Intro :
AHAE, Fluctuat nec mergitur
L’histoire que je vais raconter est probablement digne d’un des meilleurs scénarios de thriller coréen. Je ne serai pas étonné que BONG Joon Ho réalisateur coréen, palme de d’or à Cannes en 2019 avec Parasites, réalise un film sur cette affaire.
BONG Joon Ho, délai de prescription et délai de décence
Si Bong Joon Ho à laisser entendre lors du festival Lumière à Lyon en Octobre 2019 que son prochain long métrage serait du genre fantastique (car oui BONG Joon Ho semble respecter scrupuleusement une alternance entre films de genre fantastique ou science-fiction et films sociétaux)


Alors même que le tueur présumé du film Memories of murder vient d’être identifié.
A titre de comparaison l’affaire du tueur de Hwaseong dont le scénario de Memories of murder est titré, c’est un peu l’ « affaire Grégory » coréenne, trente ans d’errances policières et judiciaires, une affaire hors normes.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe en Corée du Sud. La police a indiqué jeudi qu’elle avait démasqué un des pires tueurs en série du pays, pensant avoir élucidé une énigme criminelle sur laquelle elle se cassait les dents depuis 1986. Cette histoire de meurtres particulièrement atroces de femmes a longtemps hanté et passionné les Sud-Coréens, au point que le cinéaste Bong Joon-ho, en a tiré un long-métrage en 2003, « Memories of Murder ».
Si la police a révélé avoir identifié un suspect, confondu grâce à l’ADN, certains médias ont donné le nom de ce serial killer présumé : Lee Chun-jae.

Cet homme de 56 ans purge une peine de prison à vie pour le viol et le meurtre de sa belle-sœur, commis en 1994 à Cheongju. Le voilà soupçonné d’au moins trois des neuf crimes (NDLR : un 10e a été commis par un « imitateur » arrêté depuis) perpétrés entre 1986 et avril 1991 dans le secteur de Hwaseong, au sud de Séoul.
Je peux me planter totalement, il est aussi possible que son prochain film sociétal aborde la question de la religion en Corée et se déroule à Séoul, peut être dans le quartier de Gangnam
Pourquoi Bong Joon Ho, ferait un film sur AHAE ?
Cette histoire commence ou plutôt fini, comme le film Memories of murder. Le 12 juin 2014, le poste de police de Suncheon, une ville située à 300 kilomètres au sud de Séoul, près de la côte du détroit de Corée, reçoit un appel d’un promeneur déclarant avoir trouvé un cadavre dans un verger dans la magnifique baie de Suncheon. Arrivés sur les lieux, les policiers coréens découvrent un corps dans un état de décomposition avancé. Autour du cadavre, plusieurs bouteilles d’alcool vides leur laissent penser qu’il s’agit d’un sdf victime de son alcoolisme. Afin de l’identifier le corps est envoyé à la morgue où seront pratiqués des tests ADN , …
Mais, stop ! Remontons quelques semaines en arrière.
On a vu en Corée en 2019 soit cinq ans après le drame apparaître les premières fictions sur le drame du Sewol, de même que le documentaire 13 novembre, Fluctuat nec mergitud sur les attentats du 13 novembre 2015 sorti en 2018 sur Netflix. On peut estimer quand 2020 sortiront en France les premières fictions sur les attentats du 13 Novembre, on aura atteint ce qui semble être le délai de décence
Le jour où la Corée fluctuat et sombrât

Le 16 avril 2014 au petit matin, un ferry de la compagnie coréenne Cheonghaejin Marine Company, le Sewol, quitte le port d’Incheon, situé sur la mer Jaune, à une cinquantaine de kilomètres à l’Ouest de Séoul. Il doit se rend à l’île de Jeju, une île volcanique paradisiaque au sud de la péninsule, avec, à son bord, 476 passagers, des containers et des véhicules. A 9h du matin, au milieu de la mer Jaune, le ferry soudain se penche et prend du gîte. L’inclinaison entraîne un mouvement de la cargaison mal arrimée qui ripe et fait basculer le navire. A 13 heures, le ferry a disparu. Sur les 476 passagers et membres de l’équipage, seuls 172 seront sauvés. La plupart des 304 morts ou disparus sont des lycéens d’une même école – le vice-proviseur, rescapé du naufrage, se suicidera. Cette tragédie a profondément traumatisé la Corée du Sud et entraîné, à cause de l’incompétence des pouvoirs publics, la démission du Premier ministre le 27 avril. Ce drame national a poussé la société coréenne a s’interroger sur le sens de la croissance économique, sur le fait qu’elle n’est pas été capable de protéger son bien le plus chère, ses enfants.





En termes de photographie, j’ai choisi de vous présenter le travail du photo reporter KIM Hong Ji, pour évoquer cette tragédie. Sur son site vous pouvez voir son reportage sur la couverture du naufrage du Sewol « coverage of sewol » sur lequel il fut envoyé par son agence (REUTERS) dans les heures qui ont suivi l’annonce du naufrage, vous pourrez voir également le reportage qu’il réalise un an après en photographiant les familles dans les chambres vides des disparus « bedrooms of remenbered »




Les lycéens disparus étaient de la même génération que ma belle-fille, celle de 1997. Cette génération n’avait pas pu faire les traditionnels voyages prévus en primaire et au collège. En 2003, il y a eu l’épidémie de SRAS, ma belle-fille qui vivait alors en Corée, avait elle-même contracté la maladie et avait failli y passer. Pour limiter la propagation de l’épidémie, les déplacements en groupe avaient été restreints et en 2008, la crise financière, provoquée par subite cessation de paiement de la dette coréenne, la dévaluation du Won, qui avait failli emporter toute l’économie mondiale. Ma belle-fille, elle à cette époque découvrait la France. Ce voyage, c’était leur dernière occasion avant l’université.
Les suites de cet état de choc profonds des coréens, après plusieurs mois de manifestations, provoqueront la destitution de la Présidente Park Geun He, impliquée dans un énorme scandale de corruption. La profonde remise en cause de la gestion de cette tragédie nationale et de sa défaillance a protéger ses enfants, la Corée a depuis mis en place des mesures de gestion des catastrophes naturelle et sanitaire qui lui ont permis d’être très bien préparée pour affronter la crise sanitaire du Covid 19.

Ahn Young-joon – AP/SIPA
Pendant les quelques heures précédant la chute de Park Geun He, elle semble avoir été tentée de se maintenir au pouvoir par un coup d’Etat militaire. Même si depuis la justice a identifiée quelques conjurés, il est notable que l’Etat major et les plus hauts gradés de l’Armée sud-coréenne lui ont probablement laissé entendre qu’il ne fallait pas insister, qu’il valait mieux pour sa sécurité personnelle partir gentiment dormir en prison, démontrant ainsi l’attachement de cette institution pour la démocratie, de cet état dans l’état, car il est indéniable que l’armée à un point considérable dans l’économie et la société sud-coréenne, ce qui est logique dans un pays juridiquement en guerre depuis 70 ans.
A la faveur de l’enquête, Yoo Byung-eun, le président de la compagnie maritime à laquelle appartient le Sewol, est mis en cause pour détournements de fonds et évasion fiscale. C’est un personnage important, un milliardaire âgé de 73 ans, inventeur (d’une poire à lavement, non ce n’est pas des conneries !), fondateur d’une secte évangélique dans les années 60 (l’Eglise du Salut)), et dont l’origine de la fortune est mystérieuse. Il a de solides appuis politiques – c’est un ami des anciens (et défunts) présidents de la République, Chun Doo-hwan et Lee Myung-bak. Il garde des « dossiers », dit-on, plus ou moins compromettant, sur beaucoup de monde.
Or, en ce début du mois de mai, mystérieusement Yoo Byung-eun disparaît.

Reprenons le fils de notre histoire, les tests ADN pratiqués sur le corps retrouvé dans la baie de Suncheon, qui ont permis d’identifier le corps comme étant celui de YOO Byung Eun, alias AHAE, dont la résidence se situait à quelques kilomètres. L’enquête tachera de déterminer les circonstances du décès, autour duquel subsistent des zones d’ombre : temps d’identification très long et possibles arrangements autour du pouvoir sud-coréen.
Si je me retrouve aujourd’hui a vous raconter cette histoire sur un blog censé parler de photographie c’est pour raison bien précise.
Yoo Byung Eun était également connu sous son nom d’artiste AHAE …

Le Louvre, Versailles, et un village français, totalement enfumés
Deux ans plus tôt, dans le métro parisien, de grandes affiches de 4 mètres par trois, annoncent l’exposition des œuvres de Ahae, photographe coréen, au musée du Louvre. Nul ne connaît cet artiste dont le musée montrera, dans le jardin des Tuileries, deux cents photographies durant tout le mois de juillet.

Vous noterez le détail qui tue, les gants blanc !
Non, je déconne, Ahae photographiant depuis sa fenêtre
L’exposition s’intitule « De ma fenêtre », car Ahae fait toutes ses photographies de la même fenêtre de sa maison en Corée. Depuis deux ans, il s’accoude à la traverse et prend entre 2000 et 4000 clichés par jour.
4000 putains d’images par jour ! Quand je me fais une grosse journée de photo de rue avec 200 ou 300 images, ou un mariage avec 500 à 800 photos, et que je passe au tri, j’ai déjà grave envie de me suicider à la javel, alors 4000 photos par jour, Bordel !

Il photographie les saisons, les animaux, la nature, le temps qui passe…

Henri Loyrette, alors Président du Louvre et préfacier du gros catalogue, est enthousiaste. L’année suivante, Catherine Pégard, Présidente du Château de Versailles, ne le sera pas moins lorsque, à propos de ces mêmes photographies exposées durant deux mois dans l’orangerie du château, elle écrit : « L’instant se confond avec l’éternité ».
Alerte #Bullshitphotographie
« L’instant se confond avec l’éternité »
Catherine Pégard, Présidente du Château de Versailles
Des magnats des grands groupes industriels aux dirigeants de pme, la photographie une passion assez répandue dans les milieux d’affaires
Hanmi, diabète et photographie
Par une très chaude journée de l’été 2018, dans un Séoul étouffant, alors que ma femme doit aller donner un coup de main à une amie pour son travail, je laisse ma belle-fille comater à l’appartement après une sortie en boîte du côté de Gangman avec ses copines la veille. Je me décide à aller explorer en solo le quartier de Jamsil, d’aller prendre le frais au musée de la photographie de Séoul et d’aller tenter ma chance en street photographie du côté du parc olympique juste à côté.
En sortant du métro, je suis attiré par le portique monumental qui marque l’entrée du parc olympique des JO de 1988, ou un petit groupe de jeunes free styler BMX semblent chiller à l’ombre en effectuant quelques rides.

Je me pointe et déclenche deux, trois fois en essayant de composer un truc avec la flamme olympique.

Le résultat me laisse mi figues, mi raisins. La superposition de la flamme avec le rider, sa forme de dragon, lui donnant une allure de cavalier de l’apocalypse, la grande avenue en arrière-plan sont très plutôt cools, mais la connerie de vitre qui protège la flamme et qu’on n’arrive pas à sortir du cadre, me prend la tête.
Après faut savoir que si elle est là, ce n’est pas pour rien, une flamme olympique ça chauffe un max, au point que ça sent vite le cochon grillé quand tu passes tes mains au-dessus de la vitre pour faire ta photo (Ndl, au passage je ne suis pas sûre que la lentille frontale de l’objectif ai vraiment appréciée l’expérience, mais il a survécu). Les coréens ont déjà des traditions culinaires qui peuvent en choquer certains, poulpes vivants, …, de jeunes enfants grillés au barbecue ça ne le ferait vraiment pas.
Après cette expérience, tout feu, tout flamme, je me dirige avec hâte du côté du Musée de la Photographie de Séoul. Il s’agit d’un musée privé et gratuit, il est hébergé dans le siège social de la compagnie pharmaceutique Hanmi, un immeuble de bureau en verre de taille relativement modeste pour Séoul, une quinzaine d’étages.

Le musée occupe le dernier étage de la tour, on trouve à l’entrée un café qui est aussi la salle de pause des employés, on peut y prendre un café, une pâtisserie en profitant de la vue sur le parc olympique ou en bouquinant l’un des ouvrages de photographie mis à disposition, plutôt très cool comme salle de pause !

Bonne grosse photo de touriste, qui a pour seul intérêt d’être prise d’un point de vue différent de la plupart des vues du portail d’entrée du parc olympique. C’est la vue qu’on a depuis la salle de pause du siège de Hanmi.

Le musée a été créé par LIM Sung Ki, fondateur et président de Hanmi. Ce médecin qui a fait fortune (12ème patrimoine de Corée et 804ème rang mondial selon le magazine Forbes, bon ça c’était en 2018, avant que la boite se fasse invalider un brevet sur un médicament contre le diabète, mais bon il peut vite se refaire, son labo et dans la course pour les traitements du et vaccin du SRAS COV 2) en commercialisant des traitements innovants contre le diabète, a pour violon d’Ingres la photographie.
Ah et au fait posons la question du pourquoi le business du diabète tourne à plein en Corée, la nourriture est plutôt plus saine qu’en occident, mais on bouffe beaucoup, on boit aussi pas mal, du soju en particulier et puis il y a la génétique.

Le lobby d’entrée du siège de la compagnie pharmaceutique et son patio végétalisé sont exploités par la scénographie de l’exposition Nature as a Playground pour t’amener tout doucement dans l’ambiance de l’expo en rentrant dans les lieux. En ressortant, tu te dis que c’est vraiment bien vu, c’est un bon écho à l’une des œuvres présentée…
Je découvre l’expo temporaire Nature as Playground et le travail de Taewon JANG pour lequel j’ai un vrai coup cœur.

Ilkka HALSO, une pincée de Gursky au pays de Bae Bien U
Nombreux sont les photographes ayant cherché à dénoncer les problèmes de la déforestation :
Que ce soit en réalisant des images et l’esthétique et à la plastique parfaite qui accrochent notre yeux et qui ont dès lors toute leur place dans le lobby d’une grande compagnie désireuse de pratiquer un peu de green washing, Michael Yamashita, Yann Arthus Bertrand, Michael Nichols.
Ou en ayant un message plus sensible et profond comme Sebastio Salgado.
Mais il y en a un qui, sans aller en Amazonie, a réussi à porter un message aussi fort qu’en photographiant des contrées dévastées : c’est Ilkka Halso.
Dans sa série « Naturale », le photographe finlandais a créé des images où l’arbre se trouve stocké dans des hangars, comme un meuble Ikea. L’absurdité de ces photographies font froid dans le dos. Ilkka Halso a également créé de toute pièce un musée de la nature où chacun peut aller observer la nature comme bon lui semble. « Vous venez les enfants ? On va voir une forêt au cinéma ? »… Oui c’est le genre de conversation qu’on imagine en regardant le travail de cet artiste.

« Oui ! Je travaille sur le projet de création d’un gigantesque entrepôt, type “IKEA”, dans lequel on pourrait entreposer la nature et la vendre. Un écosystème complet pourrait être acheté dans ce magasin et assemblé à la maison ; quelque chose comme cela… »
Ilkka HALSO

« Il y a 2 approches dans ma méthode de travail.
La première est de construire des structures afin de mettre la nature en lumière, puis je photographie l’ensemble. J’utilise un appareil photo de grand format et un scanner. Il n’y pas trop de retouche d’image.
L’autre fait plus appel à la technique du collage. Je commence par photographier des éléments dans la nature et dans différents endroits, que je mixe avec des vues 3D construites à l’aide de logiciels informatiques spécifiques. La composition finale et les retouches sont réalisées avec Photoshop. »
Ilkka HALSO
On est pas loin des procédés techniques utilisés par Andreas Gursky.


Pour appréhender la technique et l’oeuvre d’Andreas Gursky, je vous recommander de regarder la vidéo ci dessous écrite par Thomas Hammoudi et présentée et réalisée par Laurent Breillat.




Le nouveau tableau-photo d’Andreas Gursky bientôt vendu en x exemplaire avec plein de zéro est fini. Une photo documentaire unique, très conceptuelle.
Pour reprendre une expression de Martin Parr, « une bonne photo vernaculaire » qui « montre ce qui va disparaître »[1], mais qui relève davantage de la peinture que de l’enregistrement objectif du réel.
» Une bonne photo vernaculaire » qui « montre ce qui va disparaître », « mais qui relève davantage de la peinture que de l’enregistrement objectif du réel »
Martin Parr
Vu du confinement due au Covid 19, dans lequel je me trouve au moment ou j’écris ces lignes et qui proscrit probablement pour longtemps toute entorse à la distanciation sociale, la combinaison entre la photographie de Gurski et la citation de Martin Parr, ont quelque chose d’assez prophétiques je trouve ! Le détail qui tue étant le gars en tee shirt blanc qui porte celui en protection buco nasale.
La travail sur la masse, l’accumulation, la duplication à l’infini assez emblématique du travail photographique d’ Andreas Grusky évoque pour moi le travail du peintre coréen LEE Ung no.

Silhouettes noires sur fond blanc pour LEE Ungno, Silhouettes blanches sur fond sombre pour Andreas Grusky, … un bel effet de négatif !

L’individu et la multitude
Ces échappées belles sont aussi l’écho d’une vie d’artiste malmené par l’histoire. On appelle Lee Ungno «L’homme des foules», car il peint en apôtre de l’individu et de la multitude. Soupçonné d’espionnage au profit de la Corée du Nord, comme nombre de démocrates, il fut prisonnier politique durant deux ans et demi sous la présidence de Park Chung-hee (1917-1979) et peintre militant pour la paix et la démocratie dans ses dernières années.
Évitant tout excès dramatique, Lee Ungno dessine au pinceau noir des foules unisexes qui tourbillonnent dans l’espace de la toile blanche, souvent de grand format. Ses petites figures en série forment des vagues ou des spirales dynamiques, longue chaîne de la vie qui fait écho aux premières représentations humaines et à la langue des signes d’A.R. Penck (1939-2017), peintre allemand disparu le 2 mai dernier, lui aussi malmené par l’histoire de sa patrie.
Bae Bien U, Sebastio Salgado, Ilkka HALSO, … Des approches différentes pour un même sujet
Les séries Naturale et Museum of Nature de Ilkka Halso est très éloignée par sa réalisation technique et son esthétique finale de la photographie d’un grand maître coréen de la photographie, Bae Bien U, pourtant le propos est assez similaire.

« En fait au commencement du projet “Museum of Nature”, il n’y pas de message écologique ou l’idée de créer un monde meilleur.
Bien sûre cela ne me gêne pas que l’œuvre soit assimilée à une démarche écologique, mais mon travail prend plutôt ses racines dans l’observation de la nature et l’assimilation des nouvelles technologies. C’est une sorte de simulation moderne du contrôle de la nature par les sciences. Cela doit nous faire réfléchir sur le devenir de la Nature. Quelles sont nos méthodes pour la rendre sûre et profitable ? Quel crédit peut-on accorder à cette interprétation ? »
Ilkka HALSO

Son travail est une réflexion sur la communion avec la nature. En ce qui concerne la première, la civilisation occidentale matérialiste l’a réduite à l’état d’objet à exploiter au prix de destructions environnementales, et il n’est pas fortuit, qu’en peinture, elle ait cultivé l’art du portrait, tandis que l’Orient lui préférait les paysages. En effet, dans la culture de ces deux mondes, s’exprime une vision différente puisque les paysages peints du second ne montrent pas un Homme en dominateur de la nature, mais en partie intégrante de celle-ci, dans la mesure où il les voit tous deux en osmose. Dès lors, c’est à l’Homme qu’il appartient de s’adapter, voire de se soumettre aux lois de la nature car elle est source de vie et constitutive d’un monde avec lequel il lui faut vivre en harmonie. L’esthétique du vide se révèle inhérente à la nature par Bae.

Le photographe met l’accent sur la relation entre l’Homme et la nature. La communion avec la nature est le leitmotiv de l’œuvre photographique de Bae. Elle reflète la préoccupation du peuple coréen à vivre en harmonie avec celle-ci. Bae voit dans le pin un contact entre le ciel et la terre. Il réussit à figer sur papier toute la dramaturgie et la magie du lieu mythique et l’énergie vitale des arbres pour les restituer en méditations intenses.
Bae pratique la photographie depuis les années 1970, mais depuis 1985, son travail s’oriente essentiellement autour de l’immortalisation des forêts de pins typiques de la Corée. Ce choix ne semble pas anodin puisque le pin est un arbre à la signification sacrée dans la culture coréenne où il est considéré comme symbole de longévité. Selon lui, « les pins sont les symboles de l’âme du peuple coréen. »
Né en 1950, Bae Bien-U vit et travaille à Séoul en Corée du Sud. Il exerce l’art de la photographie depuis une quarantaine d’années. Aujourd’hui, il est devenu incontestablement le plus grand photographe coréen. Reconnues dans le monde entier, ses oeuvres au langage universel reflètent avant tout la préoccupation de son peuple à vivre en harmonie avec la nature.
Bae Bien-U photographie en panoramique une nature en perpétuel mouvement, sans trace humaine.
Il ne reproduit pas la nature : il la reconstruit au moyen de cadrages singuliers. Les plans sont écrasés (arbres, rivages coupés, tronqués) à tel point que la perspective paraît abolie. Le temps et l’espace, ainsi distordus, semblent suspendus dans le silence de la photographie. Ses clichés sont d’une spectaculaire beauté, d’une rigueur et d’une inventivité formelle qui empruntent à la fois à la tradition de la peinture classique orientale et à l’histoire de l’art européen et américain du XXe siècle.
Le spectateur n’est plus devant mais à l’intérieur d’un paysage telle une « fiction naturelle ». Ses séries emblématiques sur les arbres sacrés, l’océan et les Orums (collines volcaniques d’une île coréenne) encouragent l’esprit du spectateur à s’évader et méditer dans ce paysage.
Projet Museum of nature ILKKA HALSO
Taewon JANG, l’empreinte de l’homme sur la nature par le totem
Le travail de Taewon JANG dans sa série Stained Ground






Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec la série The Crimson Line de Trent PARKE



Les typologies photographiques de Bernd et Hilla Becher
Bernd et Hilla Becher sont un couple de photographes allemands qui depuis les années 50 photographient des bâtiments industriels comme des puits de mine, des châteaux d’eau, des usines ou des silos à grains.
Leur particularité est de toujours les photographier avec la même lumière ( ciel couvert ), le même cadrage ( frontal et centré ) et la même technique ( chambre 20×25, téléobjectif pour éviter les déformations ) de façon a créer des typologies de ces constructions qui mettent en valeur à la fois leurs points communs et leurs différences.
Ils présentent ensuite leurs photographies sous forme de panneaux de 9 ( ou plus ) photographies de petits formats qui renforcent l’aspect de catalogue scientifique de leur travail.
Depuis 1976 ils enseignent la photographie à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf où ils ont enseigné à des photographes comme Andreas Gursky, Thomas Ruff ou Thomas Struth.
Réflexions à sortie de l’expo
En ressortant du building de Hanmi pour replonger dans la torpeur d’un après-midi brulant dans les rues de Séoul, je tombe sur une très grosse berline de marque premium coréenne (celle qui ne sont pas distribuées en Europe) stationnée sur le trottoir juste devant l’entrée. Un chauffeur attend, en donnant un dernier coup de chiffon sur la carrosserie impeccable d’un noir profond du véhicule. Je tue un peu le temps en essayant de trouver une composition intéressante avec le reflet sur la façade vitrée du bâtiment, d’ouvriers qui font des petits travaux sur la chaussée.

Je me laisse surprendre quand le passager tant attendu se décide à sortir du bâtiment, il parcourt d’un pas hâté les quelques mètres qui le sépare du véhicule, c’est bien le big boss, j’ai juste le temps alors qu’il est prêt à s’engouffrer dans la berline de lui bredouiller avec mes quelques mots de coréens « Anyeong Hasseo, Photography museum, many gémihita » (traduction : Bonjour, le musée de la photographie, très interressant !), le gars m’adresser alors un thank you ! avec un grand sourire avant de disparaitre derrière les vitres teintées.
Vers une institutionnalisation de la photographie coréenne ?
La photographie coréenne ne bénéficie pas du appuis étatique que d’autres arts
Le rayonnement économique et culturel de la Corée s’appuis depuis longtemps sur le concept de « soft power »
L’état coréen fourni un appuis financier, organise les différents arts au service de son rayonnement culturel.
Avec le cinéma c’est KOFIC
Avec l’édition c’est PATI (voir article Ahn Sang Soo)
JUNG Jae Il, une BO de Maestro
Comme j’ai ouvert ce billet par une évocation de l’oeuvre du réalisateur BONG Joon Ho, il était juste d’y associer le travail d’un des plus grand compositeur actuel, JUNG Jae Il, auteur notamment de la bande originale du film Parasite.
Pour ne rien vous cacher il se trouve que j’ai déjà rencontré Jung Jae Il
너의 노래는(Your Song)

Bon la boucle est bouclée, lors du générique final du premier épisode du documentaire, au moment ou mon épouse Eun Jeung est créditée en tant que coordinatrice locale, c’est la trop trop belle chanteuse IU qui est à l’écran, c’est la classe absolue !
Elle se trouve lors de cette interview au sein d’une exposition présentée par le Musée national d’art moderne et contemporain MMCA de Séoul, devant un tableau de JUNG Jae Ho, dont le travail évoque clairement une partie de l’oeuvre photographique d’Andreas Gursky.




Gursky explique qu’il voulait une photo de face sans perspective (sinon, il prenait une photo d’architecture, ce qu’il ne voulait pas) et que pour éviter la distorsion sur les côtés de l’immeuble, il l’a photographié de deux endroits, pour ensuite assembler les deux clichés ( ?).
Ce qui est intéressant, c’est dialogue entre le photo-réalisme de la peinture acrylique sur papier coréen de JUNG Jae Ho et la photo-tableau d’Andreas Gursky
Pour conclure ce post, je ne résiste pas a vous mettre exceptionnellement une photo perso.

Pour une photo prise au téléphone, je trouve que la symétrie, le point de fuite, de la composition sont plutôt cool, bien sûre la plage dynamique ultra réduite de mon très vieux One Plus One fait que ce qui est à l’extérieur au soleil est totalement cramé, c’est dommage. Je remarque que ce jour là j’étais le seul a avoir pris une bière, tout le reste de l’équipe tournait au soda. J’ai même eu droit au fond de la table a une pose « V sign », bien dans l’esprit In Kimchi we Trust.