beaux-Arts de Lyon

L’exposition Drapé proposée du 30 novembre 2019 au 08 Mars 2020 au Musée des Beaux-Arts de Lyon révèle comment depuis toujours, le drapé exerce une vraie fascination dans le monde de l’art, car il cache tout en révélant les formes, avec sensualité et douceur, et préserve la pudeur des nus avec élégance.

Man Ray (1890 – 1976) – Dali drapé, 1933

Cette fascination tient aussi à la maîtrise nécessaire pour obtenir un effet de fluidité et de volume réaliste. Cette exposition, dont le thème n’a encore jamais été abordé évoque ces questions, ainsi que l’étude du geste et des techniques de l’artiste, du jeu des ombres et lumières, du rendu du volume et du mouvement, en présentant de nombreux dessins exceptionnels de maîtres de la Renaissance à aujourd’hui, comme Dürer, Michel-Ange, Poussin, Gustave Moreau, Ingres ou Degas… mais aussi des peintures, des sculptures, telles celles de Rodin ou du Bernin et des photographies, telles celles de Man Ray, Henri Cartier Bresson, Mathieu Pernot, Francesca Woodman, Imogen Cunninggham, des performances, telles celles de Christo, Piero Manzoni

Mathieu Pernot – Les migrants, 2009 (au bord du canal Saint-Martin à Paris)

Si cette exposition se concentre essentiellement sur la thématique du drapé dans l’histoire de l’art occidental, elle propose cependant deux ouvertures vers les cultures du monde.

« Les corps orientaux » de Gaëtan Gatian de Clérambault (1872 – 1934), psychiatre renommé, maître du psychanalyste Jacques Lacan, et d’une certaine façon anthropologue de la draperie. Il eut pour projet d’écrire une histoire universelle de la draperie qui aurait pris la forme d’une étude historique, matérielle, technique et structurelle des drapés de toutes les civilisations, éteintes comme vivantes. Cette ambition se limita à l’étude du haik, costume traditionnel marocain.

Plus étonnant encore pour évoquer la place du drapé dans l’art oriental, le choix de présenter le spectacle de danse « let me change your name » de Eun Me Ahn et de sa compagnie.

Let me change your name – Eun Me Ahn, biennale de la danse de Lyon 2017, Maison de la danse, Lyon

Coréenne et cosmopolite, Eun-Me Ahn est non seulement une chorégraphe rigoureuse imprégnée des traditions chamaniques de son pays mais aussi une performeuse risque-tout. Let me change your name… Laisse-moi changer ton nom… est le titre, comme une invitation, d’une pièce emblématique de son répertoire. En jouant sur la répétition et les contrastes, Eun-Me Ahn y questionne l’identité et la place de l’individu dans nos sociétés contemporaines. Entre pénombre et lumières acidulées, costumes noir et blanc et couleurs éclatantes, à mi-chemin entre rite chamanique et podium de “fashion-show”, entre gravité et humour, le mouvement s’impose répétitif, parfois hypnotique jusqu’à la transe. Dans un rythme effréné, les neuf interprètes, dont Eun-Me Ahn, brillent par leur énergie et leur personnalité. Ils dansent jusqu’à l’oubli de soi pour ensemble ne former qu’un seul corps. Ils font pleinement partie du groupe tout en affirmant avec force leur identité. Un hymne à la liberté et à l’indifférence du genre.

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Fidèle à la Maison de la danse de Lyon, l’enfant terrible de la danse coréenne sera de retour en 2020 avec North Korea Dance.

Cette nouvelle production confirme que la cousine coréenne de Björk a toujours une longueur d’avance. Alors que les relations entre les deux Corées reprennent doucement, elle s’est logiquement questionnée sur les similitudes et les différences entre danses du nord et danses du sud, qui puisent aux mêmes racines mais n’ont pas suivi la même évolution du fait du contexte idéologique. Nourrie de vidéos de parades militaires, de danses traditionnelles et bals populaires, celle qui considère que la danse peut agir comme un formidable catalyseur, réalise un cocktail explosif et hypnotique composé de tableaux vifs et colorés. Entre folie visuelle et cartes postales détournées, entre solos cultivant la lenteur et ensembles survoltés, North Korea Dance est une ode à la Corée (réunifiée) !

Eun-Me AHN, North Korea Dance – Maison de la danse Lyon, 2020

Un bref passage dans les années 90 de la Hyundai Coupé dans un Séoul sous la pluie doté d’une ambiance à la Blade Runner 1982 de Ridley Scott.

Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Ridley Scott, Blade Runner, 1982

Au passage si vous souhaitez comprendre la relation entre Séoul, Los Angeles et l’univers dystopique du Blade Runner de Ridley Scott, je vous conseille de jeter un coup d’œil à ce court documentaire d’Arte.

YouTube | ARTE : Le Los Angles tentaculaire de « Blade Runner »

En faisant de la photographie à Séoul il est difficile de ne pas se laisser tenter par ce type d’ambiance à un moment ou un autre. J’en ai fais l’expérience.

JoCh & the pictures, 2018, DDP, Séoul
JoCh & the pictures, 2018, Séoul

a voir sur instagram |

Noe Alonzo est photographe américain qui vit à Séoul depuis plusieurs années, son instagram est consacré à une vision neonoir cyberpunk de la ville.

https://www.instagram.com/noealzii/

La séquence suivante est à mes yeux la plus riche en références photographiques, elle illustre les années 80, avec la Hyundai Stellar, dans l’ambiance d’un « dinner » restaurant populaire, toute à la Edward HOPPER comme au départ avec CREWDSON, mais avec ici une référence photographique plus proche de l’univers de William EGGLESTON, voir de Harry GRUYAERT dans le dernier plan de la séquence.

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William Eggleston
Edward Hopper – Nighthawks
Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Harry Gruyaert – TV shots, 1982

On note au passage l’expression de satisfaction ou d’envie de la jeune femme, qui n’est pas sans rappeler une de mes photographies préférées d’un de mes photographes préférés, René BURRI.

Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
René Burri – Tae Soe Dong, Corée du Sud, 1961

Cette image est là pour illustrer le long parcours de l’émancipation de la femme coréenne. L’automobile y ayant joué probablement un rôle significatif. A travers cette image, à titre personnel je retrouve le sourire, la satisfaction de ma femme, Séoulite quand elle évoque le souvenir de sa première voiture, une Hyundai.

Nota | Je vais mettre tout de suite un bémol a ce que viens de dire, avant qu’on me le reproche, en vous recommandant la lecture du roman Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam Joo

Kim Jiyoung, née en 1982 – Cho Nam Joo, éditions NIL, 2019

Pour finir la partie de l’histoire liée à la branche automobile de la marque coréenne. On est replongé dans les années 70, avec le lancement de l’icône absolue de l’automobile coréenne, la Hyundai Pony, le premier modèle 100% coréen. Le coup de flash qui fait la transition de la séquence nous autorise si on avait encore des doutes à voir dans ce film un jeu de piste photographique.

Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019

Ici le photographe est occidental pour illustrer la volonté d’ouverture au monde de la Corée des années 60, 70. Mais le hanbok (vêtement traditionnel) de couleurs vives comme la Pony et le sourire de l’hôtesse viennent apporter toute l’élégance et le raffinement de la culture coréenne.

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Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
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L’étoffe des rêves de LEE Young Hee
Affiche de l’exposition L’étoffe des rêves de LEE Young Hee – Paris

Consacrée par son pays comme la plus grande figure de la mode coréenne, Lee Young-hee (1936-2018) a propulsé sur la scène internationale l’image d’une Corée moderne et décomplexée, fière de son illustre passé et de sa tradition raffinée. Puisant son inspiration et sa philosophie dans le hanbok, le vêtement traditionnel des femmes coréennes, son art s’épanouit dans une modernité sans cesse renouvelée, passant de la parfaite maîtrise des formes traditionnelles aux figures aériennes d’un hanbok libéré.

Lee Young-hee entame une carrière de couturière-styliste presque par hasard. Le vêtement coréen va rapidement devenir une passion qu’elle approfondit par des recherches historiques menées avec Seok Ju-seon, spécialiste reconnue de l’histoire du costume. Ensemble elles s’attèlent à une minutieuse reconstitution de vêtements d’après les peintures des rouleaux dépeignant les cérémonies de cour de la fin de la période Joeson (1394-1910). Les costumes des officiels et les costumes de cour de cette époque sont d’une extrême rareté. Lee Young-hee met en place un processus de « recréation » de ces pièces qui inclut la fabrication des soieries à l’identique, l’emploi de teinture naturelle, la couture et la broderie à la main ; son travail s’alimente également de la collection de ces précieuses pièces Joeson – vêtements ou accessoires – qu’elle rassemble peu à peu tout au long de sa carrière.

Comme il s’agit d’une publicité d’image, destinée à améliorer la notoriété de Hyundai et pas forcément à générer des arrivées massives de clients en concessions, la vidéo ne s’arrête pas là. Le groupe industriel, plus vaste que sa seule branche automobile que nous connaissons en Europe, a entendu donner sa version de l’histoire du groupe et sa place dans l’histoire de la Corée.

Ainsi les tableaux suivants passeront en revue les activités de construction navale, de construction d’infrastructure, de travaux publics et de sidérurgie de Hyundai.

Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Marc Riboud – Soudeurs sur le chantier du paquebot « France », Saint Nazaire, 1959

« Je cherchais un angle de vue, une forme dans le rectangle du viseur, un ordre dans ces milliers d’éléments métalliques modifiés à chaque instant par les déplacements des ouvriers »

Marc Riboud

La construction de pont, la sidérurgie, la construction de route (l’un des grands faits d’armes de Hyundai est d’avoir été le constructeur de la première autoroute Séoul – Busan, aujourd’hui après avoir été associé durant de nombreuses années au français Alstom, Hyundai Heavy equipements est le constructeur des nouvelles rames de KTX (TVG français rebadgé coréen) et est un acteur majeur de l’aménagement du territoire de la péninsule.

Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019

On pourra regretter que la publicité passe allégrement sous silence les luttes sociales auxquels les travailleurs du chaebol ont pris part et lesquelles ont été durement réprimées les dirigeants de l’empire avec l’appuis du pouvoir militaire en place durant ces années.

Massacre de Gwangju.

Il ne faut pas être plus royaliste que le roi, ou en l’occurrence plus révolutionnaire que le révolutionnaire. Ce n’est pas le rôle d’une pub corporate de définir le rôle d’un empire industriel dans l’histoire sociale et politique du pays, c’est le rôle des historiens et de la société dans son ensemble.

Le traitement photographique de cette époque de reconstruction, culmine avec le dernier (ou plutôt premier) tableau, celui ou le fondateur de Hyundai dans une descente toute romancée et dramatisée « à la mine » lance un regard ambitieux vers l’avenir. Amenant ainsi de manière expressive le slogan de la campagne publicitaire “le progrès n’arrive pas par chance, il est façonné par son histoire”.

Comment ne pas voir dans scène est une grandiose reconstitution de la Serra Pelada du Gold de Sebastiao Salgado  

Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Sebastiao Salgado – Gold, 1986
Film publicitaire, Le progrès avance avec Hyundai, 2019
Sebastiao Salgado – Gold, 1986

L’image de la mine est si on considère la biographie exacte de CHUNG Ju-yung, fondateur de Hyundai, une exagération flagrante. Cela n’a rien de véritablement étonnant quand on connait à quel point CHUNG Ju-yung est un personnage légendaire de la Corée moderne.

Il n’en demeure pas moins que c’est une image raisonnable du travail de forçats qu’ont effectuer la génération des parents de mon épouse pour relever, reconstruire le pays après la guerre et en faire ce qu’il est aujourd’hui, la huitième économie mondiale, une société dynamique, ouverte et qui entend rayonner sur le monde au travers de sa culture.

L’accent est donc porté sur la reconstruction, la capacité a se relever, a se retrousser les manches et a construire l’avenir.

Ainsi, si on remet les choses à l’endroit, il n’est pas déconnant de voir ce film publicitaire comme une forme d’hommage des coréens d’aujourd’hui à leurs aînés mais aussi d’une certaine manière à la carrière d’un immense photographe coréen.

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