Ahn Sang Soo, le signe coréen

AHN Sang Soo a deux passions. La première, celle pour laquelle il est reconnu internationalement dans le monde de l’art et du design, c’est la typographie coréenne : le hangeul. La seconde, plus personnelle, plus « amateur », c’est la photographie. Nous y reviendrons un peu plus tard, mais pour cerner AHN Sang Soo, sa place et son influence dans la société coréenne, commençons par dresser le portrait de ce passionné du signe coréen, qui a su faire sortir le hangeul de son carcan traditionnel.

Hangeul, 500 ans de signes de « coréanité »

Les mots doux de Sejong, 2018 – JoCh & The Pictures – Des amoureux se promenant devant la statue du roi Sejong, au centre de séoul, marquant le point zéro des distances en Corée du Sud.

AHN Sang Soo est fier d’être issu d’un pays qui a inventé son propre alphabet il y a plus de 500 ans comme alternative au chinois. L’histoire du hangeul est connue, c’est d’ailleurs l’une des seules écritures dont l’origine reste certaine : en 1443, le roi coréen Sejong invente un alphabet pour remplacer l’écriture chinoise en place dans le pays, jugée trop complexe et moins adaptée aux sonorités coréennes, et ainsi démocratiser l’éducation.

« Le hangeul est fait de symboles, qui ont un sens.

Le style est important, mais pour être efficace, le style doit améliorer la signification du symbole. »

AHN Sang Soo

Le hangul est considéré par beaucoup de coréens comme un symbole d’indépendance. La forme des lettres du hangul est déterminée par leur sonorité car elle se base sur la position de la langue dans la bouche. La ligne est simplifiée au maximum dans une variation de ronds et carrés de façon qui la rend lisible aussi bien verticalement qu’horizontalement.

  »Chaque signe est une représentation de la forme de la bouche, de la langue, des lèvres et de la position de la glotte. Il reste aujourd’hui le seul caractère au monde dessiné pour suivre la physiologie du langage »

Merci pour cette visite de contrôle chez l’ophtalmo signée AHN Sang Soo. Si vous avez 10/10 à chaque œil vous pouvez continuer la lecture.
Le moment Sejong

« Il est des moments dans l’histoire où tout concourt à un équilibre heureux : le retour à la paix, la reprise économique, le ralliement du plus grand nombre au système de gouvernement. Le règne du roi Sejong (1418-1450) que parachèvent ses héritiers jusqu’en 1494, constitue sans conteste un de ces moments. Pour les Coréens d’alors, pour ceux d’aujourd’hui comme pour les historiens, le XV e siècle fut indubitablement une renaissance et un apogée. Non une période de domination et de gloire comme le siècle de Louis XIV, mais un âge d’or tel qu’en rêvent les Coréens, c’est-à-dire, après tant de guerres, de catastrophes et de malheurs, un âge de paix, de prospérité et de renouveau. Sejong fut le roi qu’il fallait à cette renaissance : stable, équanime, curieux et néoconfucéen. Loué dès la fin de son règne et par tous ses successeurs, il est considéré depuis comme un des plus grands héros du pays, le père de la patrie coréenne. On ne compte plus les monuments, les études, les romans, les films et, rançon de la modernité, les sites internet qui lui sont consacrés. Aujourd’hui, la première artère de la capitale coréenne, où se trouve le centre culturel Sejong, a été baptisée avenue Sejong, de même que la cité nouvelle bâtie près de Daejon et censée pendant un temps (2004-2008) remplacer Séoul en tant que capitale. Comme le billet de dix mille wons constitue toujours le titre de paiement le plus courant et que Sejong en est l’effigie, chaque Coréen est amené chaque jour à contempler l’image de ce grand roi et à se rappeler son œuvre. »

Pascal Dayez-Burgeon

Né en 1952 à Chungju, l’artiste, graphiste, designer, typographe AHN Sang Soo est célèbre pour avoir su moderniser le hangul tout en respectant ses caractéristiques traditionnelles. Il est le chef de file de la nouvelle génération de graphistes coréens. 

Pour cet alphabet extrait du ‹ carcan ›, le graphiste a conçu plusieurs polices de caractères très géométriques : le Leesang, le Myrrh, le Mano et le Ahn-Che. Cette création typographique, qui a permis à un nouveau mode d’expression d’émerger en Corée, a valu à son auteur une reconnaissance nationale.

Sang-soo Ahn obtained his BFA and MFA in 1981 from Hongik University, Seoul. He also received his Ph.D in 1996 from Hanyang University, Seoul and Honorary Doctor of Design in 2001 from Kingston University, London.
After college, Ahn worked for an advertising agency for five years. From 1981 to 1985 he worked as an art director for “Madang” and “Meot” magazine. Subsequently he started Ahn Graphics design firm. Then, in 1991 he began his professorship in Typography at Hongik University, his alma mater, and retired 2012. Moreover, he has been the editor and art director of the underground art-culture magazine “report/report” since 1988.
Internationally, Ahn was vice-president 1997-2001 of Icograda, and the chairman of Icograda Millennuim “Oullim” Congress 2000 as well as TypoJanchi 2001-present. He is the 1998 recipient of the Grand Prix of Zgraf8, and the 2007 Gutenberg Award from Leipzig, Germany.
He has been a professor in CAFA Beijing, and visiting professor Royal College of Arts, London in 2018. Since 2013, he established new experimental private design school, PaTI, Paju Typograhy Institute in Paju Bookcity in Korea.

Timbre célébrant les 550 ans du Hangeul – AHN Sang Soo – 1996

Leesang, une typographie poétique

La police Leesang est un excellent exemple de l’innovation d’Ahn sur les formes de Hangeul tout en honorant le passé. Conçu pour la première fois en 1988 et agrandi en 2013, il a été inspiré par le romancier et poète coréen d’avant-garde et surréaliste, Lee Sang. «Cette police décompose le bloc syllabique du Hangul en caractères« démontés »(풀어 쓰기)», a déclaré Yoon Min Goo, un concepteur qui poursuit actuellement une maîtrise en conception de caractères à l’ECAL qui a travaillé sur l’expansion et le raffinage de Leesang. «Chaque consonne, voyelle et consonne finale sont réarrangées l’une après l’autre sur la ligne de base. Cette dissemblance permet d’apprécier et de se concentrer sur la construction, la beauté et la matérialité de chaque lettre individuelle.

Le spécimen de la police Leesang, Ahn Sang Soo
Bannière facebook de l’école PaTi affichée lors de la célébration des 110 ans de la naissance du poète Lee Sang

Lee Sang 이상 (ou Yi Sang) est un poète et romancier coréen né le 23 septembre 1910 et mort le 17 avril 1937, que la critique a pris habitude d’appeler le Rimbaud coréen parce qu’il fut à la foi très novateur au niveau du langage et de ses thèmes littéraires et qu’il mourut très jeune.

LEE Sang réalise ses études élémentaires à l’École Sinmyeong avant d’entrer à l’école Donggwang. En 1922, il est admis au collège normal supérieur Boseong. En 1929, il sort diplômé du lycée d’ingénieur Gyeongseong avec pour spécialité l’architecture obtenant le prix d’excellence. Il fut ainsi un temps employé en tant que dessinateur dans le département des travaux publics du Gouvernement Général de la Corée. En décembre 1929, il remporte le premier prix dans une compétition de design pour la couverture du la revue Joseon (Corée) et Architecture et le troisième prix pour la couverture de la revue Société d’Architecture de Joseon. La plupart de ses travaux littéraires ont été produits dans les années 1930.

Version très 2020 d’un portrait de LEE Sang, AHN Sang Soo

En 1934, il se joint au groupe artistique Le Cercle des Neufs (Gu-inhoe), dont les membres comprennent notamment Kim Girim, Lee Taejun, et Jeong Ji-yong. En 1936, il commence à éditer le journal Le Cercle des Neufs publié par Changmunsa sous l’égide de Gu Bon-ung. Plusieurs de ses travaux furent publiés dans cette revue, y compris ses poèmes Papier de pierre tombale (Jibi), Un chemin hors du chemin (Ga-oe-gajeon), État moribond (Widok) et les récits Une araignée a rencontré un cochon (Jijuhoesi), Les ailes (Nalgae), Une rencontre et un adieu (Bongbyeolgi), et Un corps mort d’enfant (Donghae). Son court récit Journal avant ma mort (Jongsaenggi) et son mémoire Ennui (Gwontae) ont été publiés à titre posthume à Tokyo.

S’il décéda le 17 avril 1937 des suites d’une tuberculose qu’il traînait depuis plusieurs années, Yi Sang a vu sa santé se dégrader fortement pendant son emprisonnement au Japon en 1936 ; il fut en effet arrêté pour « délit d’opinion » lors d’un séjour à Tokyo et décéda peu de temps après sa libération. La promotion de la culture coréenne était interdite sous l’occupation japonaise, et ses œuvres ne furent republiées qu’après l’Indépendance, la reconnaissance de sa contribution à la littérature nationale se traduisant bien plus tard par la création d’un prix littéraire à son nom, en 1977.

Sa maison au milieu du quartier de Seochon a été récemment restaurée et transformée en lieu d’expositions culturelles.

Par sa passion débordante pour la poésie du précurseur Lee Sang, ou de ses contemporains KIM Ji Ha ou GUM Nuri, AHN Sang Soo inscrit son œuvre dans la tradition du surréalisme coréen.

Letter : Tribute to Marcel, signe artistique

Tribute to Marcel | Model : Ahn Sang Soo | Photo: RHEE Jae yong | Haircut by Gum Nuri (Artiste capillaire, non je déconne sculpteur) . 2000
Duchamp, un signe en tête

Le parcours artistique de AHN Sang Soo est marqué par quelques photographies particulièrement marquante. L’une d’elle est une photo de l’artiste prise après avoir rasé ses initiales à l’arrière de la tête.

Intitulée «Lettre: Hommage à Marcel», l’œuvre fait référence à Marcel Duchamp, qui a également inscrit une étoile à l’arrière de la tête comme une déclaration artistique.

« La comète de l’enfant phare » ou « Tonsure », Marcel Duchamp, 1919.  Photos Man Ray

« Sans l’avoir prémédité Duchamp a fait de sa vie une œuvre d’art. C’est seulement deux ans avant sa mort qu’il accepte cette évidence. Cette idée s’est forgée tout au long de son parcours, elle n’a jamais été programmatique pour lui. Il n’a jamais rien décrété. Cette photographie permet de comprendre qu’il est un individu qui a décidé sans le savoir mais en le faisant, de faire de sa vie une œuvre avant que d’être un artiste au sens traditionnel du terme. […]

Cette tonsure a une histoire. Duchamp se rase la tête pour rendre hommage à la blessure d’Apollinaire reçue pendant la grande guerre. Le cliché de Man Ray date de 1919. Il est atypique car Duchamp a toujours été une personne réservée. Cette marque, plus qu’une lubie, est attachée indéfectiblement à sa personne. »

Bernard MARCADé – Biographie de Marcel Duchamp
Apollinaire, le signe du calligramme
Illustration composée à partir d’une célèbre photographie de Guillaume Apollinaire suite à sa blessure et la trépanation qu’il a subit.
Calligramme La flèche saignante – Guillaume Apollinaire

Un calligramme est un poème dont la disposition graphique sur la page forme un dessin, généralement en rapport avec le sujet du texte, mais il arrive parfois que la forme apporte un sens qui s’oppose au texte. Cela permet d’allier l’imagination visuelle à celle portée par les mots.

Apollinaire invente le mot « Calligramme » en contractant deux mots : calligraphie (art de la belle écriture)     et idéogramme (signe représentant un mot ou une idée).

Il nomme également ces poèmes  idéogrammes lyriques. Le lecteur ne doit plus se contenter de lire, il doit déchiffrer le poème comme s’il s’agissait d’un hiéroglyphe .

Bon alors à ce stade, ceux qui suivent me suivent encore dans mes délires d’analyses pseudo artistiques capillotractées, attachez votre ceinture. On est sur le point de boucler la boucle…

L’œuvre de AHN Sang Soo est en effet totalement blindée de calligrammes. Il en produit début ses débuts, et continu d’en sortir régulièrement.

Autoportrait signature sous forme de calligramme – AHN Sang Soo
Calligramme « l’oiseau MASSIN », Hommage à Robert MASSIN (Graphiste et Typographe français, ayant collaboré avec Raymond Queneau, Eugène Ionesco, Jacques Prévert notamment) AHN Sang Soo , 2020
Robert MASSIN, inventeur du beau livre pour tous

Le graphiste et typographe Robert Massin, qui vient de mourir ce 8 février 2020 à 94 ans, fait partie de « l’inconscient visuel » français. On a tous, à un moment ou à un autre, vu au moins l’une des ses créations, qui sont à la source de l’édition moderne.

Pour en apprendre plus sur Robert Massin, je vous invite a aller lire cet article de Télérama.

Nous sommes donc confronté ici à une première piste surréaliste dans l’oeuvre de AHN Sang Soo.

La passion d’Ahn Sang-Soo, c’est la typographie coréenne : le hangueul. Fier d’être issu d’un pays qui a inventé son propre alphabet il y a 500 ans comme alternative au chinois, Ahn Sang-Soo a créé de nombreuses polices de caractère en hangueul, le faisant sortir de son carcan traditionnel. Il est également à l’origine de Typojanchi, la première biennale internationale de typographie en Corée.

Enseignant à l’université de Séoul, graphiste reconnu, Ahn Sang-Soo est également un infatigable voyageur, arpentant le monde et les jurys internationaux, s’imprégnant de l’histoire, des arts et des traditions des uns et des autres sans jamais perdre de vue sa ‹ coréanité ›. C’est probablement ces incessantes rencontres aux quatre coins du monde qui font que, selon l’affichiste Michel Bouvet qui l’admire, ‹ à [ses] yeux, son œuvre, pourtant si éloignée de nos références culturelles, nous est si spontanément familière. › Créateur influent auprès de la jeune génération de graphistes coréens, Ahn Sang-Soo construit une œuvre cohérente, douce et ferme à la fois qui, bien qu’elle soit fort éloignée des préoccupations occidentales, ne cesse de nous parler et même de nous interpeller. »

« Ahn Sang-Soo étudie le graphisme à l’université Hong-ik à Séoul. Il débute dans une agence de publicité, puis assure la direction artistique de deux magazines, Madang et Mot. Il fonde ensuite son agence, Ahn Graphics, qu’il dirige jusqu’en 1991. Son travail est extrêmement diversifié : édition, publicité, livres scolaires, quotidiens nationaux, mais aussi commandes pour IBM ou les Jeux de Séoul. Ainsi que des recherches d’auteur : le magazine Bogoseo/bogoseo, des revues de poésie. Ou les photos dites ‹ cache œil ›, inspirées de la couverture du premier numéro de Bogoseo/bogoseo en hommage au poète Kim Ji-ha. Depuis, comme un exercice de style, il a saisi plus de 1 600 hommes et femmes qui se masquent un œil avec une main. »

« De nombreux spécialistes considerent le Hangul comme le plus parfait système d’écriture d’un point de vue scientifique. Ils justifient leur point de vue en notant la construction systématique du Hangul qui repose sur la forme des organes vocaux lorsqu’ils prononcent le son. Ainsi, le ‘T’ dans notre alphabet occidental représente un son qui n’a rien à voir avec la forme des organes vocaux. Son homologue coréen ‘’ représente la manière dont la langue touche le palais supérieur. Une autre des caractéristiques les plus intéressantes du Hangul est sa facilité d’apprentissage et ce aussi bien pour des Coréens que pour des étrangers. Il y a une dizaine d’année, l’UNESCO a reconnu cette spécificité remarquable en instituant le prix de littérature du Roi Sejong qui honore les personnes qui ont contribué à l’éradication de l’illétrisme dans le monde. Grâce au Hangul, la Corée a ainsi un des plus bas taux d’illétrisme dans le monde.

Signes poétiques célébrant le hangeul dans la ville

Blossom Hangul, Floraison de Hangeul, composé avec la consonne « ㅎ » (hiut)
Lock Museum – JoCh & the Pictures – 2018
Le portail de la maison d’AHN Sang Soo

Toutefois, ces points sont à nuancer. En effet, tous les sons de la langue coréenne ne sont pas retranscris dans le Hangul. Il n’existe ainsi pas de signes distincts pour exprimer les sons ‘g’, ‘b’, ‘d’ et ‘j’ qui existent pourtant en coréen et sont représentés par les lettres ‘k’, ‘p’, ‘t’ et ‘ch’. Il n’en reste pas moins que le Hangul répond parfaitement à la fonction d’une écriture à savoir de retranscrire aisément, lisiblement et le plus fidèlement possible une langue. Les Coréens en sont bien conscients eux qui fêtent tous les 9 octobre le Hangul Day. »

Doodle illustrant la page d’accueil du moteur de recherche Google lors du Hangul day

« En Corée, le ministère de la Culture fête chaque année l’anniversaire de l’alphabet Hangul, que le graphiste illustre par des affiches. Des paysages urbains ou maritimes en noir et blanc, où semblent danser puis tomber ses caractères géométriques en couleurs. Une rencontre percutante et fine entre image et texte. ‹ Il y a fort longtemps, les mots étaient des étoiles, quand ils ont acquis un sens, ils sont retombés sur terre ›, écrit ce poète sur une autre de ses œuvres.

Bomb fish on the Seashore, signe des temps

Bomb fish on the seashore
poster for the Front DMZ Arts, Movement exhibition
78.8 x 109 cm. 1991

Il y a dans l’œuvre de AHN Sang Soo une image frappante. C’est le poster Bomb fish on the seashore, crée en 1991 pour le Front DMZ Arts Movements. Une photographie, faite d’un noir et blanc gris avec les silhouettes des bombes américaine amassées le long de la mer sur la côte coréenne. Des signes géométriques blancs s’envolent au-dessus d’elles.

A ce sujet, l’affichiste français Michel Bouvet, exprime ses sentiments ainsi :

« Nul besoin de comprendre ce qui est écrit, pour saisir l’incongruité monstrueuse de ces milliers de bombes. »

Michel BOUVET – Graphiste
michel.bouvet
graphic.designer.
2014.8.. @casa.de.vidro-lina.bo.bardi.. sao.paolo.

Cette affiche réalisée par AHN Sang Soo, doit être vu comme l’introduction d’une nouvelle mythologie dans l’approche artistique de la DMZ, de la frontière inter-coréenne. En effet, inlassablement, la reconnaissance graphique et photographique de cette zone est fréquemment liée à différentes mythologies antiques ou contemporaines, comme je le souligne également dans l’article Une Masterclass de composition (nec) plus ultra, par Park Chan Wook, relevant l’idée de colonnes d’Hercule, …

AHN Sang Soo, fait naître des paysages surréalistes de Maehyang-ri, de la superposition de caractères typographiques indéchiffrables mais pourtant bien compréhensibles de manière universelle, l’expression d’une mise en garde contre un monstre marin envahissant la péninsule.

La plaque de Pioneer est une plaque métallique embarquée à bord des deux sondes spatiales Pioneer 10 et Pioneer 11, lancées respectivement les 3 mars 1972 et 6 avril 1973. Sur cette plaque, un message pictural de l’humanité est gravé à destination d’éventuels êtres extraterrestres : un homme et une femme représentés nus, ainsi que plusieurs symboles fournissant des informations sur l’origine des sondes. Il s’agit en fait d’une sorte de « bouteille à la mer interstellaire », de  » capsule temporelle », les probabilités qu’elle soit découverte étant proches de zéro. En haut à gauche de la plaque se trouve une représentation schématique de la transition hyperfine de l’atome d’hydrogène

Tentative de décryptage

Deux rond relié par un trait = transition hyperfine de l’atome d’hydrogène (sondes Pioneer)

Triangle surmonté de trois pics = indicateur radar de cible

Les cinq ronds reliés = Molécule (nul en chimie, pas molécule d’eau mais possiblement une autre molécule)

Cette vision de AHN Sang Soo est reprise, retravaillée et approfondie quelques années après par le photographe KANG Yong Suk, dans une série consacrée à Maehyang-ri.

KANG Yong Suk – From Maehyang-ri, Leviathan des temps modernes

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

KANG Yong Suk a consacré durablement son travail de photographe aux les problèmes sociaux et culturels liés à la guerre de Corée (1950 – 1953) et à la division de la péninsule en résultant.

Il utilise des techniques photographiques conventionnelles pour observer les cicatrices de la guerre, les changements dus à la présence militaire américaine en Corée et les relations de pouvoirs résultant de la guerre.

KANG ne perçoit pas seulement la guerre de Corée comme un événement passé, mais comme un événement puissant qui continu d’influencer la société coréenne et veut mettre l’accent sur la nécessité d’un débat actif sur le sujet dans sa dimension sociale.

Les principaux travaux photographiques de l’artiste sont les séries suivantes :

Commemorative Photographs of Dongdoocheon

(1984)

From Maehyang-ri

(1999)

From the Civilian Control Line

(2000 – 2006)

Propaganda village

(2002 – 2004)

The Korean War Monuments

(2006 – 2009)

KANG Yong Suk est né en 1959, il vit et travail à Iksan, province de Jeollabuk-do, Corée. Il a étudié la communication visuelle à l’Université de l’Ohio (Master, 1991) et est professeur à l’institut des arts de Paekche (Séoul). Il a remporté le prix de la photographie de Dong Gang en 2010. Il a publié From Maehyang-ri (Noonbit, 1999), The Korean War Monuments (The Museum of Photography, Seoul, 2009) et Kang Yong Suk (Dong Gang Museum of Photography, 2010).

Dans From the Civilian Control Line, KANG Yong Suk photographie les structures factices construites pour la propagande et les rochers contentieusement empilés pour retarder l’avancé de l’ennemie. Dans la série Photographs of Propaganda Village, le photographe prend également des images du « Peace Village / Unification Village » qui fut construit en 1973. Dans la série Korean War Monuments, KANG montre les monuments de la guerre coréenne qui se trouvent dispersés à travers le pays, observe les souvenirs collectifs de la guerre coréenne, ainsi que les questions relatives à l’identité.
Il aborde l’attitude envers le passé et la question de la construction de mémoires collectives mûries.

Dans la série From Maehyang-ri, KANG Yong Suk documente en 1999 comme AHN Sang Soo en 1991, les paysages désolés de l’ile Nong au large du village de Maehyang-ri, utilisé comme champs de tir et de bombardement d’entrainement par l’US Air Force en employant des tons gris détachés de toutes émotions.

Maehyang-ri est un petit village agricole situé à 80 km au sud-ouest de Séoul, sur deux îlots. Depuis l’accord sur le statut des forces armées entre la Corée du Sud et les États-Unis en 1954, l’armée américaine l’a utilisé comme champ de tir et de bombardement d’exercice. Des avions militaires de toute l’Asie sont également venus à Maehyang-ri pour tester des armes. Cette base militaire US appelée Kooni a finalement fermé en 2005, à la suite des protestations des riverains survenu après l’accident survenu en 2000, au cours duquel un chasseur américain A10 connaissant des problèmes moteur avait largué pour s’alléger, une bombe de 500kg sur le village, faisant 7 blessés, laissant de profonds dommages aux habitants et à l’écosystème.

La série From Maehyang-ri, en employant des tons gris détachés de toutes émotions, interpelle le spectateur sur la question de la perception de la réalité.

Ces photographies posent, selon PARK Chan Kyong, documentariste, monteur, réalisateur (Citons notamment le film documentaire Anyang Paradise city), spécialiste de l’art contemporain et accessoirement petit frère du réalisateur PARK Chan Wook, des questions sur la définition par la photographie de différents concepts : Le Paysage, le lieu, l’emplacement, le territoire.

Paysage

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

La série From Maehyang-ri révèle à quel point la notion de paysage est une construction inadéquate ainsi qu’une conception esthétique faible. Le spectateur se demande à chaque image, « Est-ce un paysage ? ». Nous sommes confrontés à environnement dans lequel les éléments classiques constitutif du paysage sont presque perdus. La terre et les roches explosées, les carcasses de bombes et les cibles, tout concoure a créer autre chose que ce que nous associons habituellement au paysage. Le paysage de l’œuvre de KANG Yong Suk incarne la force de la violence imposée à la nature à la fin du XXème siècle. Les arbres, la végétation que nous associons aux paysages conventionnels ont été remplacés par les silhouettes rouillées des bombes qui rappellent les scènes d’introduction ou les scènes finales de film de science-fiction apocalyptiques. Dans les photographies de Maehyang-ri, la réalité est représenté comme un Non-paysage, car la rhétorique classique du paysage tel que la ligne d’horizon, le premier plan et l’arrière plan, l’atmosphère, les tonalité riches, ont tous été dissipés. Ainsi cette série propose une rupture fondamentale avec l’acception classique ou en tout cas occidentale de la notion de paysage.

Lieu

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

Du sentiment de distance que l’on ressent dans les photographies de Kang découle de la question: «De quel genre d’endroit s’agit-il ?». Cette question invite même le spectateur à se poser la question « Est-ce même un endroit ? ». Ce qui génère ce trouble c’est probablement l’angle complétement différent de ce a quoi nous sommes habitué concernant la photographie de guerre pris par KANG.

https://green-korea.tistory.com/75 rapport de l’association Green Korea United accidents Maehyang-ri

Certaines photographies de la série ne contiennent pas de sujets humains, d’autre si. On est déconcerté par une confusion d’échelle, par le fait que les photographie comportent de vastes étendues d’espace. La destruction de tout objet physique a commencé par la végétation entraine la perte de critères mesurables ou de normes visuelles. KANG Yong Suk souligne cela en mettant l’accent sur la profondeur de champ, en éliminant les figures humaines, en plaçant des éléments dramatiques au premier plan et en s’appuyant sur l’heure de la journée qui ne projette presque aucune ombre.

Le résultat de ces choix techniques est que l’emplacement du corps du spectateur, correspondant à la position de l’appareil photo, devient incertain. Bien entendu, le photographe a choisi la position de sa prise de vue avec soin, cependant, dans ce cas, ce n’est pas « ici ou là-bas », mais plutôt « quelque part » dans un lieu inconnu, ou pour emprunter le terme de certains artistes conceptuels, un « non-site ». Dans ce désert artificiel, notre regard s’emmêle dans l’air, se mélange au grain photographique. Même lorsque la ligne d’horizon est située dans le cadre, elle n’est jamais vraiment marquée, et la difficulté de se situer dans l’espace demeure.

Les aspects «non-paysage» et «non-site» constituent des parties visuellement inhérentes à ces photographies. C’est la dispersion du regard et la positionnalité incertaine qui placent les images Maehyang-ri quelque part au-delà de la réalité, malgré leur objectivité et leur réalisme minutieusement calculés. Ces photographies situent Maehyang-ri quelque part entre la réalité et la non-réalité.

Emplacement

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

Le rendu gris des photographies de KANG Yang Suk dénué d’émotions, pouvant inspirer une certaine plénitude, contraste avec la réalité vécue par la population. Dans ce village d’environ 200 familles, au cours des 30 dernière années, 29 personnes ont tenté de se suicider et 26 d’entre elles sont décédées. Chun Man Gyu est devenu le chef du comité des résidents après le suicide de son père, s’exprime ainsi à ce sujet :  » Il n’y avait aucune raison apparente pour qu’il se soit suicidé. mais ce n’est pas exclusif à ma famille. Nous supposons que la violence du bruit a provoqué un trouble psychique, qui a son tour a conduit au suicide. Les bruits des bombardements créent un contraste saisissant avec le silence de Maehyang-ri lors des week-ends sans bombardements. »

Les images photographiques de cette série soulève un paradoxe. Le silence du média photographique s’oppose au déferlement de bruit de fureur de la réalité des bombardements. Les thèmes métaphysiques qu’elle soulève, de la création et de la destruction, de l’existence et du néant, ne peuvent être considérés isolément des réalités sociales et géopolitiques concrètes de la Corée du Sud.

Regarder les photographie de Maehyang-ri signifie tenter de revenir à la « vérité » de la société coréenne contemporaine dans un lourd silence. La question que suscite chaque photographie pourrait être « qu’est ce cette image dit d’ici et de maintenant ? ». Les photographies de KANG ne répondent que par échos : Qu’est ce que la péninsule coréenne ? Qu’est ce que les Etats Unis ? Une nation ? La division ? Ces questions sont elles d’ailleurs vraiment pertinentes pour cette terre de monstres et de spectres ?

Durant des décennies avant la fermeture du site au milieux des années 2000, Maehyang-ri est resté presque inconnu de la population coréenne. Maehyang-ru apparait à a population comme une réimition des images d’après guerre, comme la menace d’un monde détruit dans un futur imaginaire, ou bien encore comme quelque part sur Mars. Le monde d’en lequel vivent les résidents de Maehyang-ri est un monde qui reste inconnu de la population générale.

Pour les pilotes de l’US Air Force, Maehyang-ri est seulement reconnu comme un signe numérique sur leurs écrans radar, comme une position mathématique précise qui clignote sur la grille. Il n’a de valeur que dans la mesure où il est saisi et détruit dans le fracas des bombes.

Pour les personnes qui effectuent le travail fastidieux de collecte des douilles pour en revendre le métal, le domaine de la technologie aéronautique est totalement étranger. L’inverse est vrai également. Pour les F16 qui viennent de Guam ou d’Okinawa, ce qui importe, ce se ne sont pas les questions « où est ce ? » ou « quels sont les gens qui y vivent ? », mais plutôt l’emplacement de la cible, qu’elle soit mobile ou non. C’est une autre raison pour laquelle les photographies de KANG Yong Suk semblent aussi réalistes que non réalistes. Maehyang-ri est une sorte d’hétérotopie où coexistent plusieurs espaces complétement différents.

Hétérotopie ?

Merci Wikipédia

L’hétérotopie (du grec topos, « lieu », et hétéro, « autre » : « lieu autre ») est un concept forgé par le philosophe Michel Foucault dans une conférence de 1967 intitulée « Des espaces autres ».

Il y définit les hétérotopies comme une localisation physique de l’utopie. Ce sont des espaces concrets qui hébergent l’imaginaire, comme une cabane d’enfant ou un théâtre. Ils sont utilisés aussi pour la mise à l’écart, comme le sont les maisons de retraite, les asiles ou les cimetières. De façon plus générale, ils peuvent être définis dans l’emploi d’espace destiné à accueillir un type d’activité précis : les stades de sport, les lieux de culte, les parcs d’attraction font partie de cette catégorie. Ce sont en somme des lieux à l’intérieur d’une société qui obéissent à des règles qui sont autres.

Kang Yong Suk, From Maehyang-ri, 1999, gelatin silver print, 70 x 80 cm

Les restes de la destruction complète sont éparpillés, derrière lesquels plusieurs personnes marchent quelque part. Quelle est la relation entre les deux? Sont-ils réellement dans le «même» espace?

Territoire

Maehyang-ri est administrativement un territoire sud-coréen; dans la pratique ce territoire est utilisé par les Etats-Unis; et virtuellement, il représente celui de la Corée du Nord. Maehyang-ri est soumis à des bombardements chaque nuit car c’est un territoire virtuel ennemi. Même si le territoire de l’ennemi est virtuel, le bombardement lui-même est réel. Alors on est obligé de se demander , y a-t-il des différences fondamentales entre une cible virtuelle et une cible réelle ?

Les photographies de From Maehyang-ri ne permettent pas de savoir si nous envisageons une véritable guerre ou un entrainement. Les photographie de Maehyang-ri représentent une quasi-guerre, et dans la mesure où ce sont des photographies, elles sont aussi une quasi-réalité. Une telle double simulation entraîne une ambiguïté et une complexité dans l’interprétation des images.

Au final, le monde représenté sur les photographies n’appartient à aucun site spécifique. Il y a des camions et des bus abandonnés par balles sur le rivage, la forme circulaire des enveloppes d’obus collectées pour être vendues, des fragments de métal. En effet, ce sont des vues étranges. Une condition aussi étrange constitue une équivalence visuelle à l’étrangeté d’un pays en état d’armistice. Les bombardements de Maehyang-ri représentent une guerre en pleine paix.

http://dgphoto.addus.co.kr/eng/exhibit/?m=30

Signes blancs et cygne noir

Qu’est ce qui fait la différence dans le traitement du sujet par AHN Sang Soo et KANG Yong Suk ?

AHN est plus contrasté (il y a des cailloux sur le rivage quasiment aussi blanc que la typographie ajoutée en post-production, le noir des bombes est pratiquement totalement bouché). Son cliché de Maehyang-ri a du grain, il est probablement fait au Leica ou au reflex 35mm (argentique ou numérique, difficile d’être formel sur ce point). Le cadrage, la composition de l’image est fait a l’instinct, elle ne semble pas extrêmement réfléchie. Ce qui compte pour le photographe « amateur avancé » qu’est AHN Sang Soo c’est de rendre dans son image la violence de la scène qu’il immortalise. Mais AHN possède en plus du langage photographique, celui des mots, de la calligraphie, de la typographie.

KANG, lui est volontairement gris voir grisouille. Sa série ce caractérise sur le plan technique par l’absence de grain visible. Combinée au format carré, cela semble indiquer que c’est fait la chambre photographique ou au moyen format à minima (Je n’ai pas trouvé au cours de mes recherches pour préparer cet article d’informations sur le matériel utilisé par KANG Yang Suk, mais disons que si il avait utilisé un moyen format Hasselblad 500 tel que ceux utilisés sur la Lune par les missions Apollo, cela aurait du sens).

AHN est plus contrasté (il y a des cailloux sur le rivage quasiment aussi blanc que la typographie ajoutée en post-production, le noir des bombes est pratiquement totalement bouché). Son cliché de Maehyang-ri a du grain, il est probablement fait au Leica ou au reflex 35mm (argentique ou numérique, difficile d’être formel sur ce point). Le cadrage, la composition de l’image est fait a l’instinct, elle ne semble pas extrêmement réfléchie, il y a de la perspective, les ombres sont très marquées. Ce qui compte pour le photographe « amateur avancé » qu’est AHN Sang Soo c’est de rendre dans son image la violence de la scène qu’il immortalise. Mais AHN possède en plus du langage photographique, celui des mots, de la calligraphie, de la typographie.

KANG, lui est volontairement gris voir grisouille. Sa série ce caractérise sur le plan technique par l’absence de grain visible. Combinée au format carré, cela semble indiquer que c’est fait la chambre photographique ou au moyen format à minima (Je n’ai pas trouvé au cours de mes recherches pour préparer cet article d’informations sur le matériel utilisé par KANG Yang Suk, mais disons que si il avait utilisé un moyen format Hasselblad 500 tel que ceux utilisés sur la Lune par les missions Apollo, cela aurait du sens).

Le moyen format argentique Hasselbald 500 EL, l’outil parfait pour saisir des paysages lunaires.

Inventée par l’essayiste Nassim Nicholas Taleb, l’expression « Cygne Noir » est passée dans le langage courant. Plus que le seul imprévisible, elle désigne l’événement statistiquement presque impossible mais qui se produit tout de même.

Le désastre en cours est en train de transformer en objet culturel grand public cette notion jusque-là réservée aux initiés. Qu’est-ce que le cygne noir ? C’est une expression inventée par l’essayiste Nassim Nicholas Taleb qui l’illustre de la façon suivante. Si vous vous postez au bras d’une rivière où passent des cygnes, et que vous commencez à les compter, le nombre d’oiseaux blancs vous fera déduire que tous les cygnes sont blancs – jusqu’au jour où contre toute attente, un cygne noir apparaîtra. Autrement dit, le cygne noir, l’oiseau, est, dans cette histoire, le signe de la dissonance statistique, que les anciens appelaient le destin, et les mathématiciens, le hasard – le signe d’un accident d’autant plus inimaginable que tout a été prévu et calculé, mais accident qui arrive quand même, et dont les conséquences sont impensables.

Les prédictions sérieuses sur l’émergence de contagions planétaires par des virus inconnus ont commencé à se multiplier dans les années 1990/2000. Vers cette époque, on s’est mis à considérer que la multiplication des échanges permise par la globalisation aboutirait un jour ou l’autre à la transmission de nouvelles maladies. La grippe aviaire, le virus H1N1, sont venus confirmer l’intuition. Ces dernières années, en Occident, pas un seul document de prospective n’a négligé cette hypothèse. Pourtant, depuis que la pandémie a bel et bien frappé, la plupart des gouvernements sont pris de court. En dépit, ou à cause de leur sophistication, nos sociétés modernes se voient ainsi renvoyées à la vieille question de l’histoire humaine – la question de Job, reformulée en 1756 par Voltaire, dans son poème sur le tremblement de terre qui venait de faire près de 60 000 morts à Lisbonne : pourquoi « Dans le mieux ordonné des univers possibles, un désordre éternel, un chaos de malheurs, mêle à nos vains plaisirs de réelles douleurs » ?

Eclairages | Influences

L’œuvre de Richard Misrach

Richard Misrach est un photographe américain né en 1949. Avec ses photographies documentaires de paysages réalisées à la chambre grand format il fait parti de ceux qui ont fait reconnaître la couleur dans la photographie d’art des années 70 au même titre de Joel Meyerowitz, Stephen Shore.

L’homme des cantos photographiques

L’utilisation par Misrach du terme «canto» a été inspirée en partie par les cantos d’Ezra Pound.

Le terme italien «canto» a été utilisé pour indiquer que la vaste entreprise a été décomposée en essais thématiques individuels ou «cantos», qui constituent l’ensemble de l’œuvre, ou «cycle de l’œuvre musicale». Certains de ces cantos ne comportent que quelques images, tandis que d’autres se comptent par centaines. Certains peuvent être considérés comme « documentaires », d’autres plus métaphoriques. Certains peuvent être considérés comme esthétiques dans l’intention, certains «politiques» – bien qu’en tant que photographe ambitieux et intelligent, l’esthétique ne se fasse jamais aux dépens de la politique, ou vice versa. On peut dire que l’objectif de Misrach est la recherche du Saint Graal photographique, fusionner le reportage et la poésie. Progresser – comme il le disait – « du descriptif et de l’informatif à une résolution métaphorique ».

« Ma carrière, d’une certaine manière, a consisté à naviguer entre ces deux extrêmes – le politique et l’esthétique »

Richard Misrach
The Desert Cantos

Cette série commencée à la fin des années 70 et toujours en cours explore les paysages désertiques de l’Ouest américain et les différentes manières dont l’Homme les utilise et les transforme.

La série est séparée en plusieurs dizaines d’actes ou couplets qui peuvent contenir quelques images ou des centaines.

Il a par exemple réalisé des images sur des thèmes comme les éléments manufacturés dans des paysages vierges, les courses de voitures sur le désert de sel, des feux et des inondations provoquées par l’homme, les traces d’essais nucléaires ou encore des zones d’exercices dans des bases militaires.

La belle idée de définir des corpus d’image non pas comme des « séries » mais comme des « cantiques »

Bravo 20 : the bombing of the american west

Cet ouvrage constitue l’un des couplets des « desert cantos »
Desert Cantos V: The War

En 1952, la marine américaine a commencé à tester illégalement des bombes explosives sur une énorme étendue de terres publiques près de Fallon, dans le nord-ouest du Nevada. La terre était depuis longtemps sacrée pour les Indiens du Nord Paiute, qui l’appelaient la «Source de la Création». La marine l’a appelé «Bravo 20.»

Voici l’histoire dramatique et la première documentation photographique de ce qui est arrivé au domaine public à «Bravo 20.» Avec l’aide des résidents locaux, le photographe paysagiste primé Richard Misrach a eu accès à la région en utilisant une loi minière de 1972 pour revendiquer une parcelle de terrain au cœur du champ de tir. Malgré les craintes initiales de bombes non explosées ou de bombardiers rebelles de la marine, Misrach «a travaillé sa revendication» – et son appareil photo – pendant les dix-huit mois suivants. Le résultat de ses efforts est une collection époustouflante de photographies en couleur – et une proposition remarquable pour le premier mémorial environnemental des États-Unis: le parc national Bravo 20.

Les photographies capturent à la fois la beauté naturelle et la dévastation causée par l’homme unique au paysage reculé du Nevada. Dispersées à travers le grand plat alcalin, des épaves rouillées de véhicules militaires gisent comme sur un champ de bataille. Un cratère de bombe est rempli de liquide cramoisi où la terre elle-même semble saigner. Un autobus scolaire abandonné se trouve parmi l’armoise. (Légende: « Cible ».) Un seul pic s’élève à l’horizon: Lone Rock, connu par les Paiute du Nord sous le nom de « Tête de loup ». De son sommet flotte le drapeau américain, hissé par le photographe et ses amis pour éloigner les bombardiers de la Marine qui ont déjà réduit sa hauteur de plus d’un tiers.

La plupart des travaux de Richard Misrach, y compris la série Bravo 20: The Bombing of the American West, s’inscrivent dans le vaste thème de ce qu’il appelle Desert Cantos – un «canto» étant une section d’un long poème. Pour la série Bravo 20, Misrach a passé près de deux ans dans un coin nord-ouest isolé du désert du Grand Bassin du Nevada, à la suite d’une découverte récente que la marine américaine traitait illégalement ces terres publiques comme un champ de tir depuis 1952. Utilisant sa camionnette comme une chambre noire de fortune, Misrach a documenté cette zone assiégée, que l’armée appelle par euphémisme «Bravo 20.» Dans Bomb Crater and Destroyed Convoy, Bravo 20 Bombing Range, Nevada, les montagnes Humboldt s’élèvent derrière un paysage apocalyptique. Un cratère géant domine l’image, entouré des restes épars et rouillés d’un véhicule militaire explosé. Rempli d’eau couleur sang, le cratère suggère une plaie ouverte. Ici, l’eau, source essentielle de survie, a été littéralement et symboliquement contaminée. Néanmoins, la composition troublante est imprégnée d’élégance formelle. Comme Misrach l’a fait remarquer: «Je crois que la beauté est un vecteur très puissant d’idées difficiles. Cela engage les gens alors qu’ils pourraient autrement détourner le regard. »

Le monticule, ou le paysage réduit à l’état de cible !

Personnel Carrier Painted to Simulate School Bus, Richard Misrach, 1986

Des sites de Bravo 20 à celui du KOONI, la photographie contemporaine interroge sur la fascination de l’armée US a défoncer des bus scolaires !

Petrochemical America

Avec cette série commencée en 1998 il a photographié une zone le long du Mississippi se situant entre la Nouvelle-Orléans et Bâton Rouge en Louisiane où se trouvent 135 raffineries de pétrole et qui est surnommée Cancer Alley à cause de la pollution que cette activité engendre.

Y aurait pas un petit air de rhein II dans cette photo ? Je dis ça, je dis rien !

Rhein II, Andreas GRUSKY
Richard Misrach, La frontière | de la photographie contemplative à la photographie compulsive à Michael Wolf
L’artiste plasticien Guillermo Galindo, retravaille les objets photographiés et collectés par Richard Misrach
Michael Wolf, documenter c’est aussi collecter …
Michael Wolf: Works, Published by Peperoni Books, 2017

J’ai la chance de l’avoir dans ma bibliothèque, je l’ai chiné en occasion a un prix indécent, c’est un putain de monument de la photographie contemporaine.

Sensation de côté irréel, brouille la réalité

Interprétations culturelles du mythe du Léviathan

Le Léviathan est un monstre mythologique colossal, dont la forme n’est pas précisée. Suivant les cultures il peut prendre la forme d’un dragon, d’un serpent, d’un crocodile, ou encore d’autres formes monstrueuse, il est fréquemment associé au milieu aquatique. Il peut être considéré comme l’évocation d’un cataclysme terrifiant capable de modifier la planète, et d’en bousculer l’ordre et la géographie, sinon d’anéantir le monde. Le Léviathan est également, selon certaines versions, l’u des principaux démons de l’enfer. Il est représenté au Moyen Âge sous la forme d’une gueule ouverte qui avale les âmes, symbolisant ainsi l’entrée de enfers.

The beast with two horns like a lamb (B. 74; M., HOLL. 175) *Woodcut from The Apocalypse *39 x 28.2 cm *circa 1496-1497, Albrecht DURER
Frontispice – Léviathan – Thomas HOBBES (1651)

Loin d’être un simple ornement du livre, le frontispice du Léviathan en est une composante essentielle. Hobbes accordait en effet une extrême importance aux images et à la rhétorique afin de persuader le lecteur25. Probablement réalisé à Paris par le graveur Abraham Bosse, sur les instructions précises de Hobbes, cette gravure constitue une des plus profondes illustrations jamais produites d’une théorie politique26,27. Elle a été abondamment commentée, notamment par Foucault, qui a dénoncé la philosophie et déconstruit le modèle juridique du pouvoir proposé par Hobbes

Le mythe du Leviathan, revient régulièrement dans l’art et la culture populaire sud coréenne, citons par exemple le film The Host de BONG Joon Ho.

The Host, le monstre de BONG Joon Ho

Affiche du film The Host, BONG Joon Ho, 2006
Puisque c’est désormais une tradition sur ce blog, voici un gros plan regard caméra de SONG Kang Ho, dans The Host.

Synopsis

Si The Host trouve ses racines dans l’histoire contemporaine de son pays, il n’en possède pas moins une puissance politique universelle. Chez Bong Joon Ho, le burlesque ne laisse jamais place à la vacuité.

De Bomb fish on the seashore à The Host en passant par From Maehyang-ri, nous sommes confronté à un même thème, traité de manières différentes par trois artistes de l’image : un graphiste AHN Sang Soo, un photographe KANG Yong Suk, un cinéaste BONG Joon Ho. Je trouve ça terriblement enrichissant en terme de culture de l’image et de compréhension de la société coréenne.

PaTI, signe académique

pati.graduation.
2020.2.23.. paju.bookcity.. korea.

One eye project, un œil sur la photographie coréenne

Le designer coréen Ahn sang soo réalise en 1988 une couverture pour le magazine coréen bogoseo/bogoseo. Dans un geste spontané, il se photographie lui-même, l’œil droit recouvert d’une main et la bouche de l’autre.

Ahn Sangsoo, «bogoseo\bogoseo» cover of the first issue, 1 July 1988.

Depuis, Ahn sang soo poursuit le projet « one eye », sorte de mélange entre le work in progress et le journal intime, pour lequel il photographie des personnes, au hasard de ses pérégrinations à travers le monde, à qui il demande de poser en se cachant un œil.

Voir le monde d’un seul oeil. Par la répétition (le nombre de photographies dépasse aujourd’hui les 30 000), ce geste simple devient une sorte de symbole universel que chacune des personnes photographiées s’approprie dans des attitudes et environnement différents.

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graphic.designer.. @oct.art.&.design.gallery.
2012.7.. shenzhen.. china

L’histoire commence en 1988, pour la couverture du magazine bogoseo/bogoseo, le célèbre graphiste coréen Ahn Sang-Soo réalise un auto portrait sur lequel il se couvre un œil avec sa main. Satisfait de l’effet spécial créé par cette altération du visage, il décide de poursuivre ce projet et de photographier des personnes au hasard de façon similaire. Après 20 ans de pérégrinations, il présente ce travail à la galerie d’art et design OCT, située dans la ville de Shenzhen en Chine. Ces photographies conceptuelles sont pour lui un moyen d’expression symbole d’un langage universel.

Ahn Sang-Soo a probablement capturé plus que quiconque la façon dont les photographes voient le monde: à travers un œil. Sa série (et vous pouvez y contribuer si vous le souhaitez, comme la photo ci-dessus soumise par Sonya Stupenkova) montre des gens de tous horizons voyant à travers un œil, tout comme lorsque vous êtes chez l’optométriste et qu’elle ou il vous dit de placer une main devant l’un de vos yeux – ou comme le font les photographes lorsqu’ils regardent dans leur appareil photo. Eh bien, pas tant pour les photographes d’aujourd’hui puisque nous utilisons principalement l’écran LCD, mais plus pour ceux qui utilisaient les appareils photo argentiques d’autrefois. Peut-être que quelqu’un devrait commencer à photographier des gens avec les deux bras étendus?

Une photographie, signe surréaliste

La pose cache œil, est un signe que l’on retrouve beaucoup chez les surréalistes.

L’œil cacodylate, 1921 – Francis PICABIA

L’œil Cacodylate de Francis Picabia, c’est un peu comme quand on a une jambe cassée et que l’on fait signer son plâtre par ses amis, chacun y va de son petit mot. Francis Picabia avait un zona à l’œil et a fait signer sa toile a tous ses copain du mouvement Dada. Du « work in progress » ou carnet intime photographique, qu’est One eye project, de Ahn Sang Soo on retient un peu cette idée de l’intime, de la bande, du « crew » dont on souhaite garder une trace, un signe.

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student..pati.
2019.11.. paju.bookcity.. korea.kim.pureun
Auto portrait de Man Ray
Indestructible objet (Object a détruire), 1923 – Man Ray

Indestructible objet est une œuvre de l’artiste Américain Man Ray, créé à l’origine en 1923. Le travail, détruit en 1957, se composait de métronome avec une photo d’un œil attaché à son bras oscillant. Il a été refaite en plusieurs exemplaires dans les années ultérieures, et d’objets renommée Indestructible. Il est considéré comme un « ready-made», à la suite dans la tradition relativement nouveau créé par Marcel Duchamp d’employer ordinaires objets manufacturés qui habituellement ont été modifiés très peu, voire pas du tout, dans les œuvres d’art.

Luis Buñuel
Une photographie, technique
choi.ina.bookstore.
2020.2.. seoul.
Une photographie, signe d’appartenance
yuyeon.. chorok.. kimti.. hyeonsu.. puff.. junyoung
students.. pati.
2020.5.. paju.bookcity.. korea.
park.hyemin
little.school.of.the.love.
2020.2.. suncheon.. korea.
lee.bul.. gum.nuri.
artists.
2020.5.. seoul.

Photographier sa communauté, insta ruedalgerie Jim La Souille

Une photographie du cœur qui ne juge pas …

En republiant sur son blog du projet One eye cette photographie Park Won Soon réalisée en 2014, en juillet 2020 lors de la tragique disparition du maire de Séoul, qui s’est suicidé alors que des accusations de harcèlements s’apprêtaient a le viser, AHN Sang Soo, ne juge pas. DSK ou Bérégovoy ? Là n’est pas la question. Il s’agit ici de rendre un dernier hommage à une connaissance, un ami, un homme respectable pour ce qu’il a entrepris durant sa vie politique.

park.won-soon.(-2020.7)
seoul.city.mayor.
rip…
2014.7.. seoul.

Que faire des mains dans le portrait photographique ?

Intégrer les mains dans le portrait d’une personne peut avoir de l’intérêt mais c’est vraiment un truc casse gueule. Photographier les mains est très difficile, une main en photographie ça a vite fait d’être très moche.

Il y a un grand maître de l’utilisation de la main dans le portrait photographique, c’est Irving Penn

La main sur laquelle repose la tête

J’avais l’espoir d’appuyer toute ma démonstration sur le positionnement de la main dans le portrait photographique sur le travail d’Irving Penn, et d’ouvrir ce petit exposé sur une photo de Picasso, mais là dès le début ça merde.

Il n’y a certes une photo iconique de Picasso faite par Irving Penn, mais pas de main sur la tête.

Par contre il y a celle ci assez One Eye.

Pablo Picasso à La Californie, Cannes, 1957 – Irving Penn

Je me vois donc obligé de me rabattre sur le taff d’Arnold Newman et René Burri. Bon, en même temps c’est dégeu non plus.

Pablo Picasso – Arnold Newman
Pablo Picasso – René Burri
La main qui repose sur la joue
Willem de Kooning – Irving Penn
La main sur laquelle repose le menton
Audrey Hepburn – Irving Penn
Eugene Ionesco – Irving Penn
La main qui tend l’oreille
Igor Stravinsky – Irving Penn
La main qui tient un objet
Marcel Duchamp – Irving Penn

Ceci n’est pas une pipe

René Magritte
Jeune fille avec du tabac sur la langue, 1951 – Irving Penn

Par contre, ça …

René Magritte
Les mains sur les genoux
Salvador Dalí, 1947 – Irving Penn
La disparition des mains
Truman Capote, 1947 – Irving Penn
La main qui cache l’œil
Yves Saint-Laurent – Irving Penn
René Magritte – Photographe inconnu

Indubitablement, la main cachant l’œil dans le portrait photographique au XXème s’associe fréquemment au surréalistes.

Le combo ultime de la main dans le portrait photographique
L’artiste Alberto Giacometti photographié en 1951• Crédits : Photo by Gordon Parks/Life Magazine/The LIFE Picture Collection – Getty

Petite typologie de signes de mains « photogéniques »

V for Victory
Vidéo Depuis quand, ça existe ?
Photographie de l’identité judiciaire de Steve Mc Queen, lors d’une arrestation pour conduite en état d’ivresse, juste parcqu’elle est trop cool
Celle-ci aussi est vraiment extrêmement cool. Notons la composition bien centrée avec à l’arrière plan, la perspective du mur en sacs de sable qui forme un « V », le contraste de la chemise et du veston aussi, et cette gueule en plein milieu, just perfect !
Cette publicité a définitivement encré le signe du V dans la culture populaire asiatique. Jun Inoue, chanteur du groupe japonais Spider alors en plein succès fait ce geste dans une publicité pour le Konica C35.
Korean heart
Ce blog part en couilles ! Je me retrouve a publier une photo un brin gênante des BTS faisant le cœur coréen avec une dame qui n’a pas l’air du tout flippée.

Si un jour je vous prends en photo, ne faites pas cela. J’ai déjà tranché des mains à la machette pour moins que cela !

Middle Fingers-up

Cette photo de l’équipe de baseball des Boston Beaneaters prise en 1886 est la première photo où l’on voit quelqu’un faire un doigt d’honneur.
C’est le lanceur Charles Radbourn que l’on voit dans le coin haut à gauche faire un doigt d’honneur, surement à l’équipe adverse des New York Giants.

Dans la matière photographique il existe de nombreuses apparition de ce geste dans l’œuvre de différents photographes. A titre perso, je retiens la récurrence du geste dans les travaux de Michael Wolf.

Série Tokyo compression – Michael Wolf
Série Google Street View – Michael Wolf

Ce geste a joué un rôle dans plusieurs évènements politiques.

Au cours de l’incident du Pueblo, la Corée du Nord capture un navire américain; durant les prises de photos, il était courant que les membres de l’équipage montrent un discret majeur levé afin de gâcher l’effet pour la propagande chez l’armée adverse; comme les nord coréens ignoraient le sens de ce geste, les prisonniers leur ont d’abord expliqué qu’il s’agissait d' »signe hawaïen de bonne chance ». Ca c’est vraiment what’s the fuck !

L’équipage du USS Pueblo, les mains en l’air lors de leur arrivée Pyongyang suite à leur capture le 23 janvier 1958
L’équipage du USS Pueblo, faisant un « signe porte bonheur hawaïen »
G-dragon du groupe Big Bang en middle fingers-up
Poing levé

D’où vient le symbole du poing levé ?

L’usage du poing levé se retrouve le jour de la condamnation: le 12 juin 1964, Mandela et ses compagnons de l’ANC apprennent qu’ils sont condamnés à la prison à vie pour trahison. Une fois la sentence prononcée par le tribunal de Pretoria, ils sont emmenés à l’extérieur dans un fourgon de police. Les condamnés lèvent le poing au travers des barreaux.

(FILES) This picture taken on June 16, 1964 shows eight men, among them anti-apartheid leader and African National Congress (ANC) member Nelson Mandela, sentenced to life imprisonment in the Rivonia trial leaving the Palace of Justice in Pretoria with their fists raised in defiance through the barred windows of the prison car. The eight men were accused of conspiracy, sabotage and treason. AFP PHOTO / STRINGER

Je ne sais pas si il est très habile et opportun de faire un quelconque rapprochement entre ses deux images. Mais j’ai quand même tenu a vous présenter également cette photographie de Cartier Bresson.

Cell in a modern prison, 1975 – Henri Cartier Bresson

Un des poings levés le plus célèbre du XXe siècle reste d’ailleurs celui de Mandela marchant vers la liberté le 11 février 1990, main dans la main avec sa femme Winnie. Une libération suivie en direct par les télévisions du monde entier, qui va donner au poing levé sa plus grande postérité.

Entre ces deux photos, la signification a évolué. Le poing levé qu’on a pris l’habitude d’associer à Mandela sera moins synonyme de colère et de combat une fois que l’ancien prisonnier deviendra président et réconciliateur de la nation sud-africaine.

Dans son action politique, «il a levé sa voix pour la tolérance, pas son poing pour la revanche», écrit par exemple le Chicago Tribune, qui explique dans un éditorial que les conditions d’une explosion de colère étaient réunies, mais que «Mandela n’a pas fait ce discours de colère. Il n’a pas levé ce poing fermé. Il n’a pas déchaîné la revanche contre les blancs qui avait fait des noirs des victimes. Au lieu de cela, il a prêché la tolérance et la réconciliation».

Les origines du poing levé

Mais le poing levé ne date pas de Mandela. Signe tout à la fois de lutte, de colère et de solidarité, le poing levé jalonne toute l’histoire des mouvements de gauche révolutionnaire du XXe siècle. Dans un article de 2005, Gilles Vergnon, maître de conférences d’histoire contemporaine à l’IEP de Lyon, en retrace la genèse ainsi:

«Au mitan des années trente, en Europe, le poing levé devient le signe d’appartenance par excellence de la gauche, surtout de la gauche antifasciste, qui s’oppose aux troupes du bras tendu.»

Dans la photographie coréenne, c’est surtout au nord de la péninsule que l’on retrouve la présence du geste du poing levé dans le vocabulaire visuel de la propagande nord coréenne.

One eye project, la consécration du peuple avant celle des institutions

Et si le fait d’avoir inventé un signe photographique vernaculaire qui imprègne la société était une reconnaissance encore plus importante que d’être exposé dans une grande institution de la photographie.

J’en ai fais l’expérience. Mon épouse coréenne avait avant la crise sanitaire une petite activité de guide touristique, faisant visiter Lyon et la région à des voyageurs coréens. Je l’ai fréquemment accompagné pour faire des petits reportages souvenir façon « photographe de destination ». Au cours de ces reportage, j’ai fréquemment vu nos visiteurs prendre la pose en se cachant un œil.

L’œuvre surréaliste de Ahn dans l’inconscient des coréens

au delà de son apport au design, il a transmit aux coréens un signe de reconnaissance qui les poussent a s’interroger sans cesse sur ce qu’ils sont, une démarche surréaliste qui colle à la modernité sans renier les traditions.

Les artistes surréalistes coréens contemporains

eva eun-sil han

Jee Young Lee

BO : Leessang, le signe d’une petite entreprise qui ne connait pas la crise …

Clip de Turned off the TV – Leessang

Le côté ultra graphique de cette vidéo est pour moi dans la même veine que le travail d’AHN Sang Soo. Dans cette chanson où il est question de « lèvres rouges »

Compte tenu de la saturation de l’industrie du divertissement sud-coréen, il n’est pas étonnant que la plupart des MV aient tendance à opter pour le format éprouvé de l’emporte-pièce pour attirer les téléspectateurs. Par conséquent, quand un tel MV est publié, je ne peux pas m’empêcher de m’asseoir et de m’émerveiller de l’ingéniosité qui est affichée.

Tout d’abord, toute la vidéo était en stop-motion, avec le duo et leur invitée, Tasha, jouant une variété de scènes allongées sur le sol avec des arrière-plans variés:

À travers tout cela, ils jouent l’histoire de deux mecs qui courent après les affections d’une fille. Étant donné que le thème de la chanson est celui d’un homme qui traverse une rupture, la corrélation entre la vidéo et la chanson est très pertinente. Le stop motion est également chronométré pour suivre le rythme de la chanson, ce qui conduit à une très belle synchronisation.

Cependant, il y avait cette petite partie du MV qui m’a amené à dire «hein»?:

Bien que je comprenne qu’ils essaient de créer des visages en utilisant leurs formes corporelles, le symbolisme de ce segment particulier est perdu pour moi. Il semble n’avoir aucun rapport avec le thème général dans le reste du MV. Si un lecteur peut m’éclairer à ce sujet, je l’apprécierais beaucoup!

Production

Compte tenu de la nature stop motion de la vidéo ainsi que du fait que tout a probablement été fait sur un seul grand espace au sol, la production de ce MV a probablement coûté très peu à la société de production. Je suis toujours un grand fan de MV «bons et bon marché», donc des accessoires pour l’équipe de production.

Bien que dans l’ensemble, il y ait eu peu de défauts dans la production, il y avait une partie particulière qui m’a dérouté:

À cette époque où les vidéos sont diffusées en Full HD (y compris cette vidéo), avoir un segment où il y avait une pixellisation très claire indique une négligence de la part de l’équipe de post-production. Je suis presque sûr que les formes du corps ont été prises à une résolution beaucoup plus élevée que cela; s’ils savent qu’ils effectuaient un zoom avant sur cette partie, ils auraient dû prendre une photo de résolution beaucoup plus élevée afin qu’aucune pixellisation ne se produise lors du zoom avant.

Résumé

Un MV très agréable avec une technique de tournage ingénieuse, la chanson entraînante et émouvante vous fera chanter sous peu. Comme toujours, la vidéo youtube complète est fournie ci-dessous:

  • Gary (Rap)
  • Gill (Chanteur principal, Rap)
Gary et Gill du groupe de hip-hop / rap Leessang

Leessang est un groupe de hip-hop/rap coréen composé de deux ex-membres du groupe Honey Family. Ils font partis du collectif The Movement lancé par Drunken Tiger. Formé en 2002, ils sont connus pour leurs collaborations avec des artistes tel que Drunken Tiger, Big Mama King, Park Hwayobi, …

LeeSsang a décidé d’ouvrir sa propre entreprise de management, Leessang Company.

Leur chanson « Ballerino » en featuring avec ALI a connu un véritable succès en Corée du Sud.

Pourquoi, j’aime LeeSsang ? Dans la voix bien roque de Gill, il y a un côté rock argentin ou brésilien des années 80 – 90 qui m’enchante. Une voix à la Charly Garcia, ou façon Lenine

Le rockeur argentin Charly Garcia, sa mythique moustache bicolore et sa pose sur cette photo qui semble répondre au One Eye Project de AHN Sang Soo par la figuration d’un troisième œil.

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